Non, l’Iran n’a pas menacé de frapper le Sénégal dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient
- Publié le 19 mars 2026 à 13:09
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- Par : SUY Kahofi, AFP Côte d'Ivoire
Le Sénégal a été le premier pays africain à condamner les frappes américano-israéliennes en Iran qui ont déclenché fin février la guerre au Moyen-Orient. Cependant, quelques jours plus tard, le président sénégalais a aussi exprimé par téléphone sa solidarité au prince héritier d’Arabie Saoudite, pays ciblé lui par des frappes iraniennes. Depuis ce coup de fil, des publications sur les réseaux sociaux relaient un texte émanant soi-disant du ministre iranien des Affaires étrangères, dans lequel il menacerait d'"anéantir" le Sénégal avec "des missiles" si le pays se range aux côtés des Etats-Unis et d’Israël. En réalité, Téhéran n’a jamais menacé le Sénégal, ont démenti les deux pays, dénonçant une "fausse information".
Après l’attaque israélo-américaine qui a frappé l’Iran le 28 février et tué le guide suprême iranien Ali Khamenei, le Sénégal a été le premier pays du continent africain à condamner cet assaut, par la voix de son Premier ministre Ousmane Sonko (lien archivé ici).
Celui-ci a dénoncé dès le 1er mars une "liquidation du droit international" par les Etats-Unis, jugeant "extrêmement grave" qu’ils se donnent "le droit à tout moment (...) d'assassiner des dirigeants". "C’est déplorable et il faut le condamner", a-t-il regretté lors d’une rencontre avec des militants de son parti (lien archivé ici).
Cependant, quelques jours plus tard, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a lui exprimé par téléphone "sa solidarité" à l’Arabie saoudite visée par des frappes iraniennes, comme beaucoup d’autres pays du Golfe abritant des intérêts américains (lien archivé ici).
Depuis ce coup de fil, de très nombreuses publications sur les réseaux sociaux relaient des propos attribués au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, qui menacerait le Sénégal de représailles militaires s’il continue à condamner les frappes de Téhéran.
"Je peux dire avec étonnement que nous avons lu la déclaration du président du Sénégal. (...) Je demande humblement au président Faye, que je respecte, de ne pas suivre aveuglément les Occidentaux", aurait déclaré Abbas Araghtchi, selon cette publication qui cumule 4.200 mentions "j’aime".
"Qu’il sache que nous avons des missiles à portée des bases américaines au Sénégal et que nous n’hésiterons pas à les anéantir s’il rejoint vraiment le camp de l’agresseur" aurait-il conclu, menaçant.
Cette soi-disant prise de parole a fait le tour de la toile en Afrique de l’Ouest, repartagée dans des dizaines de publications cumulant chacune des milliers de réactions (1,2,3,4,5).
Pour autant, elle n’est pas véridique, ont officiellement démenti à la fois Dakar et Téhéran, dénonçant une "fausse information".
"Désinformation"
Une vérification sur les principaux canaux de communication du ministère des Affaires étrangères iranien (site internet, Telegram, X, Facebook et Instagram) permet de constater qu’aucune communication ou publication officielle ne profère de menace contre le Sénégal ou le président Bassirou Diomaye Faye.
Une recherche sur internet avec des expressions comme "Abbas Araghtchi menace le Sénégal" ou encore "tensions diplomatiques Sénégal Iran" ne donne pas non plus de résultat probant. On constate qu'aucun média crédible ne fait état d’une quelconque menace de l’Iran envers le Sénégal.
Au contraire, on retombe rapidement sur un démenti publié par le ministère sénégalais des Affaires étrangères. Sur sa page Facebook officielle, il qualifie ces affirmations de "fake news" et "désinformation".
"L'information actuellement en circulation", selon laquelle l'Iran aurait menacé le Sénégal, "est infondée et ne reflète en rien la réalité", précise le texte du ministère (lien archivé ici).
Par ailleurs, l'ambassade d'Iran à Dakar a elle aussi démenti cette affirmation. Dans un communiqué envoyé aux rédactions sénégalaises, dont l'AFP s'est procuré une copie, la représentation iranienne indique que ces propos relayés par "certaines plateformes sur les réseaux sociaux" constituent une "information fausse et fabriquée".
"Certaines parties cherchent, par la diffusion d'informations erronées et fabriquées, à porter atteintes aux relations cordiales et constantes en développement entre les deux pays amis", estime l'ambassade iranienne.
"Il est évident que la République d'Iran n'a jamais proféré et ne proférera jamais de menace à l'encontre de la République du Sénégal", pour laquelle elle nourrit un "profond respect", affirme le communiqué, rappelant qu'Abbas Araghtchi avait au contraire remercié son homologue sénégalais lors d'un coup de fil pour la condamnation rapide de l'agression dont l'Iran a été victime.
Nouvelle escalade
Au 20e jour de la guerre au Moyen-Orient, le conflit semble s'engouffrer dans une nouvelle escalade, visant directement les sites de production d'hydrocarbures, et non plus leur seul stockage et acheminement (dépêche AFP archivée ici).
Des frappes iraniennes ont porté des "dommages considérables" sur le plus important site de gaz naturel liquéfié du monde, au Qatar, ravivant les craintes d'une crise économique majeure et suscitant de nouvelles menaces de Donald Trump contre Téhéran.
Ces attaques répondent à celles, la veille, contre le site de South Pars/North Dome, la plus grande réserve de gaz connue au monde, partagée par Téhéran et Doha.
Le président américain a confirmé sur sa plateforme Truth Social qu'Israël était à l'origine de l'attaque contre la partie iranienne de ce site gazier offshore du Golfe, et a semblé vouloir prendre ses distances avec l'opération, précisant que "les États-Unis ne savaient rien de cette attaque".
Ces frappes ont fait grimper le prix du pétrole et du gaz. Le cours du baril de Brent, référence du marché pétrolier mondial, a grimpé de plus de 5% dans les échanges asiatiques jeudi, après des frappes contre des infrastructures gazières au Qatar. Le gaz européen s'envole de plus de 30% après l'attaque par l'Iran d'un site gazier au Qatar.
La guerre en Iran donne lieu à une vague de désinformation alimentée par des contenus générés par l'intelligence artificielle, des vidéos tirées de jeux vidéos ou décontextualisées. AFP Factuel a déjà déconstruit plusieurs fausses informations comme ici, ici et ici.
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