Visuel montrant plusieurs factchecks faits par l'AFP Factuel

Coronavirus : les fausses informations, l'épidémie dans la pandémie

Théories du complot, traitements inappropriés ou faux conseils de prévention : la propagation éclair de fausses informations en tout genre sur le nouveau coronavirus nuit au combat des autorités pour endiguer la pandémie.

Dès février, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté sur l'"infodémie massive" qui entourait le Covid-19, à savoir une surabondance d'informations, qui ne sont pas toujours vraies ou exactes.

Preuve de ce flot depuis le début de l'épidémie, le service de factchecking de l'AFP (AFP Factuel) a publié pas moins de 184 articles en anglais vérifiant de fausses affirmations les plus virales, 75 en français et 58 en espagnol.

"On voit les mêmes canulars apparaître en Asie, en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine, à quelques heures de différence", a expliqué le 18 mars à l'AFP Cristina Tardaguila, directrice associée du réseau international de factchecking IFCN, dont les membres présents dans 45 pays mettent en commun leurs articles (vous pouvez les lire ici).

Capture d'écran prise le 26 mars de la base de données du réseau international de factchecking IFCN

"On a gagné des batailles", avec des faux qui ont cessé de tourner, a assuré Mme Tardaguila, "mais on est en train de perdre celle concernant les faux traitements et les fausses préventions".

Car, à défaut d'un traitement médical contre le coronavirus, les faux remèdes (prendre de la cocaïne, boire de l'eau de javel), les fausses recommandations (ne pas utiliser de gel désinfectant car il est cancérigène), faux numéros d'urgence ou encore faux tests de dépistage pullulent sur les réseaux.

 "Vitesse de réaction"

Si des personnes créent et partagent délibérément du contenu mensonger, à des fins conspirationnistes - comme ces vidéos prétendant que le virus a été créé en laboratoire - ou encore commerciales - comme les faux remèdes à vendre, "beaucoup" relaient des affirmations sans savoir qu'elles sont fausses et donc sans "malveillance", a souligné le 17 mars auprès de l'AFP Claire Wardle, experte de la mésinformation.

Avec la mise en place de mesures de confinement dans plusieurs pays, le phénomène s'intensifie. "Beaucoup de gens sont à la maison, seuls, alors tout le monde s'envoie des messages parce que les gens sont effrayés et veulent aider", a souligné l'experte.

Et spécificité de cette crise sanitaire mondiale, qui avait fait près de 22.000 morts dans le monde depuis son apparition en décembre : la mésinformation "touche absolument tout le monde, y compris des personnes éduquées".

Pour Emanuele Capobianco, directeur de la Santé pour la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix Rouge (IFRC), loin d'aider, ce partage d'informations non vérifiées a eu un "impact très négatif sur la vitesse de réaction" des sociétés face à l'épidémie. Or "la vitesse est un facteur critique pour contenir une épidémie", a expliqué M. Capobianco à l'AFP le 18 mars.

Des personnels soignants sortent un patient d'une ambulance de la Croix-Rouge italienne pour le transporter dans une unité de soins intensifs installée dans un centre sportif à l'extérieur de l'hôpital San Raffaele de Milan, le 23 mars 2020, en pleine pandémie de nouveau coronavirus. (Miguel MEDINA / AFP)

De fausses informations sur ce virus apparu en Chine ont aussi provoqué la stigmatisation de groupes. En France, la communauté franco-chinoise s'est inquiétée dès janvier des amalgames xénophobes, à l'instar du journal régional le Courrier Picard qui titrait fin janvier "Alerte jaune" avant de s'excuser.

Selon Tarik Jasarevic, porte-parole de l'OMS, "la stigmatisation peut conduire les gens à cacher la maladie pour éviter la discrimination" ou encore "les empêcher de demander des soins de santé immédiatement".

Plateformes poussées à l'action

Vivement critiquées, les plateformes sont poussées à agir pour casser la viralité des fausses informations et à mettre en avant des informations provenant de sources faisant autorité, telles que les centres de contrôle des maladies et l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Sur Google, en tête des recherches sur le coronavirus apparaissent les informations de l'OMS.

Facebook s'est mobilisé sur différents fronts : la valorisation des informations fournies par des sources compétentes, la lutte contre la propagation de contenus nocifs (publicités pour des prétendus remèdes, fausses informations) et le soutien aux services de santé avec des fonds et des outils informatiques.

"Le niveau d'appels passés via WhatsApp et Messenger a doublé par rapport à d'habitude" dans les zones les plus touchées par la pandémie, a constaté le 18 mars Mark Zuckerberg, le patron du réseau social.

WhatsApp, où a circulé de nombreux messages de "chercheurs" ou de "personnes en contact avec le gouvernement", a annoncé une subvention d'un million de dollars pour soutenir les membres de l'IFCN. Les conversations y étant privées, la messagerie aux deux milliards d'utilisateurs constitue un défi majeur dans cette lutte contre la mésinformation.

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