Non, le nouveau coronavirus n'a pas épargné Pékin et Shanghai

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De nombreuses publications assurent que le nouveau coronavirus, détecté en Chine à Wuhan en décembre dernier, "n’a pas atteint" Pékin et Shanghai, deux métropoles chinoises importantes pour la politique et l'économie du pays. La preuve, selon cette publication, que le virus est une "arme biochomique fabriqué (sic)" au service des intérêts chinois. C’est faux : les deux villes ont annoncé des cas de contamination dès janvier, et l’origine du virus n'est pas humaine mais naturelle, selon des chercheurs.

Capture d'écran prise le 7 avril d'une publication Facebook

Dans cette publication, partagée plus de 300 fois sur Facebook depuis le 2 avril, l’auteur liste plusieurs affirmations, toutes terminées par des interrogations adressées aux internautes ("pourquoi ?", "Comment l'expliquer ?"), qu'il incite ainsi à douter de l'origine naturelle du coronavirus.

L'auteur demande par exemple "pourquoi" le nouveau coronavirus "n'a pas atteint la capitale de la Chine: Pékin et la capitale économique: Shanghai près de Wuhan" alors qu'il "a maintenant atteint tous les coins du monde".

Puis il sous-entend un intérêt financier pour la Chine avec la propagation du nouveau coronavirus, en affirmant que "le marché boursier dans le monde a fortement chuté sauf en Chine". "Comment l'expliquer ?", insiste-t-il.

"Ce sont là des questionnements sans réponse qui indiquent que le coronavirus est une arme biochimique fabriqué (sic)", conclut-il.

Sous la publication, les commentaires abondent dans le sens d'un "projet chinois".

Capture d'écran prise le 7 avril des commentaires sous une publication Facebook

Nous retrouvons les mêmes affirmations ici, ici ou encore ici. Comme il est très courant de voir les fausses informations circuler d’un continent à l’autre en quelques heures seulement, on trouve des publications comparables en espagnol ou en anglais.

Le coronavirus à Pékin et Shanghai

Le nouveau coronavirus a été détecté pour la première en Chine dans la ville de Wuhan, en décembre 2019. Le 20 janvier 2020, l’AFP a écrit sur le signalement de cas dans sa capitale Pékin, et à Shanghai, coeur économique du pays.

Le 23 janvier, nous avons également écrit sur la décision du gouvernement chinois de fermer la Cité interdite de Pékin et le 24 janvier sur la fermeture du parc d’attractions Shanghai-Disney, comme mesures de précaution face à la maladie covid-19.

Le 26 janvier, les autorités chinoises ont fait état d’un premier décès dû au coronavirus à Shanghai, pour un bilan de 56 morts et de 2000 contaminations dans le pays (lire notre article ici).

La bourse chinoise

La pandémie de Covid-19 a provoqué des pertes colossales pour les marchés, avec une semaine noire historique en mars pour les bourses européennes et Wall Street. Le 27 mars, la patronne du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, a déclaré que le monde était entré en récession économique.

La Chine a aussi souffert de la situation. En février, la Bourse de Shanghai a essuyé sa plus grosse baisse en cinq ans, poussant la banque centrale chinoise à injecter 1.200 milliards de yuans (156 milliards d’euros) afin de soutenir une économie mise à mal par l’épidémie de pneumonie.

Un virus d’origine naturelle et pas fabriqué

Les théories sur la fabrication du virus par l'homme sont nombreuses. Nous avons déjà vérifié des publications très virales et fausses, qui affirmaient qu'il avait été fabriqué dans des laboratoires ou encore par l'Institut Pasteur en France.

Cette image obtenue le 12 mars 2020 avec la permission du National Institutes of Health (NIH) / NIAD-RML montre une image au microscope électronique de SARS-CoV-2 (ronds dorés) émergeant de la surface de cellules cultivées en laboratoire. SARS -CoV-2, également connu sous le nom de 2019-nCoV, est le virus qui cause COVID-19. (Handout / National Institutes of Health / AFP)

Pour tenter de mettre fin à ces théories, 27 chercheurs ont publié en février une tribune dans la très sérieuse revue scientifique The Lancet, démontrant l'origine naturelle du virus.

"Des scientifiques de plusieurs pays ont publié et analysé les génomes de l'agent causal, le coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère 2 (SARS-CoV-2), et ils concluent massivement que ce coronavirus est originaire de la faune sauvage", est-il écrit dans cette tribune qui renvoie vers neuf études publiées.

"La plupart des virus émergents viennent d'un réservoir animal", a expliqué de son côté à l'AFP le chercheur en virologie Etienne Simon-Lorière, de l'Institut Pasteur. Et "l’examen de chaque élément du génome (du nouveau coronavirus) suggère clairement qu'il a évolué naturellement", a-t-il insisté.

"Si un scientifique, aussi génial soit-il, cherchait à 'créer' un virus, ce serait infiniment trop complexe car il s'agirait de créer quelquechose d'entièrement nouveau", a ajouté le virologue.

Le nouveau coronavirus, qui avait fait plus de 75 000 morts dans le monde le 7 avril, suscite un flot ininterrompu de fausses informations sur les réseaux sociaux. Voici la liste des articles de vérification de l'AFP en français.

Traduit et adapté de l'espagnol par Clara Wright
 
Bruno Scelza
CORONAVIRUS