Il n'y a pas de vaccin Rougeole-Oreillons-Rubéole-Covid à l'ordre du jour en France

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Alors que la désinformation anti-vaccinale a trouvé un écho retentissant avec la pandémie de Covid, des publications appellent à refuser la vaccination rougeole-oreillons-rubéole (ROR), obligatoire pour les enfants nés après 2018 en France, arguant qu'elle serait désormais associée à une vaccination anti-Covid. Mais c'est faux, a expliqué le 30 août à l'AFP la Direction générale de la santé, assurant qu'aucun des onze vaccins obligatoires pour les nouveau-nés "n'est combiné avec un vaccin Covid" et que cela n'est pour l'heure pas envisagé. L'article scientifique cité comme source par les publications virales ne mentionne que des recherches préliminaires sur un sérum testé chez des rongeurs.

"ALERTE : présence d'un antigène Covid dans le nouveau vaccin Rougeole Rubéole Oreillon dont les dernières versions étaient déjà à ARNm", s'alarme un internaute dans un tweet partagé plus 1.800 fois depuis le 28 août.

Capture d'écran prise sur Twitter le 30/08/2022

Un autre message, publié le lendemain et relayé plus de 1.500 fois, assure de son côté que "le vaccin Covid va être associé au vaccin rougeole, oreillons et rubéole".

La vaccination "ROR" (rougeole-oreillons-rubéole) fait partie en France des onze vaccins obligatoires depuis 2017 pour les enfants nés après le 1er janvier 2018.

Ces publications ont une tonalité clairement anxiogène, comme le confirment de nombreux commentaires d'internautes, qui se montrent inquiets ou scandalisés, certains exprimant leur refus de se vacciner ou de vacciner leurs enfants. On y retrouve des éléments récurrents de la rhétorique anti vaccinale, destinée à représenter la vaccination comme un danger.

Comme expliqué ici sur le site des Nations-Unies, la désinformation sur les vaccins contre le Covid a renforcé la méfiance des citoyens contre les vaccins et pèse sur les campagnes de vaccination, favorisant la résurgence de certaines maladies, comme la rougeole par exemple.

Ces messages citent comme source un article du site News Medical publié le 27 juillet 2022 et titré (en anglais) "incorporer un antigène [substance visant à produire des anticorps, NDLR] de coronavirus dans le vaccin ROR pour produire une immunité contre le Covid-19 chez les enfants".

Capture d'écran prise sur le site News Medical le 30/08/2022

Une pétition en français, intitulée "NON À L'AJOUT DANS LE VACCIN ROR DE L'INJECTION ARNM DU COVID-19" a été lancée en ligne, affichant plus de 14.000 signatures à la date du 31 août 2022.

Capture d'écran prise le 31/08/2022 de la pétition lancée sur le site mesopinions.com

Aucun des 11 vaccins obligatoires pour les nouveaux nés combiné avec le Covid

Contactée par l'AFP le 30 août, la Direction générale de la santé (DGS) a assuré qu'il s'agissait d'une fausse information. "Aucun vaccin du calendrier des vaccinations n'est combiné avec un vaccin contre le Covid et aucune combinaison n'est à l'étude ou envisagée", a-t-elle indiqué.

Un pédiatre administre un vaccin à un bébé, à Quimper, le 19 septembre 2017. ( AFP / FRED TANNEAU)

"Les deux vaccins ROR utilisés en France sont PRIORIX et M-M-RVAXPRO depuis plusieurs années", a encore précisé la DGS.

Ces deux sérums sont composés de virus atténués de la rougeole, des oreillons et de la rubéole. Ces virus sont vivants, mais affaiblis, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas provoquer ces maladies, précise le dictionnaire médical Vidal sur son site ici et ici.

Le vaccin ROR se fait par le biais de deux injections, la première à un an et la seconde entre 16 et 18 mois, avec un délai d'un mois entre les deux injections. Ce vaccin permet de protéger simultanément contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.

Capture d'écran du calendrier vaccinal 2022 prise le 30/08/2022

"La rougeole est une maladie totalement contenue par la vaccination, mais comme elle est extrêmement contagieuse, il y a des résurgences de cas dès que le taux de vaccination baisse. Ça a été le cas il y a quelques années en Californie à cause de mouvements anti-vaccins et cela a fait des morts. C'est une maladie qui peut être très dangereuse, notamment pour les enfants car elle engendre de très fortes fièvres", a détaillé pour l'AFP le 30 août Claude-Agnès Reynaud, immunologiste et directrice de recherche au CNRS.

"Les oreillons sont moins graves mais peuvent néanmoins avoir des conséquences sévères comme la surdité. La rubéole, enfin, est très dangereuse pour les femmes enceintes", a poursuivi la spécialiste.

"Donc on combine les trois dans un même vaccin, ce qui est une banalité pour la vaccination infantile, et ça fonctionne très bien. Ce vaccin provoque souvent de la fièvre passagère mais présente une efficacité remarquable sur la prévention", a-t-elle ajouté.

Un article de recherche détourné

Pour affirmer qu'une nouvelle version du vaccin ROR avec un antigène de virus Sars-CoV-2 (à l'origine du Covid) serait distribué en France, les publications virales citent un article du site News Medical, qui relaie le travail de scientifiques de l'Ohio State University.

Ceux-ci ont mené des recherches sur un potentiel vaccin qui permettrait d'immuniser, en plus des trois maladies du vaccin ROR, contre le Covid-19.

Leurs recherches ont été publiées le 27 juillet 2022 dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Capture d'écran prise le 30/08/2022 sur le site pnas.org

"Cet article reprend l'idée d'une plateforme vaccinale Covid, c'est-à-dire un procédé particulier de vaccination et tout l'environnement technologique pour le développer, utilisant un virus vecteur choisi parmi les paramyxovirus [une famille de virus à ARN, NDLR]. L'institut Pasteur avait misé, sans succès, sur la souche vaccinale de la rougeole. Ici, ils ont obtenu de bons résultats préliminaires avec la souche vaccinale oreillons", a expliqué le 31 août à l'AFP Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l'Académie nationale de Médecine.

Les vaccins peuvent utiliser différentes techniques pour apporter l'antigène à l'organisme et susciter des anticorps qui protègeront d'une infection. L'une de ces techniques consiste à utiliser un "vecteur viral" : on se sert d'une autre souche virale, modifiée pour être inoffensive et pour porter de l'antigène du virus qui nous intéresse, pour acheminer l'antigène jusqu'aux cellules du vacciné.

Une autre technique consiste à acheminer l'antigène via de l'ARN messager ("ARNm"), technique inaugurée chez l'être humain avec les vaccins anti-Covid de Pfizer et de Moderna. Ces vaccins ont concentré une large part de la désinformation anti vaccinale depuis 2020.

"C'est (...) peut-être prometteur, surtout dans l'hypothèse d'une administration par spray intranasal qui apporterait un avantage dans la prévention de la transmission", a-t-il estimé après avoir étudié l'article à la demande de l'AFP.

Les différentes étapes de fabrication d'un vaccin avant qu'il ne soit mis sur le marché ( JOHN SAEKI / AFP / )

Cependant, "il s'agit d'un vaccin expérimental qui, à ma connaissance, n'a pas encore été testé chez l'homme et n'a été incorporé dans aucun vaccin ROR", a indiqué le 31 août à l'AFP l'éditrice de l'article de recherche Diane Griffin, professeure au département de microbiologie moléculaire et d'immunologie de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.

Ce candidat-vaccin contre le SARS-CoV-2 est "très efficace actuellement chez de petits modèles animaux", précise d'ailleurs l'article en introduction.

Capture d'écran de l'article prise le 31/08/2022

L'article de News Media cité dans les publications sur les réseaux sociaux rapporte d'ailleurs que ces scientifiques ont expliqué qu'ils "envisagent un jour d'incorporer un antigène de coronavirus dans le vaccin contre la rougeole-oreillons-rubéole (ROR) comme moyen de produire une immunité contre le Covid-19 chez les enfants".

L'objectif serait, à terme, selon l'auteur principal de l'étude, d'offrir "une protection contre quatre agents pathogènes - la rougeole, les oreillons, la rubéole et le SARS-CoV-2 - dans un seul programme de vaccination", a expliqué dans l'article de News Medical Jianrong Li, professeur de virologie au Département des biosciences vétérinaires de l'Ohio State University.

A ce stade de recherche, il faudrait encore que le vaccin subisse de nombreux tests pour évaluer sa potentielle efficacité et sa sécurité, ce qui suppose un processus long et nécessite des financements importants. De très nombreuses recherches ne dépassent pas le stade des modèles animaux.

Si le projet devait être poursuivi, "il reste un long chemin à parcourir avec les essais cliniques chez l'Homme de phases 1, 2 et 3, ce qui demandera plus d'un an minimum. Après quoi, suivant les résultats de ces essais, le candidat-vaccin devra être homologué par les agences de santé (FDA, AEM), puis par les instances nationales (HAS, ANSM, HCSP). En conclusion, malgré l'intérêt scientifique de cet article, nous sommes encore très loin de voir un vaccin ROR+Covid sur le marché", souligne l'épidémiologiste Yves Buisson.

Résurgence de maladies infantiles

Depuis deux décennies, la méfiance envers le vaccin ROR s'est accentuée, se fondant notamment sur une étude publiée en 1998 dans la revue médicale The Lancet qui suggérait un lien entre la vaccination ROR et l'autisme.

L'étude s'est révélée être un "trucage" de son auteur Andrew Wakefield, mais ni le démenti officiel de la revue, ni le retrait de l'article, ni les multiples travaux postérieurs démontrant l'absence de lien, n'ont fait cesser les craintes sur ce vaccin combiné.

Aujourd'hui, les Nations unies multiplient les mises en garde en expliquant que les conditions sont idéales pour des épidémies de maladies évitables alors que la pandémie a bouleversé les accès à la vaccination de routine.

La crise du Covid-19 (qui a perturbé notamment les systèmes de soins) et la désinformation sont à l'origine de la plus forte baisse continue de la vaccination infantile contre d'autres maladies en quasiment trois décennies, pointait un rapport de l'Organisation mondiale de la Santé et de l'Unicef publié le 15 juillet 2022.

Une petite fille reçoit une dose de vaccin contre la rougeole et la rubéole à Caracas, le 17 août 2022. ( AFP / Yuri CORTEZ)

Cette couverture trop faible a entraîné l'apparition d'épidémies évitables de rougeole et de polio sur les 12 derniers mois, regrettait le rapport.

Environ 24,7 millions d'enfants ont raté leur première dose contre la rougeole en 2021, soit plus de 5 millions de plus qu'en 2019. Et 14,7 millions d'enfants supplémentaires n'ont pas reçu leur deuxième dose. La couverture vaccinale pour la première dose contre la rougeole était ainsi de 81% en 2021, un plus bas depuis 2008.

La rougeole a pourtant tué plus de 207.000 personnes dans le monde en 2019.

"Il s'agit d'une alerte rouge pour la santé des enfants. Nous sommes témoins de la plus forte baisse continue de l'immunisation infantile depuis une génération", s'inquiétait Catherine Russell, directrice générale de l'Unicef, prévenant que "les conséquences se mesureront en nombre de vies."

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