Hantavirus : l’existence d’un vaccin expérimental ravive les théories des pandémies "planifiées"

Le foyer d'hantavirus détecté sur le navire MV Hondius début mai 2026 a fait l'objet de nombreuses fausses informations sur les réseaux sociaux, souvent similaires à celles partagées lors de la pandémie de Covid-19. Certains internautes affirment qu'un vaccin contre la souche d'hantavirus en question a été découvert en avril 2025, preuve selon eux que cette alerte sanitaire aurait été planifiée à l'avance. Mais l'un des chercheurs ayant travaillé sur le vaccin mentionné a expliqué à l'AFP qu'il n'était pas prêt à être utilisé chez l'homme. Cette maladie étant connue depuis de nombreuses années, ce qui a conduit différentes équipes de scientifiques à travailler sur des traitements. Par ailleurs, selon l'OMS, il n'est pas question actuellement d'une pandémie.

"Heureusement, le vaccin contre #Hantavirus est prêt depuis hier... euh non, avril 2025 ! Oh quelle chance d’être tombés pile sur la bonne découverte scientifique. Surtout ne laissez personne dire que c’est pas une coïncidence, le peuple pourrait ne plus avoir confiance en vous", affirme un internaute sur X.

"Le grand jeu est révélé : le brevet est arrivé avant la pandémie ! Le 'mensonge' du Hantavirus a été mis en scène seulement hier (07.05.2026), alors qu’il a été documenté que le brevet pour le vaccin à ARNm a été obtenu exactement un an plus tôt, le 24.04.2025 !", commentent d'autres sur Facebook (1, 2).

Les publications sont à chaque fois accompagnées d'une capture d'écran, d'une demande de brevet américain concernant des "vaccins à ARNm contre les hantavires [sic]", datée du 24 avril 2025.

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Capture d'écran d'une publication sur X, réalisée le 22/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.
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Capture d'écran d'une publication sur Facebook, réalisée le 22/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Beaucoup de ces publications traduisent une déclaration sur X de l'ancien député britannique Andrew Bridgen - exclu du Parti conservateur alors au pouvoir en 2023 après avoir diffusé des informations trompeuses sur les vaccins contre le Covid-19 et enfreint les règles en matière de lobbying.

Début mai 2026, un foyer d'hantavirus a été détecté à bord du navire MV Hondius, une maladie qui se transmet à l'être humain par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés qui excrètent le virus par la salive, l'urine et les excréments. Au total, au 22 mai 2026, on comptabilise 12 cas suspects et confirmés, dont trois décès.

Cette alerte sanitaire fait l'objet de nombreuses fausses informations sur les réseaux sociaux, souvent similaires à celles partagées lors de la pandémie de Covid-19, notamment autour d'une pandémie "planifiée".

Mais bien qu’une demande de brevet ait bien été déposée en 2024 par la même équipe que celle mentionnée dans les publications que nous examinons, le vaccin en question n’est pas encore prêt à être utilisé, comme l'a indiqué à l'AFP un chercheur impliqué dans son développement. Actuellement, il n'existe aucun vaccin ni traitement spécifique contre l'hantavirus.

Une capture d'écran altérée

La demande de brevet partagée dans les publications mentionnées a pour numéro de référence : US 2025/0125780 A1.

Une recherche dans la base de données du Bureau américain des brevets et des marques de commerce (USPTO) à partir de la séquence 0125780 ne donne cependant aucun résultat pertinent pour 2025.

Toutefois, une recherche avec le nom de "Bukreyev" - le premier nom figurant dans la rubrique "inventeurs" - montrent plusieurs résultats, dont une demande de brevet pour des "vaccins à ARNm contre les hantavirus", publié le 24 avril 2025 mais avec le numéro de référence : US 2025/0127870 A1 (lien archivé ici).

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Capture d'écran d'une demande de brevet visible sur le site de l'USPTO, réalisée le 22/05/2026. Rectangles rouges ajoutés par l'AFP.

Si l'apparence générale de la demande de brevet publiée sur les réseaux sociaux est similaire à celle mentionnée ci-dessus, certains détails révèlent des incohérences. Par exemple, on peut voir plusieurs fautes d'orthographe comme "hantavires" au lieu de "hantavirus" ou des expressions dénuées de sens telles que, en anglais, "our invesion to the the field of Hantavirus pathology". Enfin, le numéro de référence est aussi légèrement différent.

Une analyse réalisée grâce à l'outil de détection de contenu généré par intelligence artificielle (IA) Hive Moderation a donné une probabilité allant de 51,3 à 78,1% que la version diffusée sur les réseaux sociaux soit générée par IA. Ce chiffre varie en fonction de la taille et de la qualité de l'image téléchargée dans l'outil. De son côté, le détecteur veraAI relève des "preuves très solides" que l'image soit altérée.

Des essais sur un modèle animal

En plus d'avoir sûrement été modifiée grâce à l'IA, cette demande de brevet ne signifie pas qu'un vaccin contre les hantavirus était prêt à être utilisé depuis plus d'un an, soit avant la découverte du foyer sur le MV Hondius.

Contacté par l'AFP le 11 mai 2026, Alexander Bukreyev, l’un des chercheurs cités dans la demande de brevet, professeur et directeur adjoint du Centre pour la biodéfense et les maladies infectieuses émergentes de l’université du Texas, a expliqué que son laboratoire avait mis au point un "vaccin à ARN contre le virus Andes il y a plusieurs années", comme détaillé dans cet article publié dans la revue scientifique Nature Communications en 2024 (lien archivé ici). 

Alexander Bukreyev a indiqué que les chercheurs avaient breveté ce vaccin après avoir démontré son efficacité dans un essai chez l’animal, précisant que "ce délai est habituel pour le dépôt d’un brevet".

Il a aussi précisé que, bien qu’une étude plus récente de son laboratoire ait montré que même une seule petite dose du vaccin offrirait une protection élevée, sur un modèle animal, le vaccin n’avait pas encore été utilisé dans des essais cliniques, en partie en raison du coût financier.

"Le vaccin n’est donc malheureusement pas prêt à être utilisé chez l’homme, et il faudra du temps pour trouver des financements afin de déposer une demande d’IND [demande d'autorisation de nouveau médicament expérimental, NDLR] en vue d’essais cliniques", a-t-il déclaré, un passage obligatoire pour administrer un médicament expérimental ou un produit biologique à des humains.

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Des scientifiques et chercheurs récupèrent des souris dans des pièges près d'Ushuaia, en Argentine, le 18 mai 2026. (AFP / JUAN MABROMATA)

Des recherches "limitées"

Les hantavirus ne sont pas nouveaux. La première description clinique d’une maladie à hantavirus remonte à la guerre de Corée (1950-1953) et l'identification du virus en cause a été faite en 1976, comme l'explique l'ANRS (lien archivé ici).

"La transmission interhumaine d’un hantavirus est rare. Elle a été confirmée pour la première fois lors d’une épidémie nosocomiale de syndrome pulmonaire à hantavirus survenue en 1996 dans le sud de l’Argentine et ne semble concerner que l’hantavirus Andes qui est endémique dans ce pays", développe l'agence. 

Il n'est donc pas étonnant que des chercheurs se penchent depuis plusieurs années sur le sujet. "De nombreux groupes développent des vaccins contre divers virus ; ainsi, lorsqu'une épidémie se déclare, il y a de fortes chances qu'un vaccin soit en cours de développement quelque part", a souligné Alexander Bukreyev.

Comme l'explique cet article du New York Times (lien archivé ici), une poignée d'équipes scientifiques à travers le monde travaillent, parfois depuis des décennies, sur des traitements et des vaccins contre les hantavirus, mais le fait que le virus infecte rarement les humains et ne se propage pas facilement entre eux rend difficile l'obtention de financements ou l'attrait d'un intérêt commercial.

"Les recherches consacrées aux diagnostics spécifiques des hantavirus restent limitées", et les vaccins expérimentaux ainsi que les traitements potentiels en sont "majoritairement" à un stade très préliminaire, résume ainsi l'Institut Pasteur, comme détaillé dans cet article de l'AFP.

Une quinzaine d'études dédiées aux hantavirus enregistrées depuis 2020 sont identifiées dans le registre international des essais cliniques de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Pour l'heure, un vaccin inactivé, utilisé uniquement en Chine et en Corée du Sud, existe contre d'autres types d'hantavirus mais leur efficacité est jugée modérée par des experts.

Actuellement, les traitements principaux visent les symptômes : la prise en charge consiste à oxygéner le patient et à stabiliser sa pression artérielle.

Aussi, le risque présenté par ce nouveau foyer d'hantavirus est "faible" pour "le reste du monde", selon l'OMS.

"Ce n'est pas le début d'une épidémie (...) ni d'une pandémie", avait assuré à Genève Maria Van Kerkhove, qui dirige le département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l'OMS.

L'AFP Factuel a déjà consacré de nombreux articles de vérification à ce foyer d'hantavirus et notamment aux accusations de mises en scène ou concernant des parallèles avec le Covid-19.

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