Ce geste de Donald Trump au Premier ministre espagnol n'a aucun lien avec la guerre au Moyen-Orient
- Publié le 11 mars 2026 à 14:03
- Lecture : 5 min
- Par : Cintia NABI CABRAL, AFP France
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez refuse que les Etats-Unis utilisent ses bases militaires pour attaquer l'Iran, estimant que la guerre menée par les USA et Israël depuis fin février constitue "une erreur extraordinaire". Dans ce contexte, des internautes ont partagé début mars une vidéo, en affirmant qu'elle montrerait Donald Trump ordonnant fermement à M. Sánchez de s'asseoir, un geste hostile en forme de réponse à la position exprimée par l'Espagne. En réalité, la séquence date de juin 2019 et montre une interaction - qualifiée de "cordiale" par le gouvernement espagnol - entre les deux dirigeants lors du sommet du G20 au Japon.
La "collaboration loyale" doit prévaloir sur "la confrontation" dans les relations entre Madrid et Washington, a déclaré le 6 mars le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, en pleine période de tensions avec le président américain Donald Trump autour de la guerre avec l'Iran (liens archivés ici, ici, ici et ici). Donald Trump et Pedro Sánchez sont à couteaux tirés depuis plusieurs jours, le premier reprochant au second de ne pas avoir laissé ses forces armées utiliser deux bases situées dans le sud de l'Espagne pour attaquer l'Iran.
Le 6 mars, pendant une conférence de presse donnée à l'issue d'un sommet Espagne-Portugal, Pedro Sánchez a de nouveau défendu la position de son gouvernement contre "l'intervention illégale", selon lui, des forces américaines et israéliennes contre l'Iran depuis le 28 février (lien archivé ici). "Cette guerre en Iran est, à mon sens, au sens de l'Espagne, une erreur extraordinaire que nous allons payer", a-t-il lancé, assurant qu'elle n'était "pas conforme au droit international".
Dans ce contexte diplomatique tendu, plusieurs publications - partagées sur Facebook (1, 2), Instagram (1, 2, 3) et TikTok (1, 2), dans plusieurs langues (anglais, espagnol, vietnamien) - diffusent une vidéo montrant plusieurs dirigeants entrant dans une salle et s'apprêtant à s'asseoir autour d'une table ronde. On y voit le Premier ministre espagnol croiser le regard du président américain, qui lui pointe du doigt la chaise sur laquelle il allait s'installer.
"Sánchez a tenté de parler avec Trump, qui lui a sèchement lancé un 'asseyez-vous'", peut-on lire dans une publication Facebook partagée plus de 600 fois et cumulant plus de 304.000 vues depuis le 7 mars.
"Sánchez voulait discuter stratégie et morale. Trump lui a surtout trouvé une chaise", ironise l'auteur de la publication, ajoutant qu'"à Madrid, Pedro Sánchez voulait décrocher son téléphone pour parler à Donald Trump. Objectif: condamner les frappes américaines et israéliennes, et rappeler que les bases militaires espagnoles ne sont pas ouvertes au premier bombardier venu. Mais côté Washington, l'enthousiasme n'était visiblement pas partagé. Selon quelques indiscrétions diplomatiques, la réponse aurait été aussi sèche qu'un café du Pentagone: 'Asseyez-vous.' Autrement dit, circulez, il n'y a rien à négocier".
Pourtant, la vidéo que nous vérifions n'a aucun lien avec les événements déclenchés fin février.
Des images décontextualisées
En effectuant une recherche par mots-clés à partir de "Girautares", terme incrusté en bas à droite de la vidéo sur les couleurs jaune et rouge du drapeau espagnol, l'AFP a retrouvé une publication Instagram datée du 5 mars 2026. Elle a été mise en ligne par un compte affilié à Jorge Buxadé, député européen du parti d'extrême droite Vox, connu pour ses positions hostiles à l'immigration et pour avoir appelé à la démission de Pedro Sánchez (liens archivés ici et ici).
"Que ce bijou ne tombe pas dans l'oubli. Sánchez voulait parler avec Trump et il s'est pris un anthologique 'assieds-toi'", peut-on lire en espagnol dans le texte incrusté dans la vidéo.
Une recherche d'image inversée sur Google, ainsi que la consultation de la rubrique "À propos de cette image", indiquent qu'"il existe des images similaires datant d'au moins 5 ans".
L'AFP a ainsi retrouvé plusieurs occurrences de la séquence virale sur YouTube (1, 2, 3), publiées dès le 28 juin 2019 : elles montrent cette courte interaction Donald Trump et Pedro Sánchez (liens archivés ici, ici et ici). L'une de ces vidéos a notamment été diffusée par le quotidien barcelonais La Vanguardia (lien archivé ici).
La description de la vidéo, rédigée en espagnol, précise : "La rencontre entre Donald Trump et Pedro Sánchez lors du sommet du G20 ce vendredi a été marquée par un geste dans lequel le président américain semble ordonner au chef du gouvernement espagnol de s'asseoir, un geste que la Moncloa [le siège du gouvernement espagnol, NDLR] a relativisé, tout en soulignant la cordialité de leur salut".
Sur les images, on distingue d'ailleurs que l'interaction est extrêmement brève et que Pedro Sanchez ne semble pas avoir de réaction de colère ou de suprise au geste du président américain. Il semble même sourire esquisser un sourire en s'asseyant.
Le sommet du G20 s'est officiellement ouvert le 28 juin 2019 à Osaka, au Japon, une réunion à grands enjeux sur fond de fractures entre les dirigeants du monde, sur le commerce et le climat notamment (lien archivé ici).
Après la traditionnelle photo de famille, les 20 chefs d'Etat et de gouvernement avaient entamé leurs débats, en l'occurrence sur l'économie du numérique, sous la houlette du Premier ministre du pays hôte de l'époque, Shinzo Abe. Il était entouré notamment par Donald Trump et Xi Jinping, duo vedette de ces deux jours de réunions.
En comparant le logo du sommet ("G20 OSAKA SUMMIT 2019") visible à l'arrière-plan de la vidéo virale avec celui des photographies officielles de l'événement, on constate qu'il s'agit du même décor.
D'autres photographies de l'AFP (1, 2, 3) montrent également la salle avec la table ronde autour de laquelle s'étaient installés les dirigeants.
L'époque où Trump jouait l'apaisement avec l'Iran
Le même jour, le président américain avait jugé que "rien ne press[ait]" pour résoudre les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran, après une série d'incidents et d'invectives (lien archivé ici). "Nous avons le temps. Rien ne presse, ils peuvent prendre leur temps", avait dit Donald Trump à son arrivée au G20 d'Osaka.
Ces propos avaient tranché avec le ping-pong des déclarations choc qui s'était poursuivi la veille entre l'Iran et les Etats-Unis. Téhéran avait mis en garde contre l'"illusion" d'une "guerre courte" entre les deux pays ennemis (lien archivé ici).
Le conflit actuel au Moyen-Orient fait l'objet d'une désinformation massive. Retrouvez tous les articles de vérification de l'AFP consacrés à la guerre et à l'Iran ici.
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