Non, l'hantavirus n'est pas un effet secondaire du vaccin contre le Covid-19 de Pfizer

Le foyer d'hantavirus détecté sur le navire MV Hondius, qui a fait trois morts au 13 mai 2026, fait l'objet de nombreuses fausses informations sur les réseaux sociaux, souvent similaires à celles partagées lors de la pandémie de Covid-19. Certains internautes affirment ainsi que l'hantavirus est un effet secondaire du vaccin à ARNm contre le Covid-19 développé par les laboratoires pharmaceutiques BioNTech et Pfizer, citant un document provenant du géant américain. Il s'agit cependant d'une mauvaise interprétation: ce document n'établit pas de lien de causalité entre la maladie et le vaccin, mais liste seulement les événements devant être considérés comme "d'intérêt particulier" s'ils survenaient pendant la période d'essais ou de déploiement du vaccin en population générale.

"L'apparition d'une infection à hantavirus était un effet indésirable connu lié aux vaccins contre la COVID-19 de Pfizer", affirment dans des publications similaires de nombreux internautes sur les réseaux sociaux (1, 2, 3).

"Parmi les 1291 effets indésirables répertoriés par Pfizer entre décembre 2020 (date du début des injections) et février 2021, on peut apercevoir à la page 33 : 'infection pulmonaire hantavirus'", ajoutent-ils, partageant, en guise de preuve, un document qui a déjà fait l'objet d'un article de vérification de l'AFP en 2022.

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Capture d'écran d'une publication sur X, réalisée le 13/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.
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Capture d'écran d'une publication sur X, réalisée le 13/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Ce message circule aussi activement dans d'autres langues, en allemand, chinoisnéerlandaisanglais et portugais

Mais ce document du laboratoire américain Pfizer ne liste pas les effets indésirables du vaccin mais compile en réalité des problèmes médicaux théoriquement attribuables à la vaccination, qui font l'objet d'une surveillance spécifique, comme l'AFP l'a déjà expliqué.

L'origine exacte du foyer d'hantavirus sur le MV Hondius est encore inconnue, mais ce virus se transmet à l'être humain par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés.

Un document mal interprété

Le vaccin à ARNm développé par BioNTech et Pfizer, commercialisé sous le nom de Comirnaty, a reçu une première autorisation de mise sur le marché européen en décembre 2020. Il est considéré comme sûr et efficace par les autorités sanitaires sur la base de données provenant de milliards de vaccinations dans le monde.

Le document cité dans les publications est disponible depuis le 17 novembre 2021 sur le site du "Public Health and Medical Professionals for Transparency", une organisation non gouvernementale visant à rendre publics des documents de l'agence américaine du médicament liés aux vaccins contre le Covid-19. 

Il s'agit d'une "analyse cumulée des effets secondaires rapportés jusqu'au 28 février 2021, post-autorisation, pour BNT162B2", l'une des dénominations du vaccin de Pfizer-BioNTech.

Ce document a déjà donné lieu à beaucoup de désinformation, notamment des conclusions erronées sur le taux de mortalité du vaccin, comme l'AFP Factuel l'a expliqué dans un article publié fin décembre 2021.

Dans une première partie (p.6 à 15), Pfizer y recense, à la demande de la FDA [Food and Drugs Administration, l'agence américaine de sécurité des médicaments], les signalements d'événements indésirables survenus après le lancement des campagnes de vaccination anti-Covid-19 dans une soixantaine de pays. Au total, selon le rapport, "jusqu'au 28 février 2021, 42.086 signalements ont été enregistrés", dont un grand nombre relatif à des maux de tête, de la fièvre ou une fatigue générale. 

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Capture d'écran du document, réalisé le 13/05/2026.

Comme le précise la méthodologie du document (p.5), ces données émanent de signalements d'événements indésirables "indépendamment de l'évaluation de la causalité" avec le vaccin : leur survenue n'est donc pas liée à son injection, ces signalements pouvant "aussi être dus à des maladies sous-jacentes, à un ou plusieurs autres facteurs qui peuvent s'ajouter, dont des antécédents médicaux ou la prise d'autres médicaments en parallèle".

Mais c'est à partir de la page 30 que l'on retrouve l'annexe citée dans les publications que nous examinons et qui liste en réalité les "événements indésirables d'intérêt particulier" (AESI en anglais).

Ces "événements indésirables d'intérêt particulier" sont à différencier des "effets indésirables" signalés après la vaccination et dont des analyses postérieurs établissent ou non un lien causal.

L'annexe des AESI ne fait que lister a priori des événements indésirables possibles après une vaccination en général, et donc à surveiller de façon particulière.

Selon l'OMS, un AESI est "un événement médical significatif pré-déterminé pouvant potentiellement avoir un lien de causalité avec un vaccin et qui doit être surveillé avec attention et confirmé par des études spécifiques complémentaires".

"Il ne s'agit en aucun cas d'une liste des effets indésirables rapportés du vaccin Pfizer-BioNTech [Cominarty] mais d'une compilation des événements indésirables d'intérêt particulier [...], des manifestations médicales identifiées a priori comme pouvant être associées à l'administration d'un vaccin et qui seront tout particulièrement surveillées après la commercialisation du vaccin quel qu'il soit, contre le Covid ou une autre maladie", expliquait à l'AFP en 2022 Aurélie Grandvuillemin, responsable adjointe du Centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Bourgogne.

"Cette liste n'est pas celle des effets indésirables du vaccin Pfizer mais celle des événements qui ont été définis par des experts vaccinaux mondiaux, avant le lancement de la campagne vaccinale, comme des événements à suivre avec attention a priori après la vaccination", ajoutait dans le même article Francesco Salvo, coordinateur du suivi de la sécurité du vaccin Pfizer au niveau national et directeur du CRPV de Bordeaux.

Concrètement, l'annexe du document de Pfizer relative aux AESI reprend une multitude d'entrées figurant dans le dictionnaire MedDRA de codage des termes médicaux, comme le précise sa page 16, et comme expliqué en détail dans ce précédent article de l'AFP.

Comme l'expliquait Francesco Salvo, la liste d'AESI de neuf pages compile "tous les libellés pertinents du dictionnaire MedDRA utilisés pour coder les événements indésirables en pharmacovigilance". C'est ce qui explique en partie son étendue, au vu de la richesse de ce dictionnaire contenant 70.000 termes, au sein duquel chaque problème clinique spécifique (comme l'infarctus du myocarde) peut compiler à lui seul plus de 200 entrées.

Comme le soulignait à l'époque Aurélie Grandvuillemin, "cette annexe est particulièrement longue car elle compile tous les termes que Pfizer a considéré comme des AESI, liste qui regroupe elle-même plusieurs listes, bien au-delà des listes plus courtes telles que celle proposée initialement par l'OMS".

La liste proposée par l'OMS en mai 2020 et relative aux "AESI définis pour les vaccins contre le Covid-19" comporte en effet 18 termes, dont ne fait pas partie l'hantavirus.

D'ailleurs, il ne s'agirait pas d'analyser si un vaccin pourrait induire un hantavirus mais de contrôler si la réponse immunitaire ne rendrait pas le patient plus vulnérable à ce virus.

Pas un effet secondaire

Interrogé par l'AFP le 8 mai 2026, Stephan Becker, virologue et directeur exécutif de l’Institut de virologie de l’université de Marbourg, a confirmé que "d'un point de vue virologique, je peux affirmer qu’une infection à hantavirus ne peut pas être causée par un vaccin contre la Covid-19".

On peut retrouver les effets secondaires du vaccin contre le Covid-19 de Pfizer dans ce document de l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), datant de 2023 (lien archivé ici).

On y retrouve par exemple la fatigue ou la fièvre dans les effets indésirables "très fréquents", des insomnies ou une asthénie dans les cas "peu fréquents", ou la myocardyte et la péricardite dans les "réactions très rares".

Dans la liste des "autres effets indésirables rapportés avec une fréquence indéterminée" ne pouvant être estimée "sur la base des données disponibles", on retrouve l'anaphylaxie, la gonflement du visage ou les saignements menstruels importants.

Publié par l'ANSM en mars 2026, le dernier rapport d’enquête de pharmacovigilance, portant sur la période entre février 2024 et juin 2025, "confirme le profil de sécurité du vaccin Comirnaty (Pfizer-BioNTech)".

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Capture d'écran d'un document de l'ANSM, réalisée le 13/05/2026.

Origine du foyer encore inconnue

Les hantavirus se transmettent à l'être humain par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés qui excrètent le virus par la salive, l'urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections ainsi que l'inhalation de poussière contaminée peuvent conduire à une infection, qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu.

"On les retrouve dans le monde entier, avec des cas d'infection toute l'année: par exemple la Chine, la Russie et la Corée du Sud rapportent quelques milliers de cas par an alors qu'en Amérique (du Nord, centrale et du Sud), en Finlande ou en France ce sont quelques centaines de cas", expliquait dans cet article de l'AFP Virginie Sauvage, spécialiste à l'Institut Pasteur, à Paris, où elle est responsable du Centre national de référence des hantavirus. 

La variante du virus détectée à bord du MV Hondius, l'hantavirus Andes, qui a fait trois morts au 13 mai 2026, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines. Son taux de létalité peut dépasser les 40% selon les spécialistes.

L'origine du foyer est encore inconnue mais, selon l'agence sanitaire de l'ONU, la première contamination a eu lieu avant le début de l'expédition le 1er avril car le premier passager décédé, un Néerlandais de 70 ans, a présenté des symptômes dès le 6 avril. Or, la période d'incubation du virus est comprise entre une et six semaines.

Actuellement, il n'existe ni vaccin, ni traitement spécifique contre ce virus. 

Sur les réseaux sociaux, ce foyer d'hantavirus agite les internautes connus pour propager régulièrement de fausses informations sur le Covid-19, comme nous l'avons expliqué dans cet article de l'AFP. Ils accusent les médias et les gouvernements de "mettre en scène" le foyer d'hantavirus détecté sur un navire de croisière pour créer une nouvelle crise sanitaire.

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