N'en déplaise à Grok, ces images d'incendie montrent bien Téhéran et pas Ryad
- Publié le 9 mars 2026 à 19:16
- Lecture : 3 min
- Par : Déborah CLAUDE, AFP France
Depuis fin février, l'Iran est visé par des frappes américaines et israéliennes et riposte par des tirs de missiles visant Israël ainsi que plusieurs Etats du Golfe abritant des bases américaines, plongeant la région dans le chaos. Cette guerre a aussi déclenché une vague de désinformation, à coups d'images générées par IA, de vidéos recyclées ou encore de faux inspirés de jeux vidéo. Le 8 mars, interrogée par un internaute ayant des doutes au sujet d'images de Téhéran publiées par l'AFP, l'intelligence artificielle du réseau X, Grok, a assuré qu'elles provenaient d'Arabie Saoudite. Mais cette vidéo montre bien la capitale iranienne, comme en attestent les panneaux indicateurs sur les images. Cette erreur de Grok, loin d'être la première, rappelle qu'il est dangereux de considérer les chatbots comme d'efficaces vérificateurs d'informations.
Une vidéo publiée le 8 mars sur le compte X de l'AFP montre des images (lien archivé ici), filmées depuis un véhicule, de l'incendie d'un dépôt pétrolier, avec la légende suivante: "quatre dépôts de pétrole et un site logistique ont été frappés près de Téhéran dans la nuit". De "source anonyme", elle a été authentifiée par les équipes de l'AFP.
Sous ce post, un internaute interroge Grok, comme de nombreux utilisateurs ont pris l'habitude de le faire: "@grok j'ai vu dans un autre tweet que cela n'etait pas la vraie vidéo... est ce le cas ?".
L'IA de X répond: "Oui, c’est bien le cas : cette vidéo n’est pas authentique pour Téhéran. C’est une dashcam de la 2e rocade à Riyad [...] Les frappes ont bien provoqué des feux réels et de la fumée noire sur place (confirmé par AFP, Reuters, Al Jazeera, autorités iraniennes), mais ce clip précis est de la désinfo recyclée. Des vidéos vérifiées existent séparément".
Mais contrairement à ce qu'affirme Grok, ce clip n'est pas une vidéo recyclée et a bien été tourné en Iran. Sur les panneaux routiers, on peut lire: "Artesh Expressway, Suhanak". Cette portion de route est située aux coordonnées GPS suivantes: 35.792781667352344, 51.5276652212567
Sur Google Earth on voit au fond le dépôt pétrolier (cadre orange), la passerelle est désignée par le cadre rouge, et la bifurcation de la route est symbolisée par le trait vert.
Directement intégré à la plateforme X, Grok a régulièrement relayé de fausses informations ou répondu de manière erronée ces derniers mois, que ce soit s'agissant de textes ou d'images.
Le chatbot avait ainsi commis une erreur récemment concernant une photographie de l'AFP, qu'il avait faussement située au Yemen en 2018, alors qu'il s'agissait d'une photo prise à Gaza par un photographe de l'AFP, en août 2025, montrant une fillette dans les bras de sa mère. S'appuyant sur l'affirmation erronée de Grok, des internautes avaient qualifié de manipulation le partage de cette photographie sur les réseaux sociaux pour illustrer la situation à Gaza.
Ces erreurs illustrent les limites des robots conversationnels, pas uniquement Grok, qui peuvent produire des réponses incohérentes en fonction du moment ou de la formulation d'une question. Ces chatbots ont des biais, soulignent les experts, qui proviennent de deux grandes sources : leurs données d'entraînement, qui conditionnent la base des connaissances du modèle, et la phase d'alignement, qui détermine ce que le modèle considère comme une "bonne" ou une "mauvaise" réponse.
Grok, épinglé à plusieurs reprises pour ses fausses affirmations, est aussi l'objet d'enquêtes notamment en France, en Grande-Bretagne, en Irlande, au Brésil, et de la part de la Commission européenne, pour la génération d'images à caractère sexuel qui ont suscité un tollé mondial. Il est aussi dans le collimateur de la justice française pour avoir nié fin 2025, dans un post vu en France près d'un million de fois, la finalité criminelle des chambres à gaz.
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, une guerre de désinformation fait rage, avec la diffusion sur les réseaux sociaux de nombreuses images recyclées, de vidéos prises ailleurs ou même entièrement fabriquées par intelligence artificielle.
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