Une femme marche devant un mur peint avec les portraits du président ukrainien Volodymyr Zelensky et du maire de Kiev Vitali Klitschko ( STF / SAVO PRELEVIC)

L'Ukraine acquise à l'idéologie néonazie ? Attention à ces publications reprenant le narratif du Kremlin

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Reprenant la rhétorique du Kremlin, des internautes assurent que l'Ukraine est acquise à l'idéologie nazie et se fondent sur le fait que le pays a voté contre une résolution russe à l'ONU visant à "condamner la glorification du nazisme". Cette interprétation est trompeuse : les Etats-Unis ont eux aussi rejeté un texte jugé "réducteur" sur lequel les Européens se sont abstenus. Plus généralement, l'emprise de l'extrême droite en Ukraine est à relativiser : si des mouvements ultra nationalistes sont actifs dans le pays, notamment dans l'armée, ils restent "minoritaires" et marginalisés au niveau politique, estiment des spécialistes interrogés par l'AFP.

"Nous nous efforcerons d'arriver à une démilitarisation et une dénazification de l'Ukraine", a déclaré Vladimir Poutine le 24 février en tentant d'établir un parallèle entre son "opération militaire en Ukraine" et le processus engagé par les Alliés en Allemagne au sortir de la Deuxième Guerre mondiale.

Pour nourrir son rapprochement entre Kiev et l'idéologie néonazie, le Kremlin utilise un argument récurrent : l'Ukraine a été le seul pays, avec les Etats-Unis, à voter en 2021 contre un projet de résolution de l'Assemblée générale des Nations unies soutenu par la Russie et visant à "condamner la glorification du nazisme et du néonazisme" .

Le ministère russe des Affaires étrangères a notamment tweeté le jour du vote une capture d'écran, en soulignant que 130 pays avaient voté en faveur de ce texte et que seules ces deux nations s'y étaient opposées.

Cette démonstration a été reprise par des internautes français qui affirment aujourd'hui que la décision ukrainienne de voter contre la résolution proposée par la Russie "a été motivée par la sympathie pour l’idéologie des Nazis actifs historiques et génocidaires".

 Un article en anglais publié le 7 mars et intitulé "deux pays ont décidé de NE PAS VOTER contre la glorification du nazisme. Devinez lesquels", a également trouvé un large écho sur le réseau social.

Capture d'écran pise le 14/03/2022
Capture d'écran prise le 14/03/2022

 

 

"Des analystes ukrainiens et autres disent carrément que ce vote à l'Ukraine contre la résolution de l'ONU n'est pas un hasard, ce n'est pas une distraction, c'est vraiment par la sympathie d'une grande partie de l'élite ukrainienne pour les nazis historiques génocidaires", a estimé Michel Collon, qui se présente comme un journaliste indépendant, dans un extrait vidéo très repris plus de 3.000 fois sur Facebook et Tik Tok.

Capture d'écran prise le 14/03/2022 sur Facebook
Capture d'écran prise le 14/03/2022

 

 

Une carte a aussi refait surface sur les réseaux sociaux, montrant les résultats de ce vote, produite par Redfish, agence de presse appartenant au média d'Etat Russia Today, récemment interdit de diffusion dans les pays de l'Union européenne.

Capture d'écran prise le 14/03/2022 sur Twitter

D'où vient cette résolution?

Le texte de l'Assemblée générale de l'ONU dont il est question dans les publications virales est la résolution A/76/460 DR I, votée le 16 décembre 2021 et intitulée "lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d'autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée".

Capture d'écran prise le 16/03/2022

Ce texte, présenté par la Russie, est soumis chaque année à l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies.

La version de 2021, qui circule aujourd'hui sur les réseaux sociaux, a connu un pic de téléchargements depuis le de l'invasion russe en Ukraine, indique la bibliothèque numérique des Nations unies.

Capture d'écran prise le 14/03/2022 des statistiques de téléchargements du texte de 2020
Capture d'écran prise le 14/03/2022 des statistiques de téléchargements du texte de 2021

 

 

En 2021, 130 pays ont voté en faveur de ce texte, 49 se sont abstenus, parmi lesquels l'intégralité des pays membres de l'UE incluant l'Allemagne et la France. Deux, enfin, ont voté contre : l'Ukraine et les Etats-Unis, comme le souligne aujourd'hui la Russie, sans toutefois rappeler dans quel contexte.

Juste après le vote de l'Assemblée générale, les États-Unis et l'Ukraine avaient tous deux tenu à condamner le nazisme et les Européens avaient justifié leur abstention face à un texte jugé "réducteur" et porteur de divisions.

La mission américaine à l'ONU a justifié le fait de voter "contre chaque nouvelle version de cette résolution depuis 2005" en dénonçant, à travers ce texte, "une tentative à peine voilée de légitimer les campagnes de désinformation russes dénigrant les nations voisines et promouvant le récit soviétique déformé d'une grande partie de l'histoire européenne contemporaine, sous le prétexte cynique de mettre fin à la glorification des nazis".

Le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères a également développé en 2020 les raisons de son abstention. Il expliquait que "si la France, comme l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne, s'abstient chaque année", c'est parce que ce texte "ne contribue aucunement à faire avancer la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie" mais détourne cette thématique "de son objectif au profit d'un discours réducteur et destiné à diviser les Européens, en assimilant au régime nazi l'ensemble des opposants aux forces soviétiques".

Capture d'écran prise le 10/03/2022 sur le site nosdeputes.fr

A partir de 1941, l'Union Soviétique a fait partie, pendant la Seconde Guerre mondiale, de la coalition militaire composée également du Royaume-Uni et des Etats-Unis pour lutter contre le IIIe Reich allemand, l'Italie et le Japon.

Selon Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite en Europe qui a étudié le 11 mars cette résolution pour l'AFP, ce texte "vise directement les Etats qui forment le glacis de la Fédération de Russie" comme l'Ukraine, où les mouvements nationalistes ont longtemps combattu les Soviétiques dans le but d'obtenir leur indépendance, finalement actée en 1991 lors de la dissolution de l'URSS.

Depuis, l'Ukraine cherche à se débarrasser de son passé soviétique, en démontant, par exemple, en 2015, des monuments à la gloire de leaders bolchéviques et en mettant en avant ses leaders nationalistes, comme Stepan Bandera, dont le nom a été donné, en 2016, à une artère de Kiev.

Dans le corps de cette résolution, la Russie explique que l'Assemblée générale de l'ONU se "déclare profondément préoccupée par le fait de déclarer que ceux qui ont combattu la coalition antihitlérienne, collaboré avec le mouvement nazi et commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont participé à des mouvements de libération nationale ainsi que par le fait de rebaptiser des rues pour glorifier ces personnes".

Capture d'écran de la résolution prise le 17/03/2022

Ce texte appelle à préserver "des monuments et des mémoriaux dédiés aux personnes qui ont combattu dans les rangs de la coalition antihitlérienne" et note que "les États qui ne combattent pas effectivement ces pratiques manquent aux obligations que la Charte des Nations Unies".

Selon Jean-Yves Camus, par cette résolution, "la Russie essaye de tirer profit de faits qui sont effectivement avérés, comme les manifestations d'anciens Waffen-SS, des livres ou sites internet qui glorifient leur action (...). Tout cela existe, mais la résolution est absolument excessive car on voit bien que ce qu'elle vise c'est la politique des Etats".

"C'est une manœuvre politique qui prend appui sur des faits réels : l'existence de sites racistes, antisémites, révisionnistes, dans pratiquement tous les pays du monde, pour viser des Etats notamment les Etats Baltes et l'Ukraine qui apparaissent aux yeux de Moscou comme étant les continuateurs des mouvements collaborationnistes", ajoute l'expert.

"Une frange du nationalisme ukrainien a collaboré"

Ces dernières semaines, le Kremlin a ainsi multiplié les références à la Seconde Guerre mondiale pour attaquer le régime de Kiev. Le président russe a comparé les soldats ukrainiens aux supplétifs qui ont activement participé aux exactions nazies. L'ambassade de Russie en Afrique du Sud a, pour sa part, affirmé sur Twitter que Moscou, "comme il y a 80 ans, combat le nazisme en Ukraine!".

Cette rhétorique évoque l'entreprise d'élimination des Juifs en Ukraine mise en place par l'Allemagne nazie et à laquelle ont collaboré des Ukrainiens lors de la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays faisait partie de l'URSS.

Durant les deux années d'occupation allemande en Ukraine, des dizaines de milliers de personnes juives ont ont été tuées et la quasi-totalité de la communauté juive de Kiev a été déportée vers des camps de travaux forcés et de concentration.

"Une frange du nationalisme ukrainien a collaboré en pensant que l'Allemagne accorderait à l'Ukraine l'indépendance si elle sortait victorieuse de la guerre", détaille Jean-Yves Camus.

"Leur objectif était de bâtir un Etat ukrainien indépendant qui pourrait exister dans l'Europe dominée par l'Allemagne, puisque pour les Ukrainiens, l'URSS était vraiment l'ennemi mortel qui avait privé l'Ukraine de son indépendance en 1920", a expliqué le 11 mars à l'AFP Adrien Nonjon, chercheur à l’Inalco, spécialiste de l’Ukraine et de l’extrême-droite post-soviétique.

"Ces phénomènes sont restés très limités", nuance cependant Anne de Tinguy, chercheuse au CERI-Sciences po et professeur des universités émérite à l'Inalco, spécialiste des relations entre l'Ukraine et la Russie.

"Une grande partie des soldats ukrainiens a combattu les Nazis aux côtés de l'armée rouge, ce qui est aujourd'hui passé sous silence", note de son côté Alexandra Goujon, maître de conférences en Sciences politiques à l’université de Bourgogne et auteure de L’Ukraine : de l’indépendance à la guerre.

Dans la nuit du 23 et 24 février, Volodymyr Zelensky s'était ainsi adressé, en russe, aux Russes dans une vidéo à quelques heures des premières frappes : "On vous dit qu’on est des Nazis, mais un peuple qui a donné plus de 8 millions de vie pour vaincre le nazisme, peut-il soutenir le nazisme ? Et comment puis-je être un nazi, moi ? Dites ça à mon grand-père qui a passé toute la guerre dans l’infanterie de l’armée soviétique et qui est mort colonel dans l’Ukraine indépendante?"

Capture d'écran d'une vidéo du président ukrainien publiée le 23 février sur sa page Facebook

Un narratif qui n'est pas nouveau

Le rapprochement fait par Vladimir Poutine entre le pouvoir en Ukraine et l'idéologie néonazie n'est pas nouvelle, selon les experts interrogés par l'AFP.

"C'est entre 2005 et 2007 que les Russes vont commencer à bâtir progressivement leur narratif disant que l'Ukraine soutient le néonazisme", indique Adrien Nojon.

Après la "Révolution Orange" de 2004, soulèvement contre la tutelle russe pour contester l'élection frauduleuse du nouveau président prorusse Viktor Ianoukovitch, le pro-occidental Viktor Iouchtchenko arrive au pouvoir.

Des manifestants contestent l'élection frauduleuse du nouveau président prorusse Viktor Ianoukovitch et apportent leur soutien à Viktor Iouchtchenko, le 29 décembre 2004. ( AFP / YANA DLUGY)

Or, "Viktor Iouchtchenko va mettre en place un certain nombre de voix mémorielles pour donner à la nation ukrainienne des symboles de référence. Deux vont choquer aussi bien les Russes que les Russophones du Donbass : il octroie le titre de héros de l'Ukraine à des personnalités ayant appartenu à l'organisation des nationalistes ukrainiens et à l'armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) : Roman Choukhevytch et Stepan Bandera", explique Adrien Nonjon.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'UPA, branche armée des nationalistes ukrainiens a collaboré avec l'Allemagne nazie , sous la houlette de Roman Choukhevytch et Stepan Bandera, avant de s'y opposer. Elle a ensuite combattu l'URSS dans l'ouest de l'Ukraine, alors république soviétique, jusque dans les années 50.

Stepan Bandera reste un personnage controversé en Ukraine : si certains le considèrent comme un héros national et symbole de la lutte pour l'indépendance, d'autres l'accusent d'avoir collaboré avec les nazis.

Des personnes déposent des fleurs en hommage aux activistes tués lors du Maïdan en 2014, le 21 novembre 2016. ( AFP / SERGEI SUPINSKY)

"Ce narratif du Kremlin s'est accéléré au moment du Maïdan, en 2014, lorsqu'une partie de l'extrême droite est intervenue et a défendu les manifestants contre la répression exercée par le président Viktor Ianoukovitch, élu en 2010. Parce que les nationalistes n'aiment pas les orientations pro-russes du président, mais aussi parce qu'ils avaient une expérience de la violence de par leur tradition paramilitaire", rapporte Adrien Nonjon.

Des dizaines de milliers de manifestants réclament la destitution du président qu'ils obtiennent après un bain de sang sur la place Maïdan entre le 18 et le 20 février 2014, suivi par la fuite en Russie de Viktor Ianoukovitch.

Un gouvernement de transition est alors mis en place autour du président par intérim Oleksandr Tourtchynov. "Vladimir Poutine a qualifié ce changement de pouvoir de 'coup d'État organisé par des fascistes et des nazis ', des termes qu’il a repris par la suite sans discontinuer", poursuit Anne de Tinguy.

Une rhétorique alimentée par le fait que figurent, "dans ce gouvernement de transition, cinq ministres affiliés à l'extrême droite nationaliste ukrainienne, mais qui ont très rapidement été remplacés", note Adrien Nonjon.

Cette révolution pro-occidentale à Kiev est suivie de l'annexion en 2014 de la péninsule ukrainienne de Crimée, majoritairement russophone, par Moscou, non reconnue par la communauté internationale.

La Russie instigue l'émergence de mouvements séparatistes prorusses dans l'Est, à Donetsk et Lougansk, régions du Donbass frontalières de la Russie. Deux républiques sont autoproclamées, entraînant un intense conflit armé.

Depuis cette date, l'armée ukrainienne combat ces séparatistes dans une guerre qui a fait plus de 13.000 morts, parmi lesquels des civils et des combattants ukrainiens et pro-russes.

Lire aussi : Attention à ces publications trompeuses sur le bilan des morts dans le Donbass depuis 2014

"L'extrême droite ukrainienne s'est mobilisée pendant la guerre du Donbass sous la forme de bataillon volontaire qui sont venus au secours de l'armée régulière ukrainienne qui était dépassée sur le plan tactique, doctrinal et matériel face aux séparatistes", poursuit Adrien Nonjon.

Au printemps 2014, le groupe paramilitaire ultra nationaliste Azov permet notamment la libération de Marioupol, alors que cette ville stratégique du Donbass était aux mains des séparatistes prorusses. L'extrême droite nationaliste gagne alors une visibilité importante.

"En septembre 2014 a lieu la signature des premiers accords de Minsk qui prévoient la cessation des hostilités, mais également l'intégration de ces structures paramilitaires aux forces régulières, aussi bien ukrainiennes que séparatistes. C'est une garantie qu'offrent les Etats en disant que ces éléments qui peuvent représenter une menace ou empêcher une désescalade vont être mis sous des ordres. La majorité de ces groupes, comme le bataillon Azov, rejoint la garde nationale ukrainienne et va devenir un régiment, sous autorité directe du ministre de l'Intérieur", détaille Adrien Nonjon.

Cette unité militaire est régulièrement pointée du doigt par Moscou comme la preuve que l'armée ukrainienne serait gangrenée par le néonazisme.

"S'il y avait bien un noyau dur dans le bataillon Azov de nationalistes radicaux et néonazis, il a été noyé dans la masse de nouvelles recrues qui n'étaient pas forcément affiliées à l'extrême droite mais préféraient rejoindre une unité prestigieuse car elle avait remporté un certain nombre de victoires, avait de bonnes armes et était mieux disciplinée que d'autres formations paramilitaires ou même au sein de l'armée régulière", soutient Adrien Nonjon.

Alexandra Goujon souligne également que le régiment Azov n'est aujourd'hui composé que de "plusieurs milliers de personnes", sur "près de 200.000 hommes qui composent désormais l'armée ukrainienne".

Un soldat ukrainien le 12 mars 2022 à Irpin, en Ukraine. ( AFP / Sergei SUPINSKY)

Pas de visibilité de l'extrême droite dans les urnes

Si l'extrême droite nationaliste a regagné une visibilité depuis son implication au moment du Maïdan, elle n'a toutefois jamais remporté de victoire par les urnes, pointent en outre les spécialistes, déconstruisant l'idée qu'il y aurait "un lien avéré entre l'extrême droite nationaliste et l'Etat ukrainien".

"Aux élections présidentielles de 2019, le candidat d'extrême droite fait moins de 2%. Aux élections législatives qui suivent, il y a une coalition de groupes d'extrême droite, dont l'émanation politique du bataillon d'Azov, qui fait 2,4%, c'est-à-dire moins que le seuil de 5% qui permet d'avoir une représentation au Parlement ukrainien", pointe Alexandra Goujon.

Composition en sièges du nouveau Parlement ukrainien avec 99,39% des bulletins dépouillés selon la Commission électorale et les médias ( AFP / Vincent LEFAI, Paz PIZARRO, Robin BJALON)

S"'il est vrai que ces groupes ont une visibilité dans l'espace public notamment parce qu'ils organisent des manifestations qui ne sont pas interdites, l'existence de l'extrême droite politiquement dans les institutions est extrêmement limitée d'un point de vue national", poursuit la spécialiste.

"Que ce soit à l'époque de Poroshenko ou de Zelensky, l'extrême droite nationaliste était dans l'opposition. Elle s'est toujours inscrite contre ces gouvernements qui n'allaient pas assez loin dans la lutte contre les séparatistes pro russes et la Russie", abonde Adrien Nonjon.

En outre, "on ne peut pas parler de 'dénazification' parce que Volodymyr Zelensky est un outsider de la politique. Il n'a pas à son actif de militantisme politique, encore moins à l'extrême droite. Il a appris la langue ukrainienne au moment de sa campagne électorale", souligne Alexandra Goujon. Le président ukrainien est par ailleurs de confession juive.

Originaire du sud-est du pays, russophone, Volodymyr Zelensky était initialement favorable à un dialogue avec la Russie, présentant la fin de la guerre avec les séparatistes de Donetsk et de Lougansk comme une priorité du début de son mandat. Mais il s’est vite trouvé enlisé dans les accords de Minsk censés mettre un terme au conflit.

Une "instrumentalisation de l'histoire"

"Aujourd'hui il existe une instrumentalisation de l'histoire. Vladimir Poutine s'appuie sur un narratif de la période soviétique qui met l'accent sur l'Ukrainien nationaliste qui a collaboré", estime Alexandra Goujon.

Pour Anne de Tinguy, le terme de nazi touche volontairement "une corde sensible de la population russe" en renvoyant à "des événements auxquels les Russes sont très sensibles du fait des pertes humaines très lourdes subies par l'Union soviétique".

Les Soviétiques sont en effet ceux qui ont payé le plus lourd tribut de la Seconde Guerre mondiale, avec 26 millions de morts. "Cela signifie que dans toutes les familles il y a eu un ou plusieurs décès", souligne-t-elle.

Pour appuyer sa comparaison avec la Seconde Guerre mondiale, le président russe dénonce un "génocide" qui serait orchestré par le régime de Kiev contre ces populations russophones.

Dans son discours du 24 février, il a promis qu'il conduirait "au tribunal ceux qui ont commis de nombreux crimes, responsables de l'effusion de sang de civils, notamment des citoyens russes".

Mais pour Anne de Tinguy, l'expression de "génocide" est utilisée "à tort" pour alimenter ce narratif de "dénazification" et justifier son soutien aux régions séparatistes.

Carte de la région dans l'est de l'Ukraine contrôlée par des séparatistes prorusses ( AFP / Patricio ARANA, Sabrina BLANCHARD)

"Vladimir Poutine affirme sans fondement que les populations russes et russophones et des citoyens russes de ces deux régions ont été martyrisés par les Ukrainiens, forçant la Russie à venir à leur aide. S'il y a des citoyens russes dans ces deux régions, c'est parce que la Russie a donné ces dernières années la citoyenneté russe à 800.000 habitants dans ces territoires", indique Anne de Tinguy.

Elle juge l'utilisation du mot "génocide" "d'autant plus choquante pour les Ukrainiens que pour eux, ce terme renvoie à Holodomor". Cette grande famine orchestrée par le régime soviétique avait tué des millions d'Ukrainiens dans les années 1930.

Aujourd'hui, vingt-quatre pays, parmi lesquels les Etats-Unis, reconnaissent l’Holodomor comme un "génocide", tandis que l'Union européenne dénonce un "crime contre l'humanité".

Conflit ukrainien