Cette liste attribuée à l'institut Johns Hopkins mélange affirmations justes et trompeuses

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Des publications diffusées plusieurs milliers de fois depuis un mois sur les réseaux sociaux attribuent une liste de propos sur le nouveau coronavirus à l'hôpital Johns Hopkins de Baltimore, l'une des principales sources d'information sur le sujet aux Etats-Unis. Mais l’université américaine dément être à l’origine de cette liste. Parmi elles, des conseils trompeurs ou non pertinents se mêlent aux bonnes recommandations, ont affirmé plusieurs experts à l'AFP.  

"Quelques recommandations et conseils…Source : l'université Johns Hopkins", affirme l’un de ces messages, diffusé notamment en français et en anglais sur Facebook, Instagram ou encore Reddit, depuis au moins le 23 mars 2020. 

Capture d'écran Facebook prise le 23/04/2020

L’institut Johns Hopkins, qui suit la propagation du COVID-19 aux Etats-Unis, est notamment celui qui fournit un comptage quotidien du nombre de décès de personnes infectées. Mais la faculté de médecine a déclaré qu’elle n’était pas à l’origine de ces informations qui circulent, déplorant sur sa page Facebook que "des rumeurs et des informations erronées comme celles-ci peuvent facilement circuler sur des groupes pendant une crise". 

"Les rumeurs à propos du nouveau coronavirus, y compris celles faisant référence à des immunologistes de Johns Hopkins, à des experts en maladies infectieuses ou à d'autres spécialistes manquent de crédibilité car elles ne sont pas publiées par l'Institut Johns Hopkins", écrit notamment l'établissement sur son site internet.

C'est erroné

Le virus convertit les cellules en "agresseurs et en multiplicateurs"

"Le virus n’est pas un organisme vivant, mais une molécule de protéine (ADN) recouverte d’une couche protectrice de lipides (graisses), qui, lorsqu’elle est absorbée par les cellules des muqueuses oculaires, nasales ou buccales, modifie leur code génétique (mutation). Ces mutations génétiques convertissent alors ces cellules en cellules agressives et multiplicatrices". 

Selon des experts contactés par l'AFP, plusieurs parties de cette affirmation sont fausses. 

"Le coronavirus arrive sous forme de molécule d’ARN (acide ribonucléique) qui est enveloppée de lipides et de protéines - le premier point est complètement absurde tel qu’il est écrit", déclare le Dr. Benjamin Neuman, un expert des coronavirus à la tête du département des sciences biologiques de l’université Texas A&M-Texarkarna. 

"Il n’y a pas d’agresseurs ou de cellules multiplicatrices, je ne sais pas à quoi cela peut faire référence", poursuit-il. 

Le Dr. Julian Leibowitz, autre expert du coronavirus, est lui professeur de pathogénie et d’immunologie microbienne dans la même université. 

"Ce n’est pas vrai à de nombreux niveaux. Le virus ne contient pas d’ADN, et son génome ARN est encapsulé dans une protéine puis enveloppé par une bicouche lipidique qui contient plusieurs protéines virales", abonde-t-il par courriel. 

"Lorsque le virus infecte des cellules, l’ARN du virus exprime ses gènes, il ne fait pas muter les gènes de l’hôte pour les convertir en cellules agressives et multiplicatrices", affirme le Dr. Leibowitz.  

L’eau oxygénée aide

"L'eau oxygénée est utile longtemps après le savon, l'alcool et le chlore, car le peroxyde dissout la protéine virale, mais il faut l'utiliser pure et elle est néfaste pour la peau". 

"La quantité d'oxygène dissoute dans l'eau aurait très peu d'effet sur le virus. Cela suggère l'existence d'une sorte de produit médical pour oxygéner l'eau et en tirer des bénéfices pour la santé", déclare le Dr. Neuman.

Le Dr. Leibowitz rejoint son confrère sur ce point: "L'eau oxygénée ne génère pas de peroxyde d'hydrogène et l'alcool tue le virus après une minute d'exposition".

Le virus reste stable dans les environnements froids 

"Les molécules du virus restent très stables dans le froid extérieur, ou artificiel comme dans les climatiseurs des maisons et des voitures. Il a également besoin d'humidité pour rester stable, et surtout d’obscurité. Par conséquent, les environnements déshumidifiés, secs, chauds et lumineux le dégraderont plus rapidement".

Selon le Dr. Neuman le virus "ne se comporte bien dans aucun des environnements mentionnés". Il "reste stable presque indéfiniment dans un congélateur spécialisé de -80°C, mais a tendance à se désagréger à toute température supérieure, y compris dans un congélateur domestique ordinaire de -20 degrés Celsius", a-t-il déclaré.

Pour le Dr. Leibowitz, "la relation entre l'humidité et la survie du virus montre qu'elle est moins stable à la fois à un taux d'humidité élevé et très faible, mais qu'elle est plus stable à un taux d'humidité de 20%, ce qui est en fait assez faible. Le froid augmente le temps de survie".

La Listerine fonctionne

“LA LISTERINE MARCHE ! Elle contient 65% d'alcool”.

"La Listerine ne compte que 27% d'éthanol, et ne fonctionnerait pas de manière fiable”, indique le Dr. Neuman.

"Premièrement, elle n'a pas été testée contre le coronavirus. Deuxièmement, toutes les Listerines ne contiennent pas d'alcool. Troisièmement, la teneur en alcool ne dépasse pas environ 20 %, ce qui est nettement inférieur à la concentration recommandée à des fins de désinfection", explique le Dr. Wendy Keitel, professeure de virologie moléculaire et de microbiologie au Baylor College of Medicine.

Gardez les ongles courts

"Gardez aussi vos ongles courts pour que le virus ne s'y cache pas".

"Ce n'est pas un jeu de cache-cache. Il est peu probable que vous receviez des gouttelettes respiratoires sous vos ongles, et même si c'était le cas, il est peu probable que le virus passe de sous vos ongles à vos membranes muqueuses", déclare le Dr. Neuman.

Le Dr.Leibowitz  abonde dans le même sens : “ce virus se propage par voie respiratoire,  la longueur des ongles n'a rien à voir avec cela”.

C'est trompeur ou déconseillé

La chaleur fait fondre les graisses, donc l’eau chaude aide à combattre le virus

“La chaleur fait fondre les graisses; c’est pourquoi il est si judicieux d’utiliser de l’eau chaude à plus de 25°C pour se laver les mains, les vêtements et tout le reste. De plus, l’eau chaude fait plus de mousse et cela la rend encore plus utile”. 

Bien que le virus soit sensible à la chaleur, le Dr. Wendy Keitel indique qu’"il est probable qu’un température suffisamment élevée pour désactiver le coronavirus soit trop chaude pour le lavage des mains"

"On peut se laver les mains à l’eau chaude ou froide, à condition d’utiliser le savon et que la durée du nettoyage soit d’au moins 20 secondes” précise-t-elle. 

Selon le Dr. Neuman, "le coronavirus contient des protéines qui se dénaturent effectivement avec la chaleur, mais le virus est habitué à se développer dans les poumons et les intestins humains. Il demeure stable jusqu’à des températures un peu supérieures à 37.7°C".  

La lumière UV peut être utilisée pour désinfecter les masques

"Lumière UV (ultra violet) sur tout objet pouvant contenir le virus décompose la protéine virale. Par exemple, pour désinfecter et réutiliser un masque, c'est parfait. Attention, il décompose également le collagène (qui est une protéine) de la peau".

La lumière UV peut "désactiver" les virus, mais le Dr. Keitel déclare qu'il n'est pas recommandé au grand public d'utiliser cette méthode.

Hydratez vos mains

"Il faut hydrater les mains sèches après tant de lavages, car les molécules peuvent se cacher dans les microfissures. Plus l'hydratant est épais, mieux c'est".

Selon le Dr. Neuman, "il n’est pas nécessaire de vous hydrater, mais si vous trouvez cela plus confortable, vous pouvez le faire. La crème n'a aucun effet sur le virus et n'est certainement pas protectrice comme cela est suggéré ici".

Le Dr. Leibowitz précise que "vous pouvez vouloir hydrater vos mains après vous être beaucoup lavé les mains, mais le virus ne se cache pas dans les fissures".

C'est vrai ou en partie vrai

La décomposition du virus dépend de la température et de l’humidité

"Comme le virus n’est pas un organisme vivant mais une molécule de protéine, il n’est pas tué, mais se décompose de lui-même. Le temps de désintégration dépend de la température, de l’humidité et du type de matériau où il se trouve".

Selon le Dr. Wendy Keitel, professeur de virologie moléculaire et de microbiologie au Baylor College of Medecine, ce point est exact. 

"Comme mentionné, la dégradation ou la perte de la capacité virale du virus dépend de la température, de l'humidité et du type de matériau dans ou sur lequel il se trouve", a-t-elle indiqué à l’AFP par mail. 

Le virus étant fragile, le savon ou le détergent est le "meilleur remède"

“Le virus est très fragile; la seule chose que le protège est une fine couche de graisse extérieure. C’est pourquoi tout savon ou détergent est le meilleur remède car la mousse COUPE la GRAISSE (c’est pourquoi il faut frotter autant: pendant 20 secondes ou plus, et ainsi produire beaucoup de mousse). En dissolvant la couche de graisse, la molécule de protéine se disperse et se décompose d’elle-même".

"Le savon ou le détergent est un moyen très efficace pour aider à éliminer les virus de la surface des mains", mais "bien que le détergent soit important pour éliminer les salissures et puisse avoir un certain effet sur l’inactivation du virus, les principaux effets sont la friction (frottement des surfaces) et le rinçage/nettoyage des virus", explique le Dr. Keitel.

Des mélanges contenant plus de 65% d’alcool dissolvent la couche grasse

"L’alcool ou tout mélange avec de l’alcool à plus de 65% DISSOUT TOUTE GRAISSE, en particulier la couche lipidique externe du virus". 

Pour le Dr. Neuman, cela n'est "pas très loin de la réalité". 

Même analyse du côté du Dr. Keitel : "On pense que l'alcool détruit les protéines virales essentielles et peut perturber la couche lipidique (couche grasse) qui fait partie de l’enveloppe". 

La concentration d’eau de javel recommandée

"Tout mélange avec 1 part d’eau de javel et 5 parts d’eau dissout directement la protéine en la décomposant de l’intérieur". 

Cette affirmation est vraie, bien qu’excessive, selon le Dr. Neuman. 

"Une eau de javel standard contenant de l'hypochlorite de sodium, achetée en magasin tuera effectivement le virus, mais elle fonctionne à la moitié de la concentration spécifiée", déclare-t-il. 

La décomposition du virus dépend de la température et de l'humidité

Les bactéricides ne tueront pas le virus

"AUCUN BACTERICIDE OU ANTIBIOTIQUE. Le virus n'est pas un organisme vivant comme les bactéries; les antibiotiques ne peuvent pas tuer ce qui n'est pas vivant".

"De nombreux produits sont à la fois bactéricides et virucides, mais il est exact de dire qu'un simple bactéricide ne serait pas efficace", selon le Dr. Neuman.

Ne jamais secouer les vêtements ou utiliser un plumeau

"Ne jamais secouer les vêtements, draps ou tissus usagés ou non utilisés. Bien que le virus soit collé sur une surface poreuse, il est très inerte et se désintègre entre 3 heures (tissu et poreux), 4 heures (cuivre et bois), 24 heures (carton), 42 heures (métal) et 72 heures (plastique). . Mais si vous le secouez ou utilisez un plumeau, les molécules du virus flottent dans l'air (...) et peuvent se loger dans votre nez"

"Les recommandations actuelles en matière de santé publique consistent à éviter d'agiter les matériaux contaminés en raison de la possibilité théorique que les surfaces contaminées puissent libérer du matériel infectieux", déclare le Dr. Keitel.

De son côté, le Dr. Leibowitz affirme que les chiffres mentionnés dans cette recommandation "ne sont pas tout à fait corrects".

Car "le virus peut survivre au moins 8 jours sur du métal (acier) ou du plastique dur à température ambiante, mais la survie sur du carton, du papier ou du tissu est relativement courte, environ 3 heures”, selon le scientifique. 

Deux études publiées mi-mars puis mi-avril dans la revue américaine NEJM ont montré que le nouveau coronavirus est détectable jusqu'à deux à trois jours sur des surfaces en plastique ou en acier inoxydable, et jusqu'à 24 heures sur du carton. 

"Le virus ne peut pas traverser une peau saine"

C'est "vrai mais le raisonnement est erroné", selon le Dr. Neuman. "Il n'y a aucune cellule avec le récepteur viral dans la peau, saine ou malsaine, donc il ne serait pas capable d'infecter".

Ne pas utiliser de vinaigre contre le virus

"Le vinaigre n'est PAS utile car il ne décompose pas la couche protectrice de la graisse"

Il est exact que le vinaigre n'est pas recommandé, mais c'est avant tout parce qu'il n'y a "pas de données pour soutenir l'affirmation qu'il fonctionne", a déclaré M. Keitel.

L'alcool à faible concentration ne fonctionne pas

"NI LES SPIRITUEUX, NI LA VODKA ne fonctionnent. La vodka la plus forte est à 40% d'alcool, et il vous en faut 65%. Correction: il y a quelques alcools supérieurs à 65%, et la vodka est à 50%, ce n’est pas encore assez fort pour tuer le virus".

"C'est généralement correct, mais il y a au moins une vodka qui contient 96% d'éthanol, et dans ce cas cela pourrait fonctionner", selon le Dr. Neuman. "L'utilisation de spiritueux pour la désinfection n'est pas recommandée et n'a pas été étudiée. La consommation d'alcool à cette fin est déconseillée", alerte de son côté le Dr. Keitel. 

Les concentrations de virus peuvent être plus élevées dans les espaces confinés

"C'est vrai, mais la distance entre les individus est beaucoup plus importante. Le virus se propage principalement par de petites gouttelettes (environ 10 microns de diamètre) générées par la toux et les éternuements”, détaille le Dr. Leibowitz.

Se laver les mains

"Vous devez vous laver les mains avant et après avoir touché des muqueuses, de la nourriture, des serrures, des boutons, des interrupteurs, une télécommande, un téléphone portable, des montres, des ordinateurs, des bureaux, une télévision, etc. et lors de l'utilisation des toilettes".

L'OMS conseille de se laver régulièrement les mains et ne pose pas comme condition le fait d'avoir touché une surface potentiellement contaminée. 

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