Non, le G20 n'a pas lancé un passe vaccinal international qui empêcherait les non-vaccinés de voyager

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Les dirigeants du G20, réunis à Bali mi-novembre, ont affirmé le besoin de mettre en place des normes internationales relatives au Covid, pour faciliter les voyages à l'étranger et renforcer la prévention de futures pandémies. Dès le lendemain de la signature de la déclaration commune du G20, des publications sur les réseaux sociaux ont brandi la menace du "retour du passe sanitaire", affirmant que les personnes non vaccinées ne pourront plus voyager. Mais la déclaration signée au sommet de Bali - une simple prise de position sans détails précis- ne mentionne pas cette interdiction, ni l'obligation vaccinale en général, des prérogatives qui restent quoi qu'il en soit du ressort des lois nationales.

"C'est le retour du passe sanitaire, en PIRE", soutient une pétition non datée intitulée "NON au retour du passeport vaccinal", signée par près de 200.000 personnes au 5 décembre, et partagée sur Facebook, accompagnée d'une photo d'Emmanuel Macron, après le sommet du G20 à Bali, à partir du 17 novembre.

Le même texte, à l'exception de quelques modifications relatives au contexte national, a été relayé par un internaute québécois et partagé plus de 600 fois depuis le 24 novembre. Sur TikTok aussi, cette déclaration a été partagée des centaines de fois.

Que dénonce précisément cette pétition? Le texte assure que sans ce "passeport vaccinal international", que les Etats du G20 voudraient faire appliquer "pour l'ensemble des citoyens du monde", "vous ne pourrez plus: voyager d'un pays à l'autre, accéder à certains espaces internationaux: gares, aéroports, ambassades, etc; voter dans le pays où vous résidez si ce n'est pas votre pays d'origine".

Des allégations très imprécises, qui mélangent "pass sanitaire" et "passeport vaccinal", et brandissent la menace de privation de la liberté de mouvement des individus, un leit-motiv récurrente depuis le début de la crise sanitaire, notamment au sujet du certificat Covid UE. L'AFP a déjà consacré des articles de vérification à ces confusions autour du certificat Covid de UE, ici ou là.

En effet en juin 2021, un règlement européen a instauré, pour les voyages au sein de l'Union européenne, un certificat Covid UE (qualifié indûment de "passe vaccinal" dans de nombreuses publications sur les réseaux ) - attestant d'une vaccination contre le Covid-19, d'un test négatif ou d'une infection dans les six derniers mois. Il est toujours en vigueur, puisqu'il a été reconduit jusqu'en juin 2023, mais de nombreux Etats membres, dont la France, ont cessé de l'exiger pour entrer sur leur territoire.

L'idée est d'avoir un modèle de document harmonisé qui soit utilisable dans les pays de l'UE.

Les informations trompeuses sur une volonté du G20 d'empêcher les non-vaccinés de voyager s'appuient sur l'article 23 de la déclaration du G20 datée des 15 et 16 novembre 2022, qu'on peut consulter notamment sur le site de la représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne. Mais cette déclaration ne parle pas de "passeport vaccinal" qui serait assorti d'interdictions, ou, comme le laissent entendre des publications douteuses sur les réseaux, de rendre la vaccination obligatoire.

A l'article 23, voici qu'on peut lire, en anglais (encadré en rouge ci-dessous): "Nous reconnaissons l'importance de normes techniques et de méthodes de certification communes, dans le cadre du Règlement sanitaire international (2005), pour faciliter des voyages internationaux fluides (...) et identifier des solutions numériques et non-numériques, dont des certificats de vaccination", mais sans jamais spécifier ce que pourraient être ces normes communes.

Les dirigeants du G20 affirment aussi leur soutien à un "dialogue international permanent et à une collaboration pour établir des réseaux mondiaux digitaux de santé fiables", "pour renforcer la prévention et la réponse apportée aux pandémies à venir".

Capture d'écran de la déclaration commune du G20 faite le 6 décembre

Ces réseaux "devraient s'appuyer sur le succès des normes et des certificats numériques Covid-19 déjà existants", estiment les chefs d'Etat et de gouvernement dans leur déclaration.

"Ce passeport vaccinal numérique peut être fait à partir des passes vaccinaux nationaux créés lors de l'épidémie de Covid-19", traduisent les auteurs de la pétition, transformant une hypothèse en affirmation.

Les déclarations du G20, qui plus est, ne sont pas coercitives, et chaque Etat reste souverain en termes de mesures sanitaires. Les Etats sont libres ou non d'assortir un éventuel certificat Covid à des mesures de circulation ou de fréquentation de lieux. Le sommet de Bali a donné lieu à des "négociations très difficiles" et a principalement porté sur le conflit en Ukraine, selon le président indonésien.

Pour étayer leur démonstration, les auteurs des publications trompeuses citent même un "communiqué de presse" de la Maison Blanche.

On trouve en effet sur le site de la présidence américaine la "Déclaration" du G20. Il ne s'agit pas d'un "communiqué de presse" de la Maison Blanche mais d'un simple copier-coller de la déclaration. On la trouve aussi d'ailleurs sur le site de la représentation française auprès de l'UE ou sur celui du gouvernement indonésien, tous participants du G20.

"Si Joe Biden a prévu d'imposer ce passe vaccinal aux Américains, vous pouvez être certains qu'Emmanuel Macron fera exactement la même chose en France", en déduisent pourtant à tort les auteurs de la pétition.

L'internaute québécois Daniel Gagnon établit la même extrapolation adaptée à son pays: "Si Joe Biden a prévu d’imposer ce passe vaccinal aux Américains, vous pouvez être certains que Justin Trudeau fera exactement la même chose en Canada".

Contacté par l'AFP, un porte-parole du Conseil européen a assuré qu'il n'y avait "pas eu d'accord en ce sens et nous sommes loin d'un passeport mondial de vaccination. Mais il est nécessaire de continuer à travailler à l'adoption de normes internationales pour faciliter les voyages".

Le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse après la conclusion du sommet du G20 à Bali le 16 novembre 2022. ( AFP / LUDOVIC MARIN)

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères sud-coréen, pays membre du G20, a aussi assuré à l'AFP que le sommet n'avait pas permis la conclusion d'autres accords sur les vaccins ou d'autres sujets en-dehors de ce qui est mentionné dans la déclaration des dirigeants.

"Tout ce qui n'est pas mentionné dans la déclaration doit être considéré comme n'ayant pas fait l'objet d'accord des Etats membres", a déclaré ce porte-parole à l'AFP le 24 novembre.

Ces affirmations trompeuses ont essaimé dans le monde entier, par exemple en Corée du Sud et en Finlande.

Beaucoup reprennent une publication en anglais, émanant de tweets de Bernie Spofforth, une militante britannique anti-confinement un temps suspendue de Twitter, aujourd'hui suivie par plus de 162.000 abonnés, et partagée aussi par des comptes français.

Tout en copiant une partie de l'article 23 de la déclaration du G20, elle commente, dès le 17 novembre : "Les dirigeants viennent de signer un texte qui établit que des passeports vaccinaux vont être adoptés pour 'faciliter' tous les voyages internationaux. Ca signifie: les vaccins que l'OMS estime que vous devez recevoir. Changeant [ainsi] vos droits et vos libertés pour toujours."

Capture d'écran de Twitter faite le 6 décembre 2022

D'autres publications reprenant la même théorie du "passeport vaccinal mondial" se fondent sur un extrait vidéo du B20 (Business 20), qui rassemble les acteurs des entreprises privées, avant le G20.

Dans cet extrait le ministre de la Santé indonésien, Budi Sadikin, demande: "alors dotons-nous d'un certificat de santé numérique, reconnu par l'OMS".

Budi Sadikin précise bien "Si vous avez été vacciné ou testé correctement, vous pouvez voyager", envisageant donc, dans sa proposition, le test et non le seul vaccin comme sésame international.

Jusqu'à présent, en France, c'est bien la législation française qui a conditionné l'accès à certains lieux au passe sanitaire à partir de l'été 2021 (vaccin, test ou rétablissement) puis au passe vaccinal puis a organisé sa suspension mi-mars 2022 dans la plupart des lieux sauf établissements de sanitaires et sociaux.

Dans le monde, d'autres pays, notamment en Asie, ont adopté des lois très contraignantes. En Chine, par exemple, des milliers de personnes testées positives ont été placées à l'isolement dans des centres dédiés ou des hôpitaux, une politique "zéro covid" qui provoque, depuis plusieurs semaines, des manifestations sans précédent.

Pour apaiser la colère populaire et redresser une économie chancelante, le gouvernement chinois a annoncé le 7 décembre un allégement général des règles sanitaires contre le Covid, autorisant par exemple les personnes testées positives mais asymptomatiques ou seulement légèrement malades à effectuer leur quarantaine chez elles.

 

Julie Pacorel

COVID-19 VACCINS