Une caméra de vidéosurveillance à Paris, en juillet 2024. (AFP / EMMANUEL DUNAND)

Municipales à Paris : doubler le nombre de caméras pour éviter "tout angle mort", une promesse semée d'embûches

Si elle est élue maire de Paris, Rachida Dati, candidate LR et ModEm, assure qu'elle y doublera le nombre de caméras pour prévenir tout "angle mort" dans la capitale et lutter contre l'insécurité. Mais cette promesse de recourir à 8.000 caméras dans "tout l'espace public" se heurte à de nombreuses difficultés pratiques, comme l'ont expliqué plusieurs experts à l'AFP. Ils soulignent notamment qu'il est impossible d'éviter tout angle mort dans la capitale, que l'effet dissuasif de la vidéosurveillance n'a pas été prouvé, et que la compétence de la Ville de Paris en matière d'implantation de caméras est limitée, car partagée avec la préfecture de police (PP). 

A moins d'une semaine du premier tour des élections municipales, Rachida Dati a répété, le 9 mars sur FranceInfo, l'une de ses promesses phares de campagne : "Aujourd'hui, il y a 7.000 rues dans Paris, je ne laisserai aucun angle mort. Il y aura 8.000 caméras sur tout l'espace public" (lien archivé ici).

Interrogée sur l'efficacité de la vidéosurveillance, la candidate LR et ModEm à la mairie de Paris assurait au passage : "C'est préventif, c'est dissuasif et ce sont des éléments de preuve pour les procédures judiciaires."

Dans le détail, selon son programme, Rachida Dati prévoit de "doubler le nombre de caméras de vidéoprotection pour obtenir 8.000 caméras".

Déployées en priorité "aux abords des écoles, des collèges et des terrains de sport", ces caméras seraient reliées à "un Centre de Supervision Urbain unique, avant d’être étendu avec une antenne dans chaque arrondissement". 

En janvier, dans une interview au Figaro, Rachida Dati avait présenté cette centralisation des flux vidéo comme un moyen d'avoir "un délai de réaction quasi instantané pour assurer la tranquillité et la sécurité des Parisiens".

Un mois plus tard, sur le plateau de BFM-RMC, elle assurait déjà qu'"il n’y aura plus d’angles morts" dans la capitale grâce à l'implantation de "caméras de vidéoprotection dans toutes les rues de Paris".

Si, d'après les différents experts interrogés par l'AFP, doubler le nombre de caméras de la capitale sur la durée de la prochaine mandature est techniquement possible - à condition de renégocier le partenariat en vigueur entre la Ville de Paris et la préfecture de police (PP) -, une telle mesure ne permettrait pas d'éviter tout angle mort pour autant. 

L'effet dissuasif de la vidéosurveillance publique sur la délinquance évoqué par Rachida Dati n'est en outre pas établi, comme le relevait notamment la Cour des comptes en 2020 dans un rapport sur les polices municipales : "Aucune corrélation globale n’a été relevée entre l’existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique, ou encore les taux d’élucidation" (lien archivé ici).

Enfin, comme l'ont relevé tous les spécialistes interrogés par l'AFP, plus qu'un nombre conséquent de caméras, une doctrine de vidéosurveillance effective nécessite avant tout une stratégie globale bien définie.

"Que ce soit à Paris ou en province, sur tous les territoires, des grosses communes aux plus modestes, on a une course aux chiffres sur la vidéoprotection. On veut installer X caméras, sans forcément avoir derrière de raison, d'objectif. Installer des caméras, pourquoi pas ? Mais il faut avoir un diagnostic précis. Où installer des caméras ? Pourquoi ? Comment ? [...] Si on est sur de la recherche d'infraction, il faut énormément de personnel pour faire de l'exploitation constante de ces flux d'images", a notamment pointé à l'AFP, le 2 mars, le spécialiste des politiques de sécurité et de la vidéosurveillance Guillaume Gormand, docteur en administration publique et chercheur au CERDAP2 à Sciences Po Grenoble.

"La sociologie des politiques publiques est claire sur ce point : un outil n’est pertinent que s’il est intégré dans une stratégie globale cohérente, combinant prévention, présence humaine et aménagement urbain, plutôt que présenté comme une solution autonome", résumait le 3 mars à l'AFP Pierre-Olivier Weiss, professeur de sociologie à San Diego State University et spécialiste des politiques publiques de sécurité et de délinquance.   

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Une piétonne passe à côté d'une affiche pour la candidate LR à la mairie de Paris, Rachida Dati, le 4 mars 2026, à Paris. (AFP / JOEL SAGET)

L'impossibilité "opérationnelle" d'éviter tout angle mort

Selon les précisions apportées à l'AFP par l'équipe de Rachida Dati le 2 mars, le nombre de caméras de la ville serait doublé "pour la fin de [sa] mandature, avec une installation progressive, surtout dans les deux premières années du mandat" et un coût de 44,5 millions d'euros pour "3.500 nouvelles caméras sur 700 sites", qui pourrait être financé "à hauteur de 30% par la région Ile-de-France et le Fonds interministériel de prévention de la délinquance". 

"Il est tout à fait vraisemblable, d’un point de vue technique, d’installer plus de caméras qu’il n’y a de rues, car une même rue peut nécessiter plusieurs points de captation (carrefours, places, équipements publics….) et certaines caméras couvrent plusieurs axes à la fois", explique Pierre-Olivier Weiss.

"En revanche, promettre l’absence totale d’ angle mort relève davantage d’un objectif politique que d’une réalité opérationnelle : la configuration urbaine, les obstacles matériels, les variations de lumière, les contraintes juridiques liées à la protection de la vie privée et les limites humaines du visionnage rendent une couverture exhaustive pratiquement impossible", nuance l'expert.

Une analyse partagée par Guillaume Gormand, pour qui le recours à 8.000 caméras ne permettrait pas "de combler tous les angles morts" à Paris : "Les espaces urbains sont tellement complexes qu'il faut une densité particulièrement élevée de caméras pour pouvoir combler les angles morts. Et les angles morts, en plus, évoluent. La végétation évolue, les panneaux d'affichage changent de place, se multiplient, etc. De nombreux éléments font que les angles morts ne sont pas forcément anticipés dans un espace urbain."

Pas d'effet dissuasif avéré 

De plus, si Guillaume Gormand note qu'une caméra peut s'avérer dissuasive dans des "cadres très particuliers", tels que des "parkings fermés", ou potentiellement dans des "réseaux de transports en commun", dans "l'espace public, il n'y a jamais eu de démonstration du fait que ça ait un effet dissuasif".

Il cite notamment l'exemple de la vidéosurveillance dans la ville de Londres,  connue pour sa "très forte densité de caméras" et ce "dès le début des années 2000" : "Il a été montré qu'elle n'avait pas d'effet dissuasif sur Londres."

Selon un rapport de la police métropolitaine de Londres dévoilé par The Independent en août 2009, à une époque où la ville comptait un million de caméras, le ratio était d'un délit résolu par an pour 1.000 caméras installées (lien archivé ici). L'année d'avant, un responsable de Scotland Yard déplorait le "fiasco complet" de ce coûteux plan de vidéosurveillance, à l'origine de "seulement 3% d'infractions résolues", ainsi que le rapportait The Guardian (lien archivé ici). 

Dans une étude de 2019, analysant des rapports d'évaluation de vidéosurveillance publiés entre 1978 et 2017 dans neuf pays (Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada, Corée du Sud, Suède, Norvège, Espagne, Pologne et Australie), des chercheurs ont observé (lien archivé ici) que les caméras avaient un effet "modeste mais significatif sur les délits", avec une diminution de 13% des délits dans des zones urbaines dotées de caméra par rapport à celles qui en étaient dépourvues. 

Selon l'étude, l'effet le plus significatif des caméras s'observe dans les parkings (-37%).

Surtout, les auteurs de l'étude notent les meilleurs résultats de la vidéosurveillance lorsqu'elle fait l'objet d'une veille active plutôt que passive, et qu'elle s'accompagne d'autres modes d'intervention. "Il en émerge une nécessité constante que la vidéosurveillance cible la délinquance liée aux véhicules et aux atteintes au bien, et qu'elle ne soit pas déployée comme une mesure autonome de prévention", concluent-ils. 

En 2021, Guillaume Gormand a pour sa part mené une étude pour le Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN) sur l'apport de la vidéosurveillance dans l'élucidation d'enquêtes judiciaires (lien archivé ici).

"On constate à la fois qu'en volume et en proportion, la découverte d'indices et de preuves dans les enregistrements de vidéoprotection publics s'avère finalement assez exceptionnelle. Elle se trouve notamment trop faible pour influencer les niveaux généraux d'élucidation et n'apporte concrètement des informations utiles à l'investigation que dans une proportion marginale d'enquêtes", y notait-il. Un phénomène expliqué notamment par le faible recours des enquêteurs à la vidéosurveillance, par "faible espoir de découverte de faits", "temps d'investigation élevé" ou encore par des "difficultés d'exploitation de la donnée". 

"L'efficacité des caméras, bien que réelle dans certains contextes précis, reste globalement modérée et discutée dans la littérature scientifique", résume Pierre-Olivier Weiss. 

Pour Guillaume Gormand, la vidéosurveillance peut permettre de se "projeter rapidement sur un terrain distant et d'aider les acteurs de terrain à mieux gérer et à intervenir plus en sécurité sur les espaces publics, à éviter les guet-apens, à intervenir avec les bons effectifs, avec le bon dimensionnement effectif, à couvrir les voies de fuite". 

"Mais cela nécessite que l'outil soit bien utilisé, bien intégré dans la chaîne de sécurité. Ce n'est pas parce qu'il y a de la vidéoprotection que les policiers vont mieux intervenir. C'est parce qu'on utilise bien cet outil que potentiellement, ça va contribuer favorablement", détaille-t-il. 

La question cruciale de la compétence partagée entre la PP et la Ville

Le Centre de supervision urbain (CSU) voulu par Rachida Dati nécessiterait quant à lui le recrutement d'un personnel dédié, ainsi que l'a souligné à l'AFP le 3 mars Lucie Cluzel-Métayer, professeure de droit public et co-directrice du Master droit du numérique à l'université Paris-Nanterre.

Car ces centres "en plein essor" - leur nombre ayant doublé en France "entre 2015 et 2019" - reposent sur des "agents assermentés" qui y visionnent "les images en temps réel" et peuvent "diriger les interventions sur le terrain d'unités opérationnelles". 

Selon les détails fournis à l'AFP par l'équipe de campagne de Rachida Dati, "un CSU actif 24h/24 7 jours sur 7 mobiliserait 10 postes en simultané. Sachant que sur 1 poste, 7 ETP [équivalent temps plein] tournent toute l'année, cela signifie 70 personnes. [...] Le CSU, qui nécessitera 70 personnes sur une base annuelle, impliquera une dépense de fonctionnement de 2,8 millions d'euros. Et une dépense d'investissement de 700.000 euros."

Il s'agirait d'un "centre de commandement unique avec un déport (accès aux images) dans les futurs locaux de police municipale dans chaque arrondissement", précise encore l'équipe de la candidate.

Interrogé par l'AFP le 27 février 2026, Dominique Legrand, président de l'Association nationale de la vidéoprotection (AN2V), estimait pour sa part qu'un CSU fonctionnel 24 heures sur 24 et "réellement soigné" pour pouvoir suivre en permanence les flux vidéos retransmis sur ses écrans nécessitait environ 15 personnes à temps plein. 

"Si on multiplie ces quinze personnes par vingt arrondissements [comme le prévoit à terme le programme de Rachida Dati avec une antenne de CSU par arrondissement, NDLR], on est à 300 personnes", calculait-il, tout en pointant que cette mission nécessitait avant tout une "doctrine d'emploi" : "Que recherchent [les personnes chargées de regarder ces flux vidéo] ? Il faudrait, à mes yeux, affiner les usages et savoir contre quels types de délinquances, de menaces, d'incivilités on lutte pour qu'elles soient effectivement appréhendées."

C'est également ce qu'a relevé Guillaume Gormand : "Il faut abandonner l'idée que l'on exploiterait l'intégralité des flux de manière constante, parce qu'il faudrait quasiment un humain pour une demi-douzaine de caméras afin d'avoir une exploitation convenable. Donc ce n’est humainement pas jouable."

L'expert pointe aussi la nécessité d'une réflexion stratégique sur l'implantation et l'usage de la vidéosurveillance : "Si j'installe des caméras dans telle rue, c'est pour identifier [un type d'infraction donné, NDLR], parce qu'on sait qu'il y a tel type d'infraction, qu'il y a tel établissement particulièrement exposé et qu'une fois que j'ai mis ma caméra, je vais l'exploiter. C'est-à-dire que je vais avoir des ordres de mission pour mes opérateurs en centre de supervision urbaine qui vont exploiter cette caméra entre 16 heures et 18 heures parce que c'est le moment où se produit tel type d'infraction."

Pour Pierre-Olivier Weiss, "passer d’une logique de vidéo-verbalisation à une vidéoprotection dite 'pro-active' suppose bien plus que l’installation de nouvelles salles de supervision : il faut des autorisations adaptées aux finalités poursuivies, des personnels formés et habilités, une organisation capable d’assurer un visionnage en temps réel, une coordination fluide avec les forces d’intervention et des garanties strictes en matière de traçabilité et de protection des données."

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Rachida Dati, alors ministre de la Culture, le 25 février 2026, à l'Elysée, à Paris. (AFP / LUDOVIC MARIN)

Un "problème de compétence"

Enfin, la promesse de campagne de Rachida Dati interroge aussi la compétence de la Ville de Paris en matière de vidéosurveillance.

Car, à Paris, "la situation est institutionnellement spécifique", ainsi que l'explique Pierre-Olivier Weiss : "Le maire dispose de compétences en matière de police municipale et peut proposer, financer et organiser des dispositifs de vidéoprotection, mais l’installation de caméras sur la voie publique est soumise à une autorisation préfectorale et s’inscrit dans un cadre fortement encadré par l’État."

"La Préfecture de police conserve un rôle central, tant dans l’autorisation que dans la coordination et l’usage des dispositifs, ce qui limite l’autonomie municipale. Autrement dit, la ville peut impulser et cofinancer, mais elle ne décide pas seule", ajoute-t-il.

Lucie Cluzel-Métayer abonde sur ce point : "A Paris, le [ou] la maire peut demander au préfet de police l'installation des caméras. Ce dernier délivrera une autorisation après avis d'une commission départementale de vidéoprotection présidée par un magistrat. Les communes qui y ont recours doivent faire une déclaration à la CNIL, voire réaliser une analyse d'impact sur la protection des données."

Pour David Conerardy, avocat au sein du cabinet Seban, spécialisé en droit des données, interrogé par l'AFP le 2 mars, "il y a un problème de compétence [dans la promesse de Rachida Dati], même si l’on peut imaginer le maire pousser auprès de la préfecture pour que de nouvelles caméras soient installées."

4.500 caméras aujourd'hui déployées par la préfecture de police

Ainsi que l'indique la Préfecture de police (PP) sur son site, la vidéosurveillance parisienne est en effet régie par le plan de vidéoprotection pour Paris (PVPP). 

Comme l'avait expliqué la Ville de Paris fin octobre 2025, en réponse à des critiques de Rachida Dati, alors ministre de la Culture, sur le prétendu manque de caméras municipales à proximité du Louvre tout juste cambriolé, le plan de vidéoprotection pour Paris relève de la "compétence de la préfecture" (liens archivés ici et ici).

"Elle en assure l’exploitation et l’entretien et donc la gouvernance s’agissant du plan d’implantation. Dans le cadre de ce plan, la Ville de Paris contribue au financement du déploiement du plan de vidéoprotection. Le principe d’un pilotage exclusif par la préfecture de police est une spécificité parisienne qui découle de la répartition des compétences de chacun", indiquait aussi la municipalité.

La Ville précisait par la même occasion que "4.500 caméras [sont] déployées par la préfecture de police dans Paris". Leur emplacement - en date de juin 2025 - est consultable sur le site de la préfecture de police (lien archivé ici). 

Jointe par l'AFP le 3 mars, la Ville de Paris indique que, bien qu'elle puisse "accéder aux images de certaines caméras du PVPP", la "PP en garde le contrôle.

"Conformément au PVPP, les caméras dans l'espace public et surveillant les bâtiments de l'Etat dépendent de la PP", poursuit la municipalité, qui explique disposer de ses "propres caméras de surveillance uniquement sur les bâtiments publics" de la ville (médiathèques, piscines municipales...) et en avoir installé 320 de plus sur la mandature actuelle. 

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Une caméra de vidéosurveillance à Paris, en juillet 2024. (AFP / EMMANUEL DUNAND)

La contrainte du droit national

Questionnée par l'AFP sur la manière dont elle entend procéder pour doubler le nombre de caméras à Paris en cas d'élection, l'équipe de Rachida Dati affirme qu'elle reverra la "convention de coordination qui existe déjà entre la préfecture de police et la ville" après l'élection de sa candidate, assurant que "la préfecture de police y est également favorable".

Sollicitée à de multiples reprises par l'AFP sur ce point, la Préfecture de police n'avait pas répondu à nos questions avant la parution de l'article.

Juridiquement parlant, Lucie Cluzel-Métayer confirme qu'il est "envisageable de modifier [cette convention] si les deux parties sont d'accord."

"Une convention de coordination entre la Ville et la Préfecture de police n’est pas gravée dans le marbre : c’est un instrument administratif qui peut être renégocié si les deux parties en ont la volonté politique", a également indiqué Pierre-Olivier Weiss à l'AFP.

"En soi, si toutes les parties sont d’accord, il sera effectivement possible de modifier la convention de coordination. Néanmoins, il ne me semble pas crédible de dire que la préfecture de police perdrait son pouvoir de police administrative et délèguerait totalement à la ville le fait d’installer les caméras", nuance toutefois David Conerardy.

Car, comme le relève Pierre-Olivier Weiss, une convention de coordination révisée "ne peut pas modifier la répartition des compétences fixée par la loi". 

Or, à Paris, comme la Préfecture de police dispose des prérogatives de l'Etat en matière d'autorisation de vidéoprotection sur la voie publique, une convention révisée "peut préciser les modalités de coopération, le partage d’informations, l’organisation des centres de supervision ou la coordination opérationnelle" mais elle ne peut pas "transférer un pouvoir décisionnel que la loi réserve à l'Etat". 

En clair, si une révision de la convention est possible "techniquement et politiquement", elle restera juridiquement "contrainte par le droit national et par le statut spécifique de Paris."

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Une caméra à Paris, en février 2024. (AFP / MARTIN BUREAU)

Un risque d'escalade sans certitude d'efficacité

Selon le spécialiste des politiques publiques de sécurité et de délinquance, un(e) maire de Paris qui souhaiterait accroître son pouvoir décisionnel "ne peut agir uniquement par volonté politique locale : il faut soit une évolution législative modifiant la répartition des compétences entre la Ville et l’État, soit des accords institutionnels renforçant le rôle municipal dans la gouvernance opérationnelle."

"En pratique, le levier le plus réaliste consiste à investir dans les capacités municipales (généralement police municipale, infrastructures, centres de supervision) afin d’augmenter le poids effectif de la Ville dans la gestion quotidienne, même si le cadre juridique général demeure national", estime-t-il.  Sur ce point, Rachida Dati promet de faire appel à 5.000 policiers municipaux - contre 2.400 aujourd'hui - et de les armer (lien archivé ici).

Reste qu'un recours accru à la vidéosurveillance pose aussi une autre question, pas seulement "technico-budgétaire" mais "démocratique", selon Pierre-Olivier Weiss.

"Plus on densifie la vidéosurveillance, plus on transforme le rapport ordinaire des habitants à l’espace public. Or, l’acceptabilité sociale repose sur la transparence, l’évaluation indépendante de l’efficacité réelle et la proportionnalité du dispositif. Sans indicateurs clairs permettant de mesurer les effets concrets sur la délinquance ou le sentiment de sécurité, on risque d’entrer dans une logique d’escalade symbolique (à savoir toujours plus de caméras) sans certitude que l’investissement produise un gain substantiel en matière de sécurité", résume l'expert.

Une inquiétude partagée par Lucie Cluzel-Métayer pour qui l'expansion du nombre de caméras équivaut à "la mise en place d'un 'continuum de sécurité' très attentatoire aux libertés fondamentales : le droit au respect de la vie privée, mais aussi la liberté d'aller et venir, la liberté d'expression, de manifestation, de conscience..."

"Pour que ces libertés puissent s'exercer librement, la préservation de l'anonymat est essentielle et l'utilisation de la vidéoprotection compromet cela", conclut la professeure de droit public. 

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