(AFP / Thibault Savary)

Non, "une loi sur la vaccination forcée" n'a pas été "jetée à la poubelle" au Danemark

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Des publications partagées des centaines de fois sur les réseaux sociaux depuis le 17 novembre affirment que le Danemark a "jeté à la poubelle" une loi prévoyant la vaccination forcée de sa population. C'est partiellement faux. Qualifiée de liberticide par une partie de l'opinion danoise, le projet de loi sur les épidémies, qui prévoit notamment la possibilité pour le gouvernement d'ordonner une campagne de vaccination obligatoire "dans une zone géographique ou chez un groupe de personnes" va être renégocié, mais n'a pas été "abandonné".

"Danemark : la loi sur la vaccination forcée abandonnée après des manifestations", titrent en choeur de nombreux blogs francophones depuis le 17 novembre (1,2,3).

(Capture d'écran réalisée sur CrowdTangle le 24 novembre 2020)

Pour la plupart, ces billets sont des traductions d'un article mis en ligne le 16 novembre sur le site Infowars du complotiste américain Alex Jones.

On peut y lire qu'au Danemark, "le gouvernement national a proposé une nouvelle loi sur les épidémies qui inclut le droit de procéder à des examens physiques forcés, oblige l’isolement et autorise la vaccination sous contrainte physique dirigée par la police." 

Toutefois, cette loi aurait été "abandonnée après neuf jours de manifestations publiques". C'est partiellement faux. Explications.

Une loi sur les épidémies

D’abord, il ne s’agit pas d’une loi sur "la vaccination forcée" mais de la loi sur les épidémies ("epidemiloven") qui existait déjà, mais avait été modifiée en urgence en mars pour lutter contre l'épidémie de coronavirus et dont les modifications ne sont valides que jusqu’au 1er mars 2021, date où doit prendre fin l'état d'urgence.

Après les modifications de mars, et en l’état actuel des choses, la loi prévoit notamment la possibilité pour le ministre de la Santé d'"ordonner une campagne de vaccination obligatoire dans une zone géographique ou chez un groupe de personnes".

Elle n’inclut toutefois pas l’obligation que tous les Danois se fassent vacciner contre le Covid-19 quand le vaccin sera disponible.

Le texte de loi complet est disponible ici.

Cette législation ne concerne pas uniquement la vaccination mais permet également au ministre de la Santé de mettre en œuvre des mesures extraordinaires dans le but de "garantir la maîtrise des infections par des maladies généralement dangereuses".

Elle donne par exemple la possibilité au ministre d'interdire l'accès aux institutions publiques, aux supermarchés et aux magasins, aux maisons de retraites et aux hôpitaux et cliniques, et de restreindre l'utilisation des moyens de transport publics.

Ceux qui contreviennent à cette loi risquent des amendes ou une peine de prison pouvant aller jusqu’à six mois.

En octobre, le gouvernement a proposé d'amender la loi et ainsi de prolonger sa validité au-delà de mars 2021.

Ce nouveau projet de loi, dont le texte est disponible ici, s'est heurté à des critiques au sein d'experts médicaux issus de la société civile, de membres de la majorité et d'une partie de l'opinion publique.

Depuis, quelques personnes manifestent quotidiennement devant le Parlement en tapant sur des casseroles, a constaté une journaliste de l'AFP basée à Copenhague.

"Repartir de zéro"

Le principal reproche fait au projet est que le ministre de la Santé concentrerait tous les pouvoirs décisionnaires (c’est déjà le cas actuellement, sous l'état d'urgence sanitaire) sans contrôle parlementaire et pourrait ordonner aux personnes infectées par une "maladie critique pour la société" d’être examinées par des médecins, hospitalisées, traitées et isolées.

Le projet de loi prévoit également que le gouvernement peut faire appel aux forces de l'ordre pour s'assurer du respect de ces différentes mesures.

"Nous pensons qu'il existe des réglementations (dans le projet de loi, ndlr) qui vont trop loin et devraient être modifiées", a déclaré vendredi 13 novembre au média DR News Camilla Rathcke, présidente de l'Association médicale danoise. 

Dans un souci de consensus, la Première ministre, Mette Frederiksen, a annoncé la semaine dernière que le projet allait être renégocié.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen (AFP / Olivier Matthys)

"Je pense que nous devons repartir à zéro. A mes yeux, volontiers avec tous les partis du Parlement et faire adopter une loi sur les épidémies avec un ancrage démocratique et un contenu démocratique", a-t-elle dit lors d’une séance de questions au gouvernement.

Pour autant, la loi actuelle sur les épidémies est appelée à rester en vigueur jusqu'à la fin de l'état d'urgence sanitaire au Danemark.

Lancée peu après l’apparition du virus, la course au développement d’un vaccin contre le Covid-19 s’est accélérée depuis le début du mois de novembre avec les déclarations de trois fabricants différents qui ont annoncé que leur produit était efficace à 90% au moins pour se protéger du virus.

Aucun de ces trois vaccins n’a toutefois été mis sur le marché à ce stade. En France, Emmanuel Macron a annoncé mardi 24 novembre que la vaccination contre le Covid-19 ne serait pas obligatoire et qu'une campagne de vaccination débutera "dès fin décembre" pour les personnes les plus fragiles.

Depuis des mois, des milliers d'internautes clament leur refus d'être vaccinés. Mi-novembre, la responsable de la vaccination à l'OMS Rachel O'Brien se disait "très préoccupée" par la désinformation et ses conséquences sur l'acceptation du vaccin.

La rhétorique anti-vaccins n'est pas neuve mais gagne en visibilité à la faveur d'une pandémie à l'ampleur inédite, expliquent des spécialistes interrogés par l'AFP dans cet article.

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