(Fabrice Coffrini / AFP)

L’OMS va aider Madagascar à tester la tisane Covid-Organics, mais ne l’a pas homologuée

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Sur les réseaux sociaux en Afrique, plusieurs publications affirment que l’OMS, après avoir multiplié les appels à la prudence, a finalement "validé" le Covid-Organics, la tisane malgache présentée comme un remède contre le coronavirus. Si les dirigeants de l’OMS et de Madagascar ont échangé la semaine dernière et convenu de collaborer pour évaluer l’efficacité et l'innocuité de ce produit, ce dernier n’est pas "validé". Une éventuelle homologation dépendra des résultats de ces analyses et essais.

"Urgent: l’OMS valide le CVO". Cette nouvelle surprenante a,  entre autres, été partagée par la page Facebook Flash Tchad le 20 mai.

"L’OMS par le biais de son président DR Tedros a eu ce jour un entretien avec le président malagasy L’OMS félicite Madagascar pour la découverte du CVO" (sic), lit-on dans cette publication partagée près de 200 fois. 

(Capture d'écran Facebook datée du 28 mai)

D’autres posts reprennent la même formulation trompeuse annonçant une “validation” de l’OMS (1, 2, 3).

Certaines publications et médias, comme le pureplayer sénégalais Senenews, évoquent un "revirement spectaculaire" de l’OMS vis-à-vis de Madagascar.

Depuis le lancement de la tisane baptisée Covid-Organics par le président malgache Andry Rajoelina le 19 avril, l’agence médicale onusienne a multiplié les mises en garde, répétant que ce breuvage n’a fait l’objet d’aucune étude scientifique prouvant son efficacité et son innocuité.

Ces mises en garde ont suscité l’indignation du chef d’Etat malgache qui assure, lui, de l'efficacité de ce "remède naturel, non toxique et non invasif", avec un rôle à la fois "préventif et curatif contre le Covid-19". 

"Le problème, c’est que cela vient d’Afrique. Et on ne peut pas accepter qu’un pays comme Madagascar, qui est le 163e pays le plus pauvre du monde, ait mis en place cette formule pour sauver le monde", accusait-il dans une interview le 11 mai.

Mais si un entretien par visioconférence entre le directeur général de l’OMS Tedros Adhamon Ghebreyesus et le président malgache a bien eu lieu et permis un rapprochement, il n’a pas pour autant donné lieu à un changement de position de l’OMS.   

Un "excellent échange"

Le chef d’Etat malgache a été le premier à évoquer publiquement cette discussion dans un tweet le 20 mai. Ce tweet et la photo qui l’illustre servent de base aux publications que nous vérifions. 

Saluant un "excellent échange" avec Tedros Adhamon Ghebreyesus, il a annoncé que "l’OMS signera une clause de confidentialité sur la formulation du Covid-Organics et appuiera le processus d’observations cliniques" sur ce breuvage.

Le lendemain, le directeur général de l’OMS se réjouissait également sur son compte Twitter de cette conversation, confirmant avoir échangé avec M. Rajoelina sur la manière de "travailler ensemble sur la recherche et le développement de thérapeutiques". "Nous sommes tombés d’accord sur le fait que la solidarité est la clé dans la lutte contre la pandémie", ajoutait-il.

L’OMS "soutient" Madagascar

En écho, l’OMS Afrique a ajouté qu’elle "soutenait" Madagascar et les pays africains "pour produire des preuves sur la qualité et l'efficacité des médicaments traditionnels proposés pour traiter le Covid-19".

"Le but de cet appel était de reprendre une collaboration fructueuse", a expliqué le 26 mai à l’AFP Michel Yao, responsable des opérations d’urgence de l’OMS Afrique. 

L’OMS soutiendra Madagascar pour évaluer le Covid-Organics, à travers des analyses du produit qui seront menées "le plus rapidement possible", ainsi que des observations cliniques.

"Même si on est au courant de la composition (du Covid-Organics, ndlr), on ne pourra la publier qu'avec l'autorisation de Madagascar. On travaillera avec eux en toute confidentialité jusqu'à l'autorisation de la publication du contenu de ce médicament", a souligné M. Yao.

"Le premier point qu'on va apporter, c'est leur permettre d'adopter un protocole scientifique qui puisse leur permettre d'évaluer selon les standards internationaux l'innocuité de ce médicament. On mettra à leur disposition aussi une expertise technique pour les accompagner dans cette recherche, afin d'obtenir des résultats scientifiquement acceptables par le pays et toute la communauté scientifique internationale", a-t-il poursuivi. 

La position de l’OMS "reste la même"

"Cela va se mettre en place très rapidement, en quelques jours", a-t-il détaillé. "L'OMS a déjà commencé à trois niveaux : au niveau du bureau de Madagascar, du bureau Afrique (situé à Brazzaville, ndlr) et de Genève. On essaie de désigner un expert totalement dédié à cela qui pourra aller dans le pays en cas de besoin". 

Ces tests seront menés d’abord à Madagascar, mais l’OMS n’exclut pas de les étendre "s'il y a une demande exprimée par d'autres pays", explique M. Yao: "Comme on l'a vu pour la chloroquine, plus les pays s'impliquent, plus les preuves sont solides". 

Mais "notre position reste la même", insiste-t-il: "On n’a pas d’éléments pour valider un médicament. On a dit qu'on allait aider le pays à faire des essais pour valider ce remède, s'il s'avère efficace".

"Le Covid-Organics doit encore faire ses preuves, et l'OMS veut aider Madagascar à prouver qu'elles existent, si elles existent", dit-il.

Anne-Sophie Faivre Le Cadre