Un passager évacué du MV Hondius, où a été détecté un foyer d'hantavirus, monte dans un bus militaire, dans les îles Canaries (Espagne), le 10 mai 2026. (AFP / JORGE GUERRERO)

Hantavirus : sur les réseaux sociaux, les désinformateurs relancent les mêmes théories du complot qu'au temps du Covid

Le foyer d'hantavirus détecté sur le navire MV Hondius, qui avait fait trois morts au 11 mai 2026, agite les réseaux sociaux et en particulier les internautes connus pour propager régulièrement des fausses informations sur le Covid-19. "Conspiration vaccinale", "arme de dépopulation massive" ou remèdes "miracles" : les mêmes théories du complot ressurgissent.

"Hantavirus; la bombe médiatique qui sent la mise en scène", "le hantavirus cache-t-il les dégâts des vaccins Covid ?", "c'est exactement le même refrain qu'au temps du Covid'", "ils nous refont le scénario COVID amplifié dès le début" (1, 2, 3, 4) : sur les réseaux sociaux, des internautes de la sphère complotiste accusent les médias et les gouvernements de "mettre en scène" le foyer d'hantavirus détecté sur un navire de croisière pour créer une nouvelle crise sanitaire.

"ALERTE CONFINEMENT: les mondialistes lancent leur Covid 2.0", avertit sur X Alex Jones, fondateur du site conspirationniste InfoWars et l'un des plus célèbres pourvoyeurs de théories du complot aux Etats-Unis, déjà condamné à de lourdes amendes pour ses mensonges, notamment pour avoir qualifié de "canular" une tuerie de masse dans une école en 2012, à Newton aux Etats-Unis, qui avait fait 26 morts dont 20 enfants.

De très nombreux messages proclament l'arrivée d'une nouvelle "plandémie" - comprendre une "épidémie planifiée" - en référence au titre d'un pseudo-documentaire de 2020 qui a multiplié les fausses affirmations sur le coronavirus. 

Si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) répète que les cas d'hantavirus n'ont rien à voir avec la pandémie de Covid-19, ces internautes affirment que l'hantavirus serait le résultat d'un complot visant à forcer les populations à se vacciner ou à se confiner.

Aux Etats-Unis, ils y voient aussi un moyen d'interférer dans les élections législatives prévues en novembre: en cas de confinement, les électeurs seraient en effet obligés de voter par correspondance, ouvrant la porte, selon eux, à des fraudes massives aux yeux de ceux qui, comme Donald Trump, contestent toujours le résultat de la présidentielle américaine de 2020.

"La résurrection presque immédiate des théories conspirationnistes de l'époque du Covid-19 rappelle que la désinformation ne disparaît pas comme par enchantement lorsque la crise qui en est à l'origine est terminée", observe Yotam Ophir, chef d'un laboratoire de recherche consacré à la désinformation à l'Université de Buffalo (nord-est des Etats-Unis).

Certaines théories s'appuient sur d'anciens articles consacrés à la recherche d'un vaccin contre l'hantavirus, sur des déclarations du milliardaire Bill Gates à propos du Covid, ou encore sur une série télévisée des années 1990, pour démontrer que ce virus aurait été intentionnellement lâché dans la nature afin de réduire la population mondiale, ou pour enrichir les fabricants de vaccins.

D'autres affirment que l'hantavirus est un effet secondaire du vaccin du laboratoire Pfizer contre le Covid-19.

Pour Yotam Ophir, ces théories descendent d'une longue tradition séculaire selon laquelle les maladies seraient fabriquées par les élites. Mais elles circulent beaucoup plus vite par l'intermédiaire des algorithmes et sont parfois alimentées par la sphère vaccinosceptique, désormais installée au sommet de l'administration Trump.

Le retour de l'ivermectine

Les hantavirus se transmettent à l'être humain par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés qui excrètent le virus par la salive, l'urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections ainsi que l'inhalation de poussière contaminée peuvent conduire à une infection, qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu.

"On les retrouve dans le monde entier, avec des cas d'infection toute l'année: par exemple la Chine, la Russie et la Corée du Sud rapportent quelques milliers de cas par an alors qu'en Amérique (du Nord, centrale et du Sud), en Finlande ou en France ce sont quelques centaines de cas", expliquait dans cet article de l'AFP Virginie Sauvage, spécialiste à l'Institut Pasteur, à Paris, où elle est responsable du Centre national de référence des hantavirus. 

La variante du virus détectée à bord du MV Hondius, l'hantavirus Andes, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines. Son taux de létalité peut dépasser les 40% selon les spécialistes.

Actuellement, il n'existe ni vaccin, ni traitement spécifique contre ce virus. Mais, sur les réseaux sociaux, des médecins connus pour propager des fausses informations ainsi que des figures politiques ont affirmé ou suggéré que l'ivermectine pourrait être un remède. Ce médicament antiparasitaire est devenu populaire sur les réseaux sociaux lors de la crise sanitaire, après avoir été testé - un temps - comme traitement contre le Covid-19, et est aussi érigé dans cette communauté comme traitement miracle contre le cancer.

Aux Etats-Unis, l'ancienne députée trumpiste Marjorie Taylor Greene explique en ligne que l'hantavirus est une "arme biologique" déclenchée par des laboratoires pharmaceutiques afin "d'empoisonner" la population avec leurs vaccins.

Cette dernière s'appuie sur les affirmations d'une médecin texane coutumière des fausses informations, Mary Talley Bowden, qui a affirmé sur X que l'ivermectine "devrait être efficace" contre l'hantavirus, tout en la proposant directement à la vente sur son site.

Lors d'une conférence de presse, l'OMS a indiqué avoir "constaté des discussions en ligne suggérant que l'ivermectine pourrait être utile dans ce cas, mais nous n'avons vu aucune étude démontrant que l'ivermectine est un traitement efficace contre l'hantavirus".

"Curieux… c’est exactement le même refrain qu’au temps du Covid. La suite, vous la connaissez déjà", commentent plusieurs internautes (1, 2). 

"La désinformation atteint des niveaux extrêmes avec l'ivermectine", observe le virologue John Lednicky, de l'Université de Floride. Pourtant, ce médicament "n'est pas efficace contre les infections", rappelle-t-il encore.

De son côté, l'OMS affirme que le risque présenté par le foyer d'hantavirus est "faible" pour "le reste du monde", le virus étant moins contagieux que le Covid-19.

Si la transmission interhumaine de l'hantavirus Andes "passe par les voies aériennes", "elle nécessite des conditions très particulières de proximité, de promiscuité ou un terrain de fragilité de la personne exposée, bien au-delà de ce qu'on connaît pour d'autres virus respiratoires" dont le Sars-Cov2 (virus à l'origine de la maladie Covid-19) explique à l'AFP Virginie Sauvage de l'institut Pasteur, responsable du Centre national de référence des hantavirus.

Raúl González Ittig, biologiste pour l'agence nationale de recherche scientifique d'Argentine, pays confronté à un foyer d'hantavirus qui a fait 11 morts en 2018-2019, a également expliqué qu'avec un taux de létalité pouvant avoisiner 40%, "les décès surviennent vite". "C'est pourquoi le risque de pandémie d'hantavirus est bien moindre" qu'avec le Covid-19, qui n'est pas un "virus à létalité rapide" et a d'abord infecté "des milliers de personnes avant que les décès ne commencent à s'accumuler".

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