Un ancien projet de recherche de Moderna suscite des fausses allégations sur le foyer d'hantavirus

Le foyer d'hantavirus détecté sur un bateau de croisière début mai 2026 a fait l'objet de nombreuses fausses informations sur les réseaux sociaux, souvent semblables à celle qui circulaient lors de la pandémie de Covid. Dans ce contexte, certains internautes affirment qu'un ancien projet de recherche mené par le laboratoire Moderna sur l'hantavirus prouverait que cette alerte sanitaire est une "mise en scène", planifiée à l'avance. Mais comme d'autres équipes scientifiques dans le monde, Moderna et une université partenaire en Corée du Sud travaillaient déjà à un vaccin contre l'hantavirus puisque que ce dernier est connu et identifié depuis les années 50, ont souligné plusieurs experts.

"Heureusement, il y a deux ans, Moderna s’est réveillée un matin avec une intuition géniale : 'Et si on faisait un vaccin contre l’Hantavirus ?' Incroyable, ce flair. [...] J’en ai les larmes aux yeux. De rire. Et accessoirement, ils ont déjà le brevet et la chaîne de production prête, quel heureux hasard !", affirme un internaute sur X.

Depuis la détection d'un foyer d'hantavirus à bord du navire MV Hondius début mai - qui a fait trois morts au 27 mai 2026 -, des comptes connus pour avoir propagé des fausses informations sur la pandémie de Covid-19 ravivent les théories du complot autour d'une pandémie "planifiée". Selon eux, l'existence d'un partenariat depuis 2024 entre la laboratoire Moderna et l'Université de Corée prouverait que l'alerte sanitaire autour de l'hantavirus serait une mise en scène.

"En 2024, Moderna s’associe discrètement avec l’Université de Corée pour un vaccin contre le Hantavirus à base d’ARNm… [...] Et maintenant, soudain, les médias commencent à murmurer à nouveau sur les 'menaces Hantavirus' ? Même scénario. Mêmes acteurs. Même cycle de peur", déclare ainsi un internaute.

"MODERNA et le Vaccine Innovation Center de l’Université de Corée (VIC-K) ont lancé un partenariat en 2024 (!) pour un vaccin ARNm contre les hantavirus. Le vaxx [vaccin, NDLR] avant la maladie, on a des labos qui lisent dans une boule de cristal !!!", peut-on aussi lire sur Facebook.

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Capture d'écran d'une publication sur X, réalisée le 26/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.
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Capture d'écran d'une publication sur Facebook, réalisée le 26/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Cependant, bien qu'un projet de recherche ait été lancé en 2024 entre Moderna et l'université de Corée, cette information n'était pas cachée et cela ne prouve pas que l'alerte sanitaire est une mise en scène. Les hantavirus sont connus depuis longtemps, infectent des milliers de personnes chaque année, et font ainsi l'objet de recherches par plusieurs équipes de scientifiques.

Comme Pfizer/BioNTech et AstraZeneca, Moderna a fait partie des laboratoires qui ont mis au point les vaccins contre le Sars-CoV-2, virus à l'origine de la maladie Covid-19. Ce vaccin et leurs fabricants avaient déjà été visés par de très nombreuses infox et théories du complot.

Partenariat connu

La collaboration entre Moderna et la faculté de médecine de l'Université de Corée pour mettre au point un vaccin à ARN messager (ARNm) contre le hantavirus a été annoncée dans un communiqué publié le 5 septembre 2024 sur le site de l'Association américaine pour l'avancement des sciences (AAAS), une organisation à but non lucratif (lien archivé ici).

Les hantavirus ne sont pas nouveaux. La première description clinique d’une maladie à hantavirus remonte à la guerre de Corée (1950-1953) et l'identification du virus en cause a été faite en 1976, comme l'explique l'ANRS (lien archivé ici).

Les hantavirus se divisent en deux groupes : les virus dits "de l'Ancien Monde", présents en Europe, en Asie et en Afrique, et ceux du "Nouveau Monde", présents en Amérique du Nord, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

"Plus de 20 espèces virales pathogènes pour l’être humain ont été identifiées, toutes zoonotiques – c’est-à-dire transmises par des animaux", précise l'agence. "À l’échelle mondiale, on estime qu’entre 10.000 et 100.000 cas surviennent chaque année, touchant principalement l’Asie et l’Europe", ajoute-t-elle.

En Corée, chaque année, des centaines de personnes contractent un hantavirus, principalement des jeunes hommes effectuant leur service militaire et des habitants de zones à haut risque.

Selon Kim Woo-joo, professeur titulaire du Centre d'innovation en matière de vaccins de l'université, a déclaré que cette collaboration visait à s'attaquer à un "agent pathogène longtemps négligé" (liens archivés ici et ici).

Bien que "relativement rares", certaines souches d’hantavirus sont associés à des taux de mortalité élevés, ce qui fait de cette maladie "un problème majeur de santé publique", selon l’Organisation mondiale de la santé (lien archivé ici).

"Les gens s’intéressent à la question lorsqu’un décès très médiatisé survient, puis se demandent pourquoi il n’existe pas de vaccin, mais cet intérêt s’estompe rapidement", a déclaré Kim Woo-joo à l’AFP le 12 mai, ajoutant qu’il était nécessaire de poursuivre les recherches sur un vaccin.

Moderna a de son côté affirmé à l'AFP que le partenariat avec l'université de Corée s'inscrivait dans le cadre des efforts de l'entreprise "visant à développer des mesures de lutte contre les maladies infectieuses émergentes".

Ce partenariat avait fait l'objet d'une large couverture médiatique locale (1, 2, 3), contredisant ainsi certaines publications qui laissaient entendre que Moderna et l'Université de Corée auraient tenté de dissimuler ce projet (lien archivées ici, ici et ici).

En Corée du Sud, l'infection à hantavirus est devenue une maladie à déclaration obligatoire nécessitant une surveillance continue en 1976, selon l'Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies (lien archivé ici). 

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Le navire MV Hondius, où le foyer d'hantavirus a été détecté, après son arrivée au port industriel de Granadilla de Abona, sur l'île de Ténérife, dans les îles Canaries (Espagne), le 10 mai 2026. (AFP / JORGE GUERRERO)

Des recherches "limitées"

"De nombreux groupes développent des vaccins contre divers virus ; ainsi, lorsqu'une épidémie se déclare, il y a de fortes chances qu'un vaccin soit en cours de développement quelque part", avait souligné Alexander Bukreyev, professeur et directeur adjoint du Centre pour la biodéfense et les maladies infectieuses émergentes de l’université du Texas, cité dans cet article de l'AFP.

Comme l'explique cet article du New York Times (lien archivé ici), une poignée d'équipes scientifiques à travers le monde travaillent, parfois depuis des décennies, sur des traitements et des vaccins contre les hantavirus, mais le fait que le virus infecte rarement les humains et ne se propage pas facilement entre eux rend difficile l'obtention de financements ou l'attrait d'un intérêt commercial.

"Les recherches consacrées aux diagnostics spécifiques des hantavirus restent limitées", et les vaccins expérimentaux ainsi que les traitements potentiels en sont "majoritairement" à un stade très préliminaire, résume aussi l'Institut Pasteur.

Une quinzaine d'études dédiées aux hantavirus enregistrées depuis 2020 sont identifiées dans le registre international des essais cliniques de l'Organisation mondiale de la Santé. Mais n’existe actuellement aucun vaccin ni aucun traitement spécifique contre le hantavirus.

Pour l'heure, un vaccin inactivé, utilisé uniquement en Chine et en Corée du Sud, existe contre d'autres types d'hantavirus mais leur efficacité est jugée modérée par des experts.

Ils devraient être "mis à jour pour correspondre aux souches qui circulent aujourd'hui", a précisé à l'AFP Won-Keun Kim, professeur associé de microbiologie à l'université Hallym en Corée du Sud.

Risque "faible" pour le reste du monde

Contrairement à la pandémie de Covid-19, qui a fait des millions de morts dans le monde, le risque présenté par ce nouveau foyer d'hantavirus est "faible" pour "le reste du monde"selon l'OMS.

"Ce n'est pas le début d'une épidémie [...] ni d'une pandémie", avait assuré à Genève Maria Van Kerkhove, qui dirige le département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l'OMS.

Won-Keun Kim, le professeur de microbiologie, a expliqué qu’étant donné le mode de transmission limité du hantavirus, il est très improbable qu’il puisse provoquer une pandémie mondiale.

En effet, les hantavirus se transmettent à l'être humain par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés qui excrètent le virus par la salive, l'urine et les excréments. La variante du virus détectée à bord du MV Hondius, l'hantavirus Andes, qui a fait trois morts au 19 mai 2026, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines. Son taux de létalité peut dépasser les 40% selon les spécialistes. 

Au moment de la publication de cet article, le 27 mai 2026, trois décès, neuf cas confirmés, et un autre probable ont été signalés, selon un comptage de l'AFP à partir de données officielles. 

L'origine du foyer est encore inconnue mais une mission scientifique s'est rendue le 18 mai à Ushuaïa, d'où est parti le navire le 1er avril, pour y rechercher l'éventuelle présence de rongeurs vecteurs de l'hantavirus, espérant obtenir des résultats au plus tard d'ici un mois.

L'AFP Factuel a déjà consacré de nombreux articles de vérification à ce foyer d'hantavirus et notamment aux accusations de mises en scène ou concernant des parallèles avec le Covid-19

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