Cette vidéo d'un homme dansant n'a aucun lien avec le piratage de la messagerie du directeur du FBI

Le 27 mars, le piratage d'une messagerie personnelle appartenant au directeur du FBI, Kash Patel, a été revendiqué par le groupe de hackers "Handala", présumé lié à l'Iran, qui a mis en ligne des photos et de documents provenant de ce compte. Dans la foulée, de nombreux internautes ont partagé la vidéo d'un homme dansant au son d'une célèbre chanson de Bollywood, affirmant qu'elle proviendrait de la messagerie de Kash Patel. Mais c'est faux : cette vidéo est ancienne et n'a aucun rapport avec le piratage qu'a subi le directeur du FBI.

"Kash Patel, directeur du FBI, la seule vidéo divulguée par les hackers iraniens après le piratage de son compte Gmail", affirme un internaute en légende d'une vidéo d'une minute sur laquelle on peut voir un homme danser au son d'une célèbre chanson de Bollywood. Mise en ligne le 29 mars, celle-ci a récolté plus 3.000 "J'aime" et 7.000 partages en l'espace d'une seule journée.

Une publication similaire en anglais, postée le même jour par un autre internaute affirmant qu'il s'agit de "La seule vidéo divulguée provenant du compte Gmail de Kash Patel", a quant à elle cumulé plus de 4 millions de vues.

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Captures d'écran réalisées sur Facebook, X et TikTok le 30/03/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

"L’Amérique peut dormir tranquille, protégée par un directeur du FBI qui danse mieux qu’il ne sécurise ses comptes", ironise un autre utilisateur relayant fréquemment de la désinformation favorable à l'Iran et à la Russie. 

On la retrouve diffusée sur X, Facebook, et TikTok, en anglais et en français mais aussi en turc, en arabe, en espagnol, en slovaque, et en indonésien

Une vidéo ancienne

Le 27 mars, le groupe Handala met en ligne des documents sur son site internet et sa chaîne Telegram (tous deux devenus indisponibles depuis), revendiquant avoir réussi à accéder à un compte mail personnel du chef de la police fédérale américaine (lien archivé ici). Sollicité par l'AFP, le Federal Bureau of Investigation (FBI) a confirmé ce piratage, mais assuré que les informations dérobées étaient bien antérieures à la nomination de M. Patel à la tête de la police fédérale en 2025 et n'avaient aucun caractère officiel.

Les hackers ont publié des photos et des courriels de Kash Patel, notamment de voyages effectués sur la période 2011-2022, précise notamment CNN, citant comme d'autres médias des sources proches du dossier qui confirment l'apparente authenticité de ces documents (lien archivé ici).

Sur certains des documents, on aperçoit Kash Patel visiblement en vacances, posant dans des décors variés. Mais pas de traces de la vidéo virale ni d'ailleurs de toute autre vidéo qui montrerait M. Patel ou un autre homme en train de danser.

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Captures d'écran réalisées sur YouTube et Facebook, le 30/03/2026. Encadrés ajoutés par l'AFP.

Une recherche d'images inversée permet de retrouver la trace d'occurrences plus anciennes de la vidéo en question : on la retrouve partagée dès juillet 2020 sur Facebook et sur YouTube, puis régulièrement republiée jusqu'en 2026.

Si l'AFP n'a pas été en mesure de retrouver la toute première mise en ligne de la vidéo, les légendes qui l'accompagnent à travers les années apportent un éclairage sur son contexte : il y est régulièrement fait allusion à l'actrice indienne Mandakini et au film Ram Teri Ganga Maili, paru en 1985, dont l'homme sur la vidéo reproduit une des chorégraphies les plus connues (liens archivés iciici et ici).

La vidéo n'a donc pas été révélée par le piratage de la boîte mail de Kash Patel, comme l'affirment les publications trompeuses. Et lors des partages de cette séquence, bien antérieurs à ce piratage donc, le nom de Kash Patel n'a jamais été mentionné.

"Cyberpiratage"

Le groupe Handala a revendiqué le piratage de la messagerie de Kash Patel en "riposte" à la saisie, en mars 2026, de quatre de ses noms de domaine par le ministère américain de la Justice (lien archivé ici). 

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Capture d'écran réalisée le site du ministère américain de la Justice, le 30/03/2026.

D'après le communiqué publié sur le site du ministère, ceux-ci permettaient "des activités de piratage informatique menées par le ministère du Renseignement et de la Sécurité de la République islamique d'Iran dans le cadre d'opérations psychologiques et de répression transnationale". Handala, l'un des groupes de cyberpirates les plus actifs depuis le début de la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, est considéré par de nombreux experts en cybersécurité comme affilié à la République islamique.

Dans son communiqué, le groupe a dédié l'opération aux "martyrs du Dena", les plus de 80 marins tués dans le torpillage de la frégate iranienne Dena par un sous-marin américain début mars dans les eaux internationales au large du Sri Lanka alors qu'elle rentrait d'un exercice en Inde voisine (lien archivé ici).

Parallèlement, le département d'Etat américain avait annoncé offrir une récompense allant jusqu'à 10 millions de dollars pour toute information sur les personnes se livrant pour le compte d'une puissance étrangère à des cyberattaques contre les infrastructures vitales des Etats-Unis.

Les opérations de piratage, la diffusion de rumeurs virales et les tentatives d'influence d'acteurs liés aux différentes parties s'inscrivent dans une guerre de la désinformation en ligne, les partisans de chaque camp tentant de tirer parti du flux d'images constant entourant le conflit sur les réseaux sociaux. 

L'AFP a vérifié de nombreuses fausses informations concernant la guerre au Moyen-Orient depuis le 28 février 2026 : des articles à retrouver ici

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