Bas niveau de la Loire au coucher du soleil à Saint-Mathurin-sur-Loire, dans l'ouest de la France, le 7 août 2022 ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER)

Attention à cette liste d'affirmations remettant en cause l'origine humaine du changement climatique

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Alors que les canicules se multiplient dans le monde, la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique fait aujourd'hui consensus au sein de la communauté scientifique internationale et est mise en lumière par le GIEC qui alerte sur l'urgence à diminuer nos émissions de carbone. Pourtant, des publications partagées des milliers de fois sur Facebook en France et en Belgique depuis juillet remettent en question ces conclusions, minimisant le lien entre la hausse des températures et les émissions de CO2 provenant des activités humaines. Ces affirmations vont à l'encontre des observations scientifiques de ces dernières années et contiennent raccourcis et confusions, ont expliqué plusieurs experts à l'AFP.

"Moi au départ je suis climato-curieux", explique l'auteur d'un texte partagé plus de 5.000 fois sur Facebook (1, 2) depuis le 19 juillet et alors que l'Europe est frappée par une vague de canicules.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 03/08/2022

Il liste ensuite une dizaine d'affirmations, qui remettent en cause l'origine humaine du réchauffement climatique.

Ce texte a notamment été relayé le 29 juillet par un météorologue belge retraité, assez connu en Belgique, qui avait déclaré en 2019 que le réchauffement climatique était "naturel".

Mais ces allégations contiennent de nombreuses confusions et éléments trompeurs, ont expliqué à l'AFP plusieurs experts qui rappellent que la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique est aujourd'hui reconnue par l'immense majorité de la communauté scientifique internationale.

Une série d'affirmations trompeuses :

Le climat de la Terre essentiellement influencé par l'activité solaire et les mouvements des planètes ? Trompeur

Des variations climatiques ont toujours été observées au fil du temps, même il y a des millénaires, avant que l'homme n'apparaisse sur Terre.

"Forcément, s'il n'y avait pas d'humains à l'époque, ce n'est pas à cause des humains que le climat a changé : c'est à cause du cycle climatique naturel", expliquait le chercheur Pierre Friedlingstein, directeur de recherche à l'ENS et expert carbone et climat, dans un article de vérification en juin 2022.

"Sur des millions d'années, le climat a principalement varié en raison du positionnement de la Terre par rapport au soleil, et donc de l'orbite terrestre. Sur des échelles de temps encore plus grandes, ça fait intervenir la tectonique, personne ne met cela en doute", avait-il expliqué.

Ainsi, les saisons sont liées à l'inclinaison de la Terre par rapport au soleil.

"Pendant une partie de l'année, l'hémisphère sud offre sa partie au soleil et vice-versa, ce qui entraîne les saisons", a expliqué à l'AFP le 4 août Jean-Pascal van Ypersele, climatologue à l'Université catholique de Louvain et ancien vice-président du GIEC - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, les experts climats de l'ONU.

Ensuite, le rayonnement solaire influe également sur le climat. Comme l'expliquait l'AFP dans un précédent article de vérification, il affecte toutes les couches atmosphériques confondues : l'atmosphère, la troposphère, et la stratosphère.

"En revanche, depuis 150 ans, les variations climatiques sont dues à l'homme. L'un n'empêche pas l'autre", ajoutait Pierre Friedlingstein.

En effet, ces éléments ne sont pas suffisants pour expliquer les variations de température observées depuis une centaine d'années. Les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont d'ailleurs alerté dans leur dernier rapport sur la responsabilité "sans équivoque" des activités humaines dans le réchauffement observé ces dernières décennies.

Interrogé le 31 mars 2022, le directeur du Laboratoire de glaciologie à l'Université libre de Bruxelles Frank Pattyn expliquait que "les variations de l'énergie solaire observées au cours des derniers siècles sont faibles et ne sont pas suffisantes pour expliquer les variations de température qu'on observe aujourd'hui". Par ailleurs, "ces dernières décennies, il y a plutôt eu une diminution de l'activité solaire".

La NASA pointe également sur cette page dédiée à l'impact des cycles solaires sur le climat de la Terre que "les scientifiques s'accordent à dire que les cycles solaire et les variations à court terme de l'irradiance qui lui son associées ne peuvent être la principale force à l'origine des changements climatiques que nous observons actuellement sur Terre", rappelant que "la production du Soleil ne varie que de 0,15% au cours du cycle, soit moins que ce sui serait nécessaire pour provoquer le changement climatique que nous observons".

"Depuis 1950, les études scientifiques montrent très clairement qu'on ne peut pas expliquer le réchauffement climatique d'aujourd'hui sans tenir compte des facteurs humains, principalement des gaz à effets de serre", a ajouté Jean-Pascal van Ypersele.

"Le réchauffement climatique des XXe et XXIe siècle est à 100% dû à l’activité humaine", expliquait Pierre Friedlingstein. "On n'arrive pas à expliquer l'augmentation de la température sans prendre en compte les gaz à effet de serre, car on sait, grâce à des modèles scientifiques, que la variabilité naturelle du climat ne contribue quasiment pas au réchauffement du siècle dernier."

Plusieurs observations, par exemple la composition des atomes de carbone ou les différences de températures entre haute et basse atmosphère, permettent aux scientifiques d'établir que les activités humaines sont responsables des changements climatiques actuels, comme nous l'avions expliqué dans cet article de vérification.

La section "FAQ" du cinquième rapport d'évaluation du GIEC, publié en 2014, contient plusieurs schémas, qui comparent les changements de température à la surface terrestre observées depuis 1860 - en prenant en compte l'impact humain - avec les projections des températures incluant le forçage naturel - c'est-à-dire les phénomènes naturels perturbant le climat.

On y observe que les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique ont provoqué une claire augmentation de la température terrestre, qui aurait plutôt stagné sans intervention humaine.

"Naturellement, on va vers un refroidissement de la Terre. Si on laissait aller les choses, sans impact de l'homme, on irait vers une nouvelle glaciation dans 100.000 ans", a expliqué le 3 août 2022 à l’AFP Xavier Fettweis, climatologue à l'Université de Liège (ULiège). "Mais l'Homme perturbe tout: le climat se réchauffe, et il est probable qu'il se réchauffe tellement qu'on n'entre jamais en glaciation."

On ne peut pas affirmer que l'augmentation de température n'a jamais été aussi rapide ? Si, répondent les experts

"Les grands réseaux de mesures météorologiques permettent de connaître l'évolution du climat depuis environ 150 ans. Pour la période antérieure, roches, sédiments, calottes glaciaires, et différents fossiles sont nos principales sources d’information sur le climat du passé, qu'on appelle paléoclimat", développe Pascale Braconnot, chercheuse en sciences du climat et de l'environnement dans un article de Bonpote, en collaboration avec le CNRS.

"On prélève ces archives naturelles dans le sol, les lacs, les tourbières, les océans, ou encore la glace. Peu à peu, les scientifiques ont développé des méthodes de plus en plus précises pour dater ces indices. Certaines archives, comme les cernes annuels de croissance des arbres ou les stries de croissance des coraux, donnent accès à des informations datées à la saison près", poursuit-elle dans l'article.

Herbe séchée, dans un champ de pâturage pour vaches dans une ferme à Lampaul-Guimiliau, dans l'ouest de la France, le 10 août 2022 ( AFP / FRED TANNEAU)

"On peut retracer l'historique des concentrations de CO2 dans l’atmosphère grâce à des carottes glaciaires [un échantillon prélevé de calottes glaciaires, NDLR] : on creuse dans la glace pour retrouver les conditions atmosphériques" jusqu'à des centaines de milliers d'années, avait déjà expliqué à l'AFP Sonia Seneviratne, professeure en sciences climatiques à l’école polytechnique fédérale de Zurich, dans un article publié le 4 juin 2022.

"Sur la base de ces reconstructions paléoclimatiques, on sait qu'on n'a jamais eu des concentrations en CO2 aussi hautes", poursuivait-elle.

Surtout, même si la Terre a toujours connu des changements de température, ceux-ci n'ont jamais été aussi rapides et importants, a expliqué le 3 août à l'AFP Françoise Vimeux, climatologue et directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Lorsque la Terre passe d’une période glaciaire à une période interglaciaire, on observe des changements de température de l'ordre de 4 à 5°C en moyenne globale. Mais ce changement prend 10.000 ans. Actuellement, les projections du GIEC les plus pessimistes parlent d'une augmentation de 4°C pour la fin du siècle par rapport au XIXe siècle. C'est-à-dire que l’homme aura provoqué un changement en 200 ans qui se fait naturellement en 10.000 ans. L’humain n'a jamais été confronté à une telle mutation.

Pas de consensus scientifique sur le réchauffement climatique ? Faux

Il y a bien un consensus scientifique sur le réchauffement climatique, comme l'explique par exemple, de manière très pédagogique, cet article de BonPote en partenariat avec l'Institut national des sciences de l'Univers du CNRS.

Aujourd'hui, la très grande majorité des articles "publiés dans des revues sérieuses montrent l'accord des auteurs avec la théorie de l'origine humaine de la hausse des températures", a abondé Jean-Pascal van Ypersele

"Aujourd'hui, il n'y a plus de débat : il y a un consensus scientifique à 100% sur le fait que l'Homme influence le climat", a aussi commenté Xavier Fettweis.

Les rapports du GIEC, qui évalue depuis trente ans l'état des connaissances sur l'évolution du climat, ses causes et ses conséquences, sont considérés comme un résumé de l'état actuel de la science sur le sujet.

Créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), ce groupe d'experts réunit des milliers de spécialistes des sciences de l'atmosphère, océanographes, glaciologues, économistes... et a reçu le prix Nobel de la Paix en 2007.

Le GIEC est divisé en trois groupes d'experts, nommés par les différents gouvernements et organisations internationales : le premier étudie les preuves scientifiques du réchauffement, le deuxième ses impacts et le troisième présente les solutions envisageables pour l'atténuer.

Son rôle est de se plonger dans les milliers de publications scientifiques consacrées au sujet, expertiser les dernières connaissances, et présenter une synthèse équilibrée aux décideurs.

"Les experts du GIEC se basent uniquement sur des papiers évalués par des pairs", a expliqué le 3 août à l'AFP le climatologue Xavier Fettweis. "A chaque rapport, des scientifiques forment des équipes chargées de différents chapitres. Ensuite, toute la communauté scientifique est appelée à examiner ces chapitres et il y a des réunions dans chaque pays."

Le premier volet de son dernier rapport d'évaluation est sans équivoque : "Il est incontestable que l'influence humaine a réchauffé l'atmosphère, les océans et les terres", écrivent ses auteurs en août 2021. Les rapports évoluent au fil des années. Ainsi, en 1990, les experts du GIEC écrivaient que "les émissions dues aux activités humaines accroissent sensiblement la concentration dans l'atmosphère de gaz à effet de serre".

Le budget annuel du GIEC est d'environ 6 millions d'euros et la base de contributions volontaires des Etats-membres, indique le site du Ministère de la Transition écologique, qui précise que "les groupes de travail sont composés de scientifiques s’engageant bénévolement comme experts".

Comme le décrit l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae), les scientifiques sont "sélectionnés par le bureau du GIEC sur la base de critères scientifiques à partir d’une liste proposée par les Etats. Ils ne reçoivent aucune rémunération supplémentaire pour ce travail".

Le CO2 n'a rien à voir avec le réchauffement climatique ? Faux

"La pollution n'a strictement rien à voir avec le réchauffement climatique. Le CO2 n'est pas un polluant mais au contraire un fertilisant", affirme faussement l'auteur de la publication relayée sur Facebook. Il ajoute que "le CO2 a augmenté dans l'atmosphère de 0,01 point en un siècle, et représente aujourd'hui 0.04%".

Comme expliqué dans ce précédent article de vérification, ce raisonnement témoigne d'une confusion entre le dioxyde de carbone (CO2) biologique et le dioxyde de carbone émis par les activités humaines.

Le CO2 est un gaz dit "naturel", comme la vapeur d'eau, c'est-à-dire qu'il existait déjà dans l'atmosphère bien avant l'apparition de l'homme sur la planète.

"Il y a bien sûr une partie du cycle du carbone qui est naturelle", expliquait en juin la climatologue Sonia Seneviratne. "Si on ne brûlait pas d’énergies fossiles, il y aurait forcément du CO2 dans l’atmosphère. Ce sont des phénomènes naturels", ajoutait-elle.

"Le problème, continuait Sonia Seneviratne, c'est qu'on a désormais un apport additionnel de CO2 dans l’atmosphère qui vient de la combustion d’anciens déchets végétaux : le pétrole, le gaz ou le charbon étaient à l’origine des plantes qui ont capturé du CO2, sous forme organique, qui est resté stocké sur la planète. Lorsqu'on les brûle, on relâche un apport additionnel de CO2 dans l'atmosphère qui va y rester des centaines à des milliers d'années, et comme c’est un gaz à effet de serre, il induit un déséquilibre dans notre système climatique."

Si le CO2 a bien "un effet fertilisant sur la végétation, une fois qu'il se retrouve en haute atmosphère c'est un gaz à effet de serre très important", a ajouté Xavier Fettweis.

Ces dernières décennies, la combustion d'énergies fossiles a provoqué l'émission de beaucoup plus de gaz à effet de serre que la planète n'en absorbe.

Selon l’auteur de la publication, “le taux de CO2 dans l'atmosphère a augmenté de 0,01 point en un siècle, pour passer de 0,03% à 0,04%”. “C'est vrai, mais ça ne veut rien dire”, a estimé auprès de l'AFP le 8 août Gerhard Krinner, directeur de recherche CNRS à l'Institut des géosciences de l'environnement.

La concentration de CO2 est mesurée en "partie par million" ou ppm. Cet indicateur permet de calculer le taux de pollution dans l'air et plus globalement dans '’environnement. Comme son nom l’indique, le ppm permet de savoir combien de molécules de polluants on trouve sur un million de molécules d’air.

Ainsi, la concentration de CO2 est passée de 282 ppm en 1800 à 407 ppm en 2018.

Capture d'écran du site de l'agence européenne pour l'environnement, réalisée le 10/08/2022

Si on calcule cela en volume, on obtient les pourcentages donnés par l’auteur de la publication, explique Gerhard Krinner. C'est très peu car l'air contient pratiquement 80% d’azote et 20% d’oxygène". Cependant, c’est une hausse de presque "50%", appuie-t-il.

"407 parties sur un million de parties, ça ne représente pas grand-chose, mais c’est ce qu’on appelle le forçage radiatif et ça suffit pour perturber l’équilibre du système climatique", a expliqué le 2 août 2022 à l’AFP François Gemenne, membre du GIEC et professeur de géopolitique de l'environnement à Sciences Po.

Ce principe est expliqué sur le site de vérification de fausses informations autour du climat Skeptical Science : "Le CO2 d'origine humaine dans l'atmosphère a augmenté d'un tiers depuis l'ère préindustrielle, créant un forçage (une modification) artificiel des températures mondiales qui réchauffe la planète. Bien que le CO2 dérivé des combustibles fossiles ne représente qu'une infime partie du cycle mondial du carbone, le CO2 supplémentaire est cumulatif car l'échange naturel de carbone ne peut absorber tout le CO2 supplémentaire."

D'après l'association Réseau Action Climat qui a vulgarisé, en partie, la dernière publication du GIEC, les concentrations de CO2 en 2019 n'avaient ainsi jamais été aussi élevées depuis 2 millions d’années, et celles de méthane et de protoxyde d’azote, depuis au moins 800.000 ans.

La température terrestre a légèrement diminué pendant 30 ans à partir de 1945 ? Manque de contexte

En observant l’évolution de la température moyenne annuelle mondiale de 1850 à 2020, on remarque une légère baisse des températures de 1945 à 1970.

Capture d'écran du site du ministère de la Transition écologique, réalisée le 10/08/2022

A l'échelle mondiale, les températures se sont réchauffées de 1915 à 1945, puis se sont très légèrement refroidies d'un ou deux dixièmes de degré de 1945 à 1970 environ, avant de se réchauffer fortement pour atteindre le niveau actuel", a détaillé à l’AFP le 4 août le climatologue britannique Philip Jones, professeur à l'École des sciences de l'environnement de l'Université d'East Anglia.

L’hémisphère nord a connu un refroidissement plus important que l’hémisphère sud, comme on peut l’observer ici, grâce aux données de l'Unité de recherche climatique de l'Université d'East Anglia.

De nombreux rapports du GIEC montrent que le refroidissement de 1945 à 1970 est dû aux rejets d'aérosols sulfatés [qui se forment à la suite des émissions de soufre engendrées par la combustion de charbon et de pétrole, NDLR] qui s'opposent aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Les émissions de GES entraînent un réchauffement. Les aérosols sulfatés entraînent un refroidissement. Les aérosols sulfatés se trouvaient presque entièrement dans l'hémisphère nord, c'est pourquoi les données de l'hémisphère nord ont été plus affectées. L'hémisphère sud ne l'a pas été et a donc continué à se réchauffer”, poursuit Philip Jones.

Interrogé par l'AFP le 4 août, Jean-Louis Dufresne, directeur de recherche au Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD), confirme également le rôle des aérosols sulfatés dans ce léger refroidissement.

"A cette époque, on émettait beaucoup d'aérosols sulfatés qui ont tendance à légèrement refroidir les températures mais qui ne restent pas longtemps dans l’atmosphère. Ces émissions compensaient donc celles de CO2, puisqu’on en émettait parallèlement beaucoup moins qu'aujourd’hui", précise-t-il.

En plus d’avoir une influence sur la température, les émissions d’aérosols sulfatés "engendrent des pluies acides", détaille Philip Jones, des phénomènes qui polluent les eaux dans lesquelles elles retombent, en particulier les lacs et les rivières.

Peu à peu, l’introduction de mesures antipollution a réduit les émissions d’aérosols sulfatés tandis que l’augmentation des gaz à effet de serre a commencé à dominer dans les années 1970, et le réchauffement a repris, expliquent les scientifiques que nous avons contactés.

"Les émissions d'aérosols sulfatés ont été réduites de façon spectaculaire dans les années 1970. L'effet de cette réduction a été instantané, car les aérosols sulfatés sont continuellement éliminés par la pluie et n'ont donc pas de demi-vie comme le CO2", explique Philip Jones.

Quand on fait la somme des effets de l'activité humaine sur le climat, on constate que les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre depuis 150 ans ont réchauffé le climat de 1,5°C, tandis que les aérosols l'ont refroidi de 0,4°C. L'effet total de l'Homme est donc d'1,1°C”, détaille Gerhard Krinner.

Marais salants desséchés sur l'île de Noirmoutier, dans le golfe de Gascogne, le 7 août 2022 ( AFP / LUDOVIC MARIN)

Pierre Thomas, géologue et professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon, a également expliqué à l'AFP le 4 août, qu’il n’y a 'jamais eu de consensus scientifique à l’époque sur la possibilité d’une ère glaciaire', simplement 'quelques publications qui évoquaient cette possibilité mais qui se trompaient'.

"La plupart des publications ne prédisait pas l’arrivée d'une ère glaciaire, il y en a une qui évoquait cette possibilité mais à l’époque on ne savait pas grand-chose. Dès les années 1970, un consensus a été établi sur un réchauffement climatique provoqué par les émissions humaines de CO2", ajoute Jean-Louis Dufresne.

Les prévisions de température du GIEC depuis sa création sont erronées ? Infondé

"Le GIEC ne fait pas de prévisions, mais utilise des projections, associées à des scénarios très différents en fonction des émissions de gaz à effet de serre", a précisé Jean-Pascal van Ypersele.

"Le réchauffement climatique dépend de l'épaisseur de la couche de gaz à effet de serre. Prédire la température d'ici la fin du siècle impliquerait qu'on connaisse parfaitement l'épaisseur de la couche. Or, elle va évidemment dépendre des émissions de gaz à effet de serre des prochains siècles", a ajouté le climatologue, expliquant que l'augmentation des températures dans les prochaines années dépend de multiples facteurs, comme le développement des énergies renouvelables, du respect ou non de l'Accord de Paris, etc.

Dans le sixième rapport d'évaluation du GIEC, publié en juin 2021, les experts ont établi cinq nouveaux scénarios, allant d'une réduction drastique des émissions de CO2 jusqu'à une forte augmentation de ces émissions.

Depuis le premier rapport, les projections du GIEC sont plutôt correctes, a expliqué Xavier Fettweis : "Quand on regarde les projections du GIEC des rapports de 2001 et de 2007, le réchauffement anticipé est exactement celui qu'on observe", a déclaré le climatologue.

Plusieurs climatologues ont comparé les projections des experts du GIEC avec les températures réellement observées, expliquait déjà Libération en 2019.

Ainsi, les auteurs d'un article publié sur la plateforme Carbon Brief (financée par la Fondation européenne pour le climat) estimaient en 2017 que "les modèles climatiques publiés depuis 1973 ont généralement été assez bons dans la prévision du réchauffement futur. Si certains étaient trop faibles et d'autres trop élevés, ils présentent tous des résultats raisonnablement proches de ce qui s'est réellement produit, en particulier lorsque les écarts entre les concentrations de CO2 prévues et réelles et les autres forçages climatiques sont pris en compte".

Sur son blog, Ed Hawkins, climatologue au Centre national britannique des sciences de l'atmosphère (NCAS) et à l'Université de Reading (Angleterre), a réalisé un graphique comparant les projections faites dans le rapport du GIEC publié en 2014 (AR5) avec les observations des températures réelles. Les données sont régulièrement mises à jour - les dernières datent de mai 2022.

Sur ce graphique, la ligne noire épaisse représente les observations réelles de températures. Les lignes de couleur représentent les différents scénarios de variation de la température (RCP) par rapport à la période 1986-2005.

On observe que la ligne noire, celle des observations réelles de températures, suit les lignes représentant les projections (basses) du GIEC. On peut donc en conclure que les projections du GIEC en 2014 étaient plutôt correctes, a confirmé Ed Hawkins, contacté le 10 août 2022 par l'AFP.

Capture d'écran réalisée le 10/08/2022 sur le blog anglais Climate Lab Book

Dans le premier chapitre du sixième rapport d'évaluation du GIEC, les scientifiques ont établi un schéma comparant les projections des courbes de températures de précédents rapports du groupe avec celles de plusieurs climatologues - tels que Syukuro Manabe ou James Hansen - et les températures réellement observées.

On observe que les projections correspondent assez bien aux températures réellement observées, avec des différences qui n’excèdent pas 0,2°C.

En 2010, le GIEC s'était toutefois retrouvé dans la tourmente en raison de quelques erreurs dans son dernier rapport, dont une factuelle concernant la disparition probable des glaciers de l'Himalaya "d'ici 2035".

Cette erreur a nourri les climato-sceptiques, quelques mois après le fiasco du sommet de Copenhague. Cette date ne provenait pas d'une revue scientifique soumise à l'évaluation des pairs et le GIEC avait dû admettre une "regrettable erreur", tout en soulignant qu'elle ne remettait pas en cause la validité de ses conclusions.

La France représente 0.9% des émissions mondiales de CO2 ? Manque de contexte

Les plus gros émetteurs du monde comme la Chine ou l'Inde continueront d'émettre toujours plus de CO2, et ils ont bien raison, car cramer des ressources fossiles c'est la seule manière de sortir les gens de la pauvreté", ajoute l'auteur de la publication Facebook.

Les deux plus gros émetteurs au monde sont la Chine, avec 10,49 milliards de tonnes de CO2 en 2019 (28% des émissions mondiales) et les Etats-Unis, qui ont généré 5,26 milliards de tonnes de CO2 (soit 14% des émissions mondiales), selon les données du Global Carbon Project, une base de données sur les gaz à effet de serre.

La France, quant à elle, a émis en 2019 315,93 millions de tonnes de CO2 et représente donc environ 0.9% des émissions mondiales de CO2, confirme à l'AFP Françoise Vimeux, climatologue et directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement. "Mais seulement si on tient compte de ce que l'on émet sur le territoire, précise-t-elle. Si on ajoute le poids de nos importations, on frôle les 2%." C’est pourquoi il est important de contextualiser ces chiffres.

La France est un pays qui importe énormément de marchandises, contrairement à la Chine qui exporte davantage. Ainsi, la France émettait en 2019 depuis son territoire 6,5 tonnes de CO2 équivalent par habitant, mais son empreinte carbone par habitant représente environ 10 tonnes de CO2 équivalent par habitant si on tient compte des échanges internationaux, selon un rapport publié en septembre 2021 par le Haut Conseil pour le climat. L'unité CO2 équivalent tient compte des émissions des autres gaz à effet de serre.

Capture d'écran du rapport de septembre 2021 du Haut Conseil pour le Climat, réalisée le 03/08/2022

L’empreinte carbone de la France, constituée pour moitié (54 % en 2019) d'émissions associées aux importations selon le ministère de la Transition écologique, est bien supérieure aux seules émissions sur son propre territoire.

De plus, il est important de tenir compte des différences de taille de la population. Car, même si l’empreinte carbone complète de la France représente 2% des émissions mondiales de CO2, "il faut préciser que la population française ne représente que 0,84% de la population mondiale", ajoute la climatologue Françoise Vimeux.

Dans ce cas, on se rend compte que la France n'est pas vraiment un bon élève.

Par ailleurs, selon un calcul effectué en 2018 par le think tank Global Footprint Network, si toute l'humanité consommait comme les Français, elle aurait exploité l’équivalent des capacités de régénération de 2,9 Terres cette année-là. "Un résultat bien au-dessus de la moyenne planétaire qui évolue ces dernières années autour de 1,7 Terre", commente le think tank.

Le chiffre de 1% est fréquemment utilisé comme prétexte à l’inaction climatique, cependant, la France a "une responsabilité historique dans le cumul de dioxyde de carbone dans l’atmosphère", qui l'oblige à agir, défend Françoise Vimeux.

"La France se hisse au douzième rang des émissions territoriales cumulées de CO2 depuis 1850", déclare la climatologue s’appuyant sur les données du site d'information britannique Carbon Brief.

L'ambition de l'Accord de Paris, ce traité international sur les changements climatiques adopté par 196 parties lors de la COP 21 à Paris en décembre 2015, est de "limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2 degrés, de préférence à 1,5 degré Celsius, par rapport au niveau préindustriel", peut-on lire sur le site de l'ONU.

Dans son dernier rapport, le groupe d'experts du GIEC a présenté une liste non-exhaustive de solutions pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et limiter les conséquences du changement climatique.

Interrogée par l'AFP le 2 août, Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue, explique que des solutions existent pour réduire nos émissions sans pour autant revenir à "l'âge de pierre", comme le critiquait l’auteur de la publication Facebook.

"C'est ridicule parce qu'il s'agit de solutions à la fois technologiques, mais aussi de styles de vie dont l'empreinte est plus légère mais qui permettent de vivre mieux (moins de vulnérabilité aux prix des énergies fossiles sur les marchés mondiaux, alimentation saine, logement performant, mobilités plus actives, donc des améliorations pour la santé et le bien-être", a-t-elle estimé, citant le rapport du groupe 3 du GIEC (disponible ici).

La France condamnée pour inaction climatique

Deux décisions de justice distinctes, dans les dossiers dits de la "commune de Grande-Synthe" et de "l'Affaire du siècle", ont reconnu en 2021 les manquements de la France dans sa lutte contre le réchauffement climatique.

Dans le premier cas, saisi par Grande-Synthe, commune du littoral du Nord qui s'estime menacée par la montée du niveau de la mer, le Conseil d'Etat avait donné en juillet 2021 neuf mois au gouvernement pour "prendre toutes mesures utiles" afin de ramener les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, à un niveau compatible avec les objectifs de la France en la matière, soit une baisse de 40% d'ici à 2030 par rapport à celles de 1990. Le dossier n'est pas encore clos.

Dans le second cas, toujours par rapport à cet engagement, le "budget carbone" français pour 2015-2018 a été dépassée, ce qui a valu une condamnation à l'Etat dans le dossier dit de "l'Affaire du siècle" (voir ici et ici). Le gouvernement a rehaussé les plafonds pour 2019-2023, reportant de fait l'effort a accomplir, a expliqué Anne Bringault du Réseau action climat, une coalition d'ONG.

12 août 2022 Corrige coquilles aux mots "scientifiques" et "empreinte carbone", remplace "molécules de carbone" par "atomes de carbone", précise citation de Sonia Seneviratne sur les carottes glaciaires
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