Non, ces images ne prouvent pas que "les me(r)dias manipulent la pensée des gens"

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Un visuel très partagé sur Facebook prétend montrer un faux malade du Covid utilisé par des médias pour "manipuler la pensée des gens". En réalité, l'homme présent sur les cinq photos est bien le même, mais il s'agit d'images d'illustration distribuées par l'agence Shutterstock, et non de photos ayant été diffusées par des journalistes. L'AFP n'a identifié aucune de ces images sur des sites de médias français ou étrangers.

"Voilà comment les me(r)dias, de mèche avec la cabale et big pharma manipulent la pensée des gens... en utilisant des acteurs !!! Ca impressionne et ça marche !!!", peut-on lire sur le visuel, publié jeudi 26 novembre par les pages Facebook "Eveil et spiritualité" (82.000 abonnés) et "Le peuple se réveille" (172.000 abonnés), et partagé plusieurs centaines de fois depuis.

Capture d'écran Facebook prise le 27/11/2020
Capture d'écran Facebook prise le 27/11/2020

"Je savais depuis le début. Que tout était juste une grosse manipulation malheureusement les gens sont tombés dedans", réagit un internaute sous la publication de la page "Eveil et spiritualité". "Qui peut encore faire confiance aux merdias, à l'heure actuelle ???", s'interroge un autre.

Problème : les cinq images du visuel montrent bien le même homme, mais il ne s'agit pas de photos extraites de sites de médias.

Les cinq clichés proviennent de la banque d'images d'illustration de l'agence américaine Shutterstock. Voici la série d'images ici

Capture d'écran du site shutterstock.com prise le 27/11/2020

La série figure bien dans la rubrique "Images" du site Shutterstock, où figurent des photos destinées à des "projets créatifs", et non dans sa rubrique "Editorial", où sont regroupées des "photos sur l'actualité, le sport, les divertissements et des photos d'archives" destinées notamment aux médias.

Ces photos, distribuées également sur la banque d'images EyeEm, n'ont pas vocation à être utilisées de la même manière que des photos d'actualité prises par des journaux ou des agences de presse.

Sur le site Shutterstock, la mention "photo de stock" (photo d'illustration issue de banque d'images) apparaît par ailleurs sous chacune des photos. 

Capture d'écran du site shutterstock.com prise le 27/11/2020

A l'inverse, la date et le lieu de la prise de vue n'apparaissent pas, contrairement à la pratique des agences de presse (voir photos AFP et Reuters ci-dessous), qui fournissent ces informations ainsi que du contexte additionnel pour leurs clients médias.

Capture d'écran du site afpforum.com prise le 27/11/2020
Capture d'écran du site pictures.reuters.com prise le 27/11/2020

L'AFP, après avoir effectué des recherches pour chacune des cinq images du visuel à l'aide de différents moteurs de recherche, n'en a identifié aucune sur des sites de médias français ou étrangers, contredisant l'affirmation selon laquelle ces dernières sont utilisées par des journalistes pour "manipuler la pensée des gens".

"[Nos images] sont utilisées par de nombreuses entreprises et médias à travers le monde afin d'illustrer des événèments ou des situations spécifiques, mais elles n'ont pas pour objectif de déformer la réalité", a indiqué dans un courriel à l'AFP un porte-parole de EyeEm, qui ne propose aucune photo d'actualité à ses clients.

Rémi Banet
COVID-19