Des soldats du 27e Bataillon de Chasseurs Alpins se préparant à partir pour la Roumanie, à Annecy, le 28 février 2022 ( AFP / JEFF PACHOUD)

Non, la France n'a pas envoyé 500 soldats en Ukraine à ce jour

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"500 soldats Français en route pour l'Ukraine, ça va péter", affirment des publications virales, partagées plus de 1700 fois en 24 heures sur Facebook en France et dans plusieurs pays d'Afrique. C'est faux, comme l'a confirmé à l'AFP le ministère des armées français. Par ailleurs, le reportage de France 2 sur lequel est supposé se baser l'affirmation ne mentionne à aucun moment un déploiement en Ukraine. Une autre rumeur circulant sur les réseaux sociaux évoque des Français partis en Ukraine avec l'aval de la Légion étrangère. Une affirmation démentie par l'Armée de Terre.

Dans les commentaires, certains internautes s'inquiètent : "Eh bien la troisième guerre mondiale a commencé !", quand d'autres ironisent : "La France a fait 9 ans au Mali rien et elle va renforcer quoi en Ukraine" ?

Capture d'écran Facebook prise le 28 février 2022

L'auteur de la publication semble s'appuyer sur un reportage de France 2 à propos de la réponse de l'Union européenne à l'invasion par l'armée russe. Mais à aucun moment dans ce reportage le journaliste ne fait mention d'un déploiement de soldats français en Ukraine. Il évoque en revanche le déploiement prochain de 500 soldats "vers Bucarest", la capitale de la Roumanie, pays frontalier de l'Ukraine.

La France avait annoncé fin janvier qu'elle comptait envoyer "plusieurs centaines" de ses soldats en Roumanie dans le cadre d'opérations de l'Otan. Un détachement de 250 soldats du 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy a pris le 28 février la direction des Bouches-du-Rhône, où les soldats embarqueront pour la Roumanie afin de renforcer le dispositif de l’Otan.

Cette mission visera à "assurer une solidarité stratégique vis-à-vis des pays de l’alliance", a déclaré sur place à la presse le chef de corps de cette unité d’infanterie de montagne, le colonel Vincent Minguet. Les soldats du 27e BCA seront rejoints par un escadron de cavalerie du 4e régiment de chasseurs (RCH) de Gap, une compagnie du 126e régiment d’infanterie de Brive et une compagnie de lanciers belges, représentant au total quelque 550 soldats, a-t-il précisé.

"Aucune troupe française n’est engagée en Ukraine. Les 500 hommes mentionnés partent en Roumanie", a confirmé l’état-major français, interrogé par l'AFP le 28 février.

Des soldats français débarquant à Constanta, dans l'est de la Roumanie, le 28 février 2022 ( Etat Major des Armées/AFP / )

Dans le détail, plus de 9.500 soldats français seront directement mobilisés ou d'alerte dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine en fin de semaine, a-t-on appris le 26 février auprès de l'état-major français.

"On aura plus de 1.500 militaires français directement impliqués dans les missions de renforcement de la posture de l’Otan sur le flanc Est", a indiqué à l'AFP l'état-major.

Quelque 500 soldats seront donc déployés en Roumanie, en plus des 300 déjà actifs en Estonie, où une centaine d'autres accompagneront l'arrivée prochaine de 4 avions de chasse Mirage 2000-5 destinés à "renforcer la défense aérienne des pays baltes".

Quelque 600 soldats sont également mobilisés en France pour des vols au-dessus de la Pologne, a-t-elle ajouté. "Depuis le 24 février, la France participe à la défense du ciel polonais avec deux missions par jour", a-t-on précisé à l'état-major.

Environ 8.000 militaires français sont en outre "d’alerte dans le cadre de la force de réaction rapide de l’Otan" dont la France assume le commandement en 2022, selon la même source.

Après l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l'Otan a déployé des groupements tactiques multinationaux dans les trois Pays baltes et la Pologne, pour une mission permanente de "présence renforcée avancée", assumée par plusieurs pays membres.

Carte des pays membres de l'OTAN et des prétendants à l'intégration à l'organisation ( AFP / STAFF)

Un bilan incertain, un million de déplacés selon l'Onu

Une autre rumeur, virale sur Twitter notamment, avançait que des soldats de la Légion étrangère allaient se rendre en Ukraine, avec du matériel et l'aval de ce corps de l'Armée.

Mais l'Armée de Terre a également démenti cette affirmation, via son compte Twitter officiel.

Une équipe du GIGN, l'unité d'élite de la gendarmerie, a toutefois été déployée à Kiev pour renforcer la sécurité de l'ambassade française dans la capitale ukrainienne, a-t-on appris le 25 février de source sécuritaire. Les huit gendarmes sont sur place pour renforcer l'équipe de cinq membres du GIGN présents en permanence sur place et qui assurent notamment la protection de l'ambassade et du personnel diplomatique, a précisé la source sécuritaire.

Le bilan de la guerre entre les forces russes et ukrainiennes est à ce jour incertain, alors que l'Ukraine fait face à une offensive sur Kiev, Kharkiv, le port de Marioupol et d'autres villes du pays.

Une vue sur la place devant la préfecture régionale de Kharkiv, touchée par une frappe, le 1er mars 2022 ( AFP / Sergey BOBOK)
Des secours ukrainiens à Kharkiv, le 1er mars 2022 ( AFP / Sergey BOBOK)

L'ONU a parlé le 28 février de 102 civils tués et de 304 blessés mais les chiffres réels sont "considérablement" plus élevés selon l'organisation. L'Ukraine a fait état le 28 février de 352 civils tués et 2.040 blessés depuis le 24 février et affirmé que des milliers de soldats russes avaient péri.

Les forces russes n'ont jusqu'ici fourni aucun bilan pour ce qu'ils qualifient d'"opération militaire spéciale", mais ont reconnu des pertes en nombre non précisé.

Le conflit a également jeté sur les routes des flots d'Ukrainiens, dont plus de 660.000 ont fui vers les pays voisins depuis le 24 février, a indiqué le 1er mars le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés.

L'UE s'attend à plus de sept millions de personnes déplacées et l'ONU estime à un million le nombre de déplacés à l'intérieur de l'Ukraine.

Côté diplomatique, la tension est toujours forte entre Moscou d'un côté, et l'Europe et les Etats-Unis de l'autre, notamment concernant les sanctions financières contre la Russie (gels d'avoirs, fermetures d'espaces aériens, remise en question de liens financiers).

"Nous allons provoquer l'effondrement de l'économie russe" à travers les sanctions économiques occidentales, a encore affirmé le 1er mars le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

Conflit ukrainien