Agnes Pannier-Runacher à Paris le 18 novembre 2021 ( AFP / ERIC PIERMONT)

Attention à cette citation parodique sur le prix de l'essence attribuée à Agnès Pannier-Runacher

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"Baisser les taxes sur le carburant est inutile". Alors que le prix des carburants s'envolent en France, la ministre déléguée chargée de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher aurait fait cette "annonce aux Français" en appelant plutôt à "recourir au télétravail" pour "faire des économies", selon des publications partagées des milliers de fois depuis le 9 mars. Mais cette citation, prise au premier degré par de nombreux internautes, a été inventée par un compte parodique.

"INFO : Agnès Pannier-Runacher ministre déléguée auprès du ministre de l'Economie et des Finances annonce aux français : 'Baisser les taxes sur le carburant est inutile car les Français peuvent toujours recourir au télétravail et donc faire des économies'", peut-on lire dans un tweet daté du 10 mars.

Capture d'écran réalisée sur Twitter le 11 mars 2022

Il n'est pas précisé quand la ministre déléguée aurait fait cette déclaration. Mais, alors que les prix du carburants s'envolent en France -et à un mois d'une présidentielle où le pouvoir d'achat fait figure de sujet brûlant-, elle a rapidement été relayée par des milliers d'internautes, souvent révoltés ou sidérés.

En tapant les mots clefs "Baisser les taxes sur le carburant est inutile" sur Facebook, un mur d'une trentaine de publications inonde le navigateur web au 11 mars 2022. :

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 10 mars 2022

De nombreux utilisateurs du réseau reprochent notamment à la ministre déléguée de ne pas avoir pensé aux professions qui ne peuvent recourir au télétravail. "Les maçons, les plombiers, les peintres, les aides soignantes, les électriciens, les infirmières, les femmes de ménage, les éboueurs, les hôtesses de l'air, les marins (...) Ce n'est pas une élection qu'il faut c'est une REVOLUTION !!!!", lit-on dans l'une de ces publications.

Toutefois, sur Twitter, au milieu de centaines de commentaires, l'intéressée dément avoir tenu de tel propos. Qu'en est-il réellement ?

Compte parodique

A l'exception des tweets et des publications Facebook -qui partagent pour la grande majorité des captures d'écran de tweets-, aucun article ne fait état de cette déclaration. Nous avons donc également utilisé la recherche par mots clefs sur Twitter pour tenter d'en trouver l'origine.

En tapant la citation attribuée à Agnès Pannier-Runacher ("Baisser les taxes sur le carburant est inutile"), le premier tweet faisant état de cette phrase que nous trouvons date du 9 mars 2022 :

Mais à la différence des contenus qui ont essaimé le lendemain sur les réseaux sociaux, le caractère inventé de la phrase y est explicite. On peut par par exemple constater que le nom de compte à l'origine du tweet comporte la mention "Parodie". Sa description précise par ailleurs que ses "tweets sont faux et n'engagent pas la personne parodiée".

Capture d'écran réalisée sur Twitter le 11 mars 2022 ( François D'ASTIER)

Autre indice qui pouvait amener à douter de l'authenticité de cette phrase, les photos utilisées pour illustrer la prétendue déclaration de Mme Pannier-Runacher ne correspondent pas à une intervention médiatique récente. La première a été prise par l'AFP en 2020 lors d'un déplacement à Hambach (Moselle). La deuxième est une capture d'écran d'une intervention sur BFMTV/RMC en avril 2021. Dans les deux cas, le prix des carburants n'a pas été évoqué par la ministre déléguée.

 

 

Ce n'est pas la première fois que des internautes partagent au premier degré des propos inventés attribués à une personnalité politique : Sibeth Ndiaye, Amélie de Montchalin, Aurore Bergé ou encore Agnès Buzyn en ont toutes fait les frais ces dernières années par exemple.

Des prix qui s'envolent

Les réactions à cette phrase attribuée à Agnès Pannier-Runacher font écho à la récente augmentation du prix du carburant dans le pays. Le prix du gazole s'est ainsi envolé de plus de 14 centimes en moyenne la semaine dernière, dans le sillage des cours du pétrole qui flambent depuis l'invasion russe en Ukraine, selon des chiffres officiels publiés lundi dernier.

Le litre de gazole valait ainsi 1,8831 euro en moyenne (+14,16 centimes sur une semaine) et celui de super SP 95 1,8889 euro (+7,56 centimes), selon les données hebdomadaires du ministère de la Transition écologique. Dans certaines stations, le litre d'essence ou de gazole dépassait même la barre des 2 euros.

Le prix de l'essence dans une station parisienne le 9 mars 2022 ( AFP / THOMAS COEX)

Cette thématique, étroitement liée au pouvoir d'achat d'une bonne partie des français, est explosive en période de campagne électorale. Comme le relèvent nos confrères de Ouest France dans cet article, chacun des candidats y est récemment allé de sa proposition pour tenter d'endiguer le phénomène.

Le gouvernement actuel a réitéré ces derniers mois son opposition à une baisse des taxes sur le carburant car cela représenterait, selon Bercy, un manque à gagner important pour l'Etat.

Le 7 mars, le président candidat Emmanuel Macron a annoncé que les aides gouvernementales sur l'essence seraient "améliorées" autour d'une "approche indemnité kilométrique et indemnité inflation". Et face à la hausse des prix de l'énergie, le gouvernement français a prévu de dépenser quelque 22 milliards d'euros en mesures de soutien au pouvoir d'achat, a indiqué dans la foulée le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Selon le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, qui s'est exprimé mercredi 9 mars après une réunion des partenaires sociaux à Matignon, une mesure sur la baisse des taxes sur le carburant n'est toutefois pas à l'ordre du jour, malgré la tendance actuelle. La candidate du Rassemblement national Marine Le Pen a elle estimé vendredi 11 mars en déplacement dans le Nord que "la situation est hors contrôle et (que) le gouvernement ne propose rien".

A l'image de la fausse citation devenue virale vérifiée aujourd'hui, des publications sur le prix de l'essence avaient déjà fait récemment l'objet d'articles de vérification de l'AFP à lire ici ou encore ici.

12 mars 2022 Agnès Pannier-Runacher est ministre déléguée chargée de l’Industrie et non secrétaire d'Etat.
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