Ces images prétendant montrer les funérailles du guide suprême de l'Iran sont décontextualisées

Le guide suprême de l'Iran, Ali Khamenei, a été tué le samedi 28 février par une frappe aérienne lors d'une l'offensive israélo-américaine sur le pays. L'annonce de sa mort a suscité une vague d'émotions partagés chez le peuple iranien, dont une partie est descendue dans les rues pour manifester sa joie ou sa tristesse. En ligne, des internautes ont diffusé des vidéos de cortèges funéraires, prétendant montrer une cérémonie en hommage au leader défunt. Mais c'est faux : il s'agit d'images anciennes et décontextualisées. 

"Funérailles de Guide iranien Ali Khamenei [sic] Qu'Allah lui accorde dans son paradis", peut-on lire en surrimpression sur une vidéo TikTok mise en ligne le 1er mars 2026, totalisant plus d'un millier de "J'aime" et de partages. On y voit une place couverte d'une foule très dense, devant une mosquée au dôme doré, portant un cercueil drapé d'une tenture verte. 

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Captures d'écran réalisées sur TikTok et Facebook, le 03/03/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

On retrouve la même vidéo partagée ailleurs sur TikTok, mais aussi sur Facebook, X et YouTube, en anglais, en turc et en tagalog

Mais ces images sont sorties de leur contexte, et ne montrent pas les funérailles du chef de l'Etat iranien.

Commémoration d'un imam chiite historique 

Une recherche d'image inversée permet de retrouver la vidéo mise en ligne sur Facebook par la chaîne de télévision irakienne Karbala TV le 15 janvier (lien archivé ici).On y voit une foule immense porter le même cercueil drapé de vert, devant le même bâtiment que celui qui apparaît dans les publications partageant la vidéo décontextualisée.

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Capture d'écran réalisée sur la page Facebook de la chaîne de télévision irakienne Karbala TV, le 03/03/2026.

La légende écrite en langue arabe indique qu'il s'agit d'un "enterrement symbolique" au sanctuaire sacré de Kadhimiya à Bagdad, en Irak, pour commémorer la mort de l'imam Moussa al-Kadhim, le septième des douze imams vénérés dans l'islam chiite.

À Bagdad, les pèlerins chiites se pressent chaque année devant le sanctuaire au dôme doré pour commémorer le saint homme, mort empoisonné en prison au VIIIe siècle et enterré sur place (lien archivé ici).

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Comparaison entre le lieu vu sur la vidéo trompeuse (à gauche) et les photos du sanctuaire sur Google Street View (à droite), le 03/03/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Les images de la vidéo correspondent bien à celles visibles sur Google Street View du sanctuaire de Bagdad (lien archivé ici).

Mais ce ne sont pas les seules images décontextualisées de prétendues funérailles d'Ali Khamenei à circuler sur les réseaux. 

Une vidéo de l'enterrement de Hassan Nasrallah en 2024

"Le dernier moment pour les funérailles du leader suprême Khamenei", peut-on lire en légende d'une vidéo sur Instagram ayant récolté un millier de partages, partagée le 2 mars et montrant un cortège porter plusieurs cercueils tendus de jaune à travers la foule, parmi laquelle de nombreux hommes en treillis militaire et masqués.

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Captures d'écran réalisées sur X, Facebook et Instagram, le 03/03/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

On retrouve la même publication reprise sur X et Facebook, en français, en anglais, et en indonésien, accompagnée de légendes similaires ou de photos en surimpression du défunt guide suprême. Mais là aussi, il s'agit en réalité de funérailles d'une autre personne, morte bien avant Ali Khamenei. 

En observant l'image, on distingue de nombreux drapeaux jaunes portant un graphisme vert identifiable, agités par des membres du public et recouvrant les cercueils : il s'agit en réalité du drapeau du Hezbollah, milice chiite pro-iranienne au Liban et l'un des principaux alliés régionaux de Téhéran au sein de la coalition baptisée "Axe de la résistance" (lien archivé ici). 

Une recherche d'image inversée permet de retrouver le contexte dans lequel ces images ont été mises en ligne : il s'agit en réalité des funérailles de Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah tué par une frappe israélienne à Beyrouth fin septembre 2024, et dont les funérailles ont eu lieu en février 2025 dans la capitale libanaise (lien archivé ici). 

Sur une photo prise par l'AFP lors de la cérémonie funéraire, on distingue la même arche transparente et les deux cercueils recouverts du drapeau de la milice que l'on peut voir sur les publications trompeuses. 

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Les cercueils de Hassan Nasrallah et Hashem Safieddine, lors de la procession funéraire du 23 février 2025, à Beyrouth, au Liban. (AFP / IBRAHIM AMRO)

L'Iran a entamé dimanche une période de deuil de 40 jours et a décrété sept jours fériés après la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989 (lien archivé ici). Israël mène depuis le 2 février une campagne de frappes massives sur le Liban, affirmant viser le Hezbollah dans ses bastions du sud et de l'est du pays ainsi que dans la banlieue sud de Beyrouth (lien archivé ici).

Dans le sud du Liban, l'armée israélienne maintient cinq positions qu'elle juge stratégiques le long de la frontière israélo-libanaise depuis le cessez-le-feu qui a mis fin, le 27 novembre 2024, à un an d'hostilités entre le Hezbollah et Israël en marge de la guerre dans la bande de Gaza (lien archivé ici). Au moins 60.000 habitants du nord d'Israël avaient dû quitter leur foyer.

Aux termes du cessez-le-feu, le mouvement islamiste devait se retirer et démanteler son arsenal dans les régions du Liban situées au sud du fleuve Litani, soit à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière. Mais Israël accuse le Hezbollah d'être toujours présent au sud du fleuve, en violation de l'accord.

Le mouvement chiite avait promis de "faire face à l'agression" américano-israélienne contre l'Iran, après la mort samedi du guide suprême iranien.

Le Moyen-Orient s'embrase du Liban au Golfe

Les frappes aériennes et les ripostes iraniennes se succèdent depuis le 28 février 2026, date à laquelle les Etats-Unis et Israël ont amorcé une campagne de bombardements massifs visant l'Iran.

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Une bannière à l'effigie du guide suprême de l'Iran Ali Khamenei, près d'un bâtiment endommagé par une frappe isréalienne dans la banlieue de Beyrouth, le 3 mars 2026. (AFP)

Les autorités américaines affirment que leurs frappes ont éliminé 48 "leaders" iraniens, sans fournir de précisions, et que six militaires américains ont été tués. Le Croissant-Rouge iranien fait lui état de 780 morts en Iran. L'AFP n'a pas été en mesure à ce stade de vérifier de manière indépendante les bilans donnés par les autorités et organisations iraniennes concernant les civils tués dans les frappes depuis samedi.

Le bilan risque de fortement s'alourdir alors que le conflit embrase désormais une bonne partie du Moyen-Orient (lien archivé ici). 

Comme lors de la précédente guerre opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran, les opérations armées engendrent une grande quantité de fausses informations. AFP Factuel en a vérifié de nombreuses, à retrouver ici

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