Le prétendu communiqué ordonnant aux ressortissants africains de quitter le Cambodge est un faux

Le Cambodge intensifie sa lutte contre les réseaux d'escroquerie en ligne et de cybercriminalité. Les autorités ont arrêté en mai plus de 3.000 personnes liées à ces arnaques, dont beaucoup de ressortissants étrangers. Dans ce contexte, des internautes affirment sur les réseaux sociaux que le gouvernement cambodgien aurait mis fin à une exemption de visa pour tous les citoyens africains. Ceux-ci devraient donc quitter le Cambodge avant le 31 mai 2026, sous peine de se retrouver en prison, affirme le communiqué relayé dans ces publications. Mais ce document est un faux, a indiqué le ministère de l'Intérieur du Cambodge, qui a assuré n'avoir pris aucune mesure de ce type.

La Police nationale cambodgienne a annoncé le 24 mai 2026 avoir interpelé depuis le début du mois 3.320 personnes, dans le cadre d’une vaste campagne de démantèlement de réseaux d’escroquerie en ligne (lien archivé ici). 

Parmi les prévenus de 32 nationalités différentes, environ un tiers a "été transféré vers le ministère de l’Immigration pour une expulsion" prochaine du Cambodge, précisait alors la police. 

Ces annonces de futures expulsions liées à des affaires d’arnaques en ligne sont utilisées sur internet pour alimenter la peur chez certains ressortissants étrangers, et en particulier africains. Depuis le 28 mai, une rumeur relayée sur les réseaux sociaux anglophones et francophones (1, 2, 3), ainsi que par certains médias ghanéens, prétend ainsi que les citoyens africains devraient quitter le Cambodge d’ici le 31 mai 2026, sous peine d’emprisonnement. 

"Le gouvernement du Cambodge interdit le séjour des Africains sur son territoire [...ils] doivent immédiatement quitter le territoire avant le 31 mai 2026", affirme ainsi une publication sur Facebook. Un autre post, qui cumule plus de 2.300 mentions "j'aime" et 1.300 commentaires, reprend exactement le même texte, mais en parlant exclusivement des Camerounais. 

"Une note officielle du Département Général de l’Immigration du Cambodge vient d’être publiée concernant la fin des exemptions et la régularisation des séjours pour les citoyens africains (Ghana, Kenya, Cameroun, Ouganda et autres)", renchérit une page basée en Côte d'Ivoire. 

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Captures d'écran de deux publications Facebook, réalisées le 3 juin 2026 / Croix rouges ajoutées par l'AFP.

Toutes ces publications reprennent en effet un prétendu communiqué en anglais des autorités cambodgiennes chargées de l'immigration, affirmant qu’une période de tolérance accordée jusqu’ici aux ressortissants africains pour rester au Cambodge sans visa prendrait fin le 31 mai 2026. 

"Tout étranger qui entre, reste ou sera trouvé au Cambodge à partir du 1er juin 2026 sera arrêté [...] et devra purger deux ans de prison et payer une amende de 8.000 dollars avant de quitter le Cambodge", est-il indiqué dans le document véhiculé par les publications. 

Le même message alarmant circule largement en anglais dans des pays d’Afrique anglophone comme le Ghana, le Nigeria ou encore le Kenya (liens archivés ici, ici et ).

Mais ce document est un faux, a démenti le département en charge de l'immigration au sein du ministère cambodgien de l’Intérieur. Les autorités cambodgiennes ont assuré qu'aucune mesure de ce type n'avait été adoptée à l'encontre des ressortissants africains.

Pas d’exemption générale de visa

De premières recherches nous apprennent d’abord que le Cambodge ne prévoit pas d'exemption générale de visa pour l'ensemble des ressortissants africains

La liste officielle des exemptions publiée par le ministère cambodgien des Affaires étrangères mentionne des accords avec certains pays africains seulement, comme les Seychelles et le Maroc (lien archivé ici).

Par ailleurs, ces facilités d'entrée sont parfois limitées aux détenteurs de passeports diplomatiques ou officiels et ne concernent pas l'ensemble des citoyens de ces pays. 

La prétendue période de tolérance accordée aux ressortissants africains, évoquée par les publications virales pour dire qu’elle prendrait fin au 31 mai, n’existe donc pas.  

"Fake news"

Ensuite, des recherches par mots clefs effectuées sur différents moteurs de recherche n'ont permis de retrouver aucune trace officielle d'une quelconque communication des autorités cambodgiennes intimant aux ressortissants africains de quitter le Cambodge.

Bien au contraire, le département en charge de l'immigration au sein du ministère de l'Intérieur cambodgien a publié le 29 mai 2026 un démenti sur sa page Facebook officielle, dans lequel il qualifie les affirmations véhiculées en ligne de "fake news" (liens archivés ici et ici). 

Les autorités cambodgiennes y accusent les médias ghanéens Campaigner Online et News Ghana d'être à l’origine de cette rumeur et indiquent que "les informations publiées sur ces sites web sont complètement fausses". 

Dans un second communiqué plus détaillé, les autorités cambodgiennes estiment que cette infox diffusée par les deux médias ghanéens relève d’une "tentative délibérée de déformer les faits, d'induire en erreur l'opinion publique internationale et de nuire à la réputation et à l'image du Royaume du Cambodge" (lien archivé ici).

Sur le fond, le ministère assure qu’il n’a pris aucune mesure pour contraindre des ressortissants africains à quitter le pays.

Le Rwanda a de son côté confirmé qu'il s'agissait d'une fausse information. "Le document qui circule sur Internet ne constitue pas une communication officielle des autorités cambodgiennes", est-il ainsi indiqué sur le compte X de la représentation diplomatique rwandaise au Cambodge, qui invite "le public à se fier uniquement aux informations publiées par les canaux officiels du gouvernement et vérifiées par les missions diplomatiques" (lien archivé ici). 

Par ailleurs, le bureau de l’AFP au Cambodge a indiqué à AFP Factuel ne pas avoir eu vent ni constaté d’expulsions massives de ressortissants de pays africains depuis le 31 mai, mis à part celles qui découlent directement du démantèlement en cours des réseaux d’escroquerie en ligne.

Foyer de cyber escroqueries

Dans un entretien accordé à l'AFP en février 2026, le Premier ministre cambodgien Hun Manet a estimé que les centres d'escroquerie en ligne étaient en train de "détruire" l'économie du pays (dépêche archivée ici). 

Selon des experts interrogés par l'AFP, le Cambodge est devenu ces dernières années l'un des principaux foyers des cyber escroqueries en Asie du Sud-Est, impliquant des milliers d'étrangers dans des fraudes en ligne, parfois volontairement, parfois sous la contrainte de groupes criminels organisés.

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Des ressortissants thaïlandais soupçonnés d'être impliqués dans des escroqueries en ligne montent dans un bus à Poipet, au Cambodge, le 30 avril 2026. (Agence Kampuchea Press (AKP) / HANDOUT)

Face à l'ampleur du phénomène, les autorités cambodgiennes ont multiplié les opérations contre ces réseaux, dont celle mentionnée dans le communiqué de la police nationale ce 24 mai (lien archivé ici).

C’est finalement 2.847 ressortissants étrangers de 29 nationalités qui ont été expulsés après ce coup de filet. Le 2 juin, le ministère de l’Immigration a indiqué sur sa page Facebook officielle, vidéo à l'appui, avoir procédé à leur expulsion du 20 au 31 mai (lien archivé ici). 

Parmi eux figuraient des ressortissants de plusieurs pays africains (Ouganda, Cameroun, Ghana, Libéria, Rwanda, Nigeria, Guinée, Kenya et Zimbabwe) mais également de Chine, du Vietnam, de l'Inde, du Pakistan et des États-Unis. L'administration a précisé que 348 femmes figuraient parmi les personnes expulsées. 

Actualise en ajoutant la réaction de la représentation diplomatique du Rwanda
4 juin 2026 Actualise en ajoutant la réaction de la représentation diplomatique du Rwanda

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