"Un infectiologue reconnu annonce qu'il ne se fera pas vacciner" : attention à cette vidéo sortie de son contexte

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Une vidéo partagée plus de 10.000 fois sur Facebook depuis le 13 janvier montre "un infectiologue reconnu annon[çant] en direct qu'il ne se fera pas vacciner". Problème : cette vidéo compile des propos sur les vaccins à ARN messager tenus le 8 décembre 2020, alors que les résultats complets des essais cliniques des vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna n'avaient été publiés dans une revue scientifique. Or, l'infectiologue interrogé a changé de position après la validation le 10 décembre des résultats du vaccin Pfizer-BioNTech par le New England Journal of Medicine, se disant prêt à recevoir ce vaccin.

"Me vacciner avec des produits que je ne connais pas, dont je n'ai d'informations que par les communiqués de presse des laboratoires pharmaceutiques, c'est quand même leur faire une confiance aveugle et absolue", déclare dans la vidéo très relayée sur Facebook le Pr Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, au sujet des vaccins à ARN messager.

Capture d'écran Facebook prise le 18/01/2021

Mais comme souligné par le service de vérification du Monde, les propos du Pr Caumes sont extraits d'une interview sur France Inter le mardi 8 décembre, ce qui n'est précisé nulle part.

Or, à cette date, les résultats complets des essais cliniques du vaccin contre le Covid-19 développé par l'alliance américano-allemande Pfizer-BioNTech n'avaient été publiés dans aucune revue scientifique. Ce ne sera le cas que deux jours plus tard, le jeudi 10 décembre, dans le New England Journal of Medicine, la revue médicale la plus cotée aux Etats-Unis.

Voici l'échange avec la journaliste Léa Salamé (à partir de 7'24") :

Léa Salamé : "Est-ce que vous allez vous faire vacciner vous ?"

Eric Caumes : "Ah oui, je me ferai vacciner, évidemment, c'est incontestable, car les vaccins c'est le plus grand progrès de la médecine, avec les antibiotiques et les anti-infectieux de manière large, donc bien évidemment je me vaccinerai".

La journaliste lui demande alors s'il se fera vacciner avec l'un des vaccins à ARN messager développés par Pfizer-BioNTech et Moderna.

"Pour l'instant je peux pas vous dire parce que je ne sais pas ce que ça vaut, je n'ai pas le recul nécessaire (...) Mettez-vous à ma place, j'ai toujours pas vu une publication scientifique qui corresponde à ces vaccins, donc moi, me vacciner avec des produits que je ne connais pas, dont je n'ai d'informations que par les communiqués de presse des laboratoires pharmaceutiques, c'est quand même leur faire une confiance aveugle et absolue", répond-il.

Autre élément absent du post Facebook viral : la position du Pr Caumes a évolué après la validation le 10 décembre par le New England Journal of Medicine des résultats complets des essais cliniques du vaccin Pfizer-BioNTech, comme en témoignent ses propos tenus sur BFMTV-RMC lundi 14 décembre (à partir de 11'55").

"Pourquoi est-ce que vous avez été si prudent face à ce vaccin ?", lui demande ce jour-là le journaliste Jean-Jacques Bourdin.

Réponse du Pr Caumes : "J'ai été prudent parce que j'avais pas de datas. Je rappelle que jusqu'à jeudi dernier il n'y avait pas de publications scientifiques, donc moi quand on m'a interrogé – on m'a interrogé mardi matin –, on m'a demandé fort astucieusement si je me ferai vacciner, bah j'ai dit que pour le moment je pouvais même pas donner un avis éclairé aux personnes que j'étais susceptible de vacciner, en termes d'efficacité comme en termes de tolérance, parce qu'il n'y avait pas de données scientifiques".

Jean-Jacques Bourdin lui repose alors la même question que celle posée par Léa Salamé six jours plus tôt : "Est-ce qu'aujourd'hui vous vous feriez vacciner avec ce vaccin ?" (12'50").

"Oui, je me ferai vacciner", répond le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, avant de mettre en garde contre des effets secondaires "pas graves mais fréquents", notamment des "maux de tête", de "l'asthénie" et de la "fatigue". Mais "le jeu en vaut la chandelle", conclut-il.

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