Le virus causant le Covid-19 ne peut pas survivre à une température de 40°C? Faux, selon plusieurs spécialistes

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Une publication qui circule sur Facebook depuis le 11 août avance qu'"aucun virus" ne peut survivre à une température extérieure de 40 degrés, insinuant que le port du masque est superflu en période de canicule. Mais des experts en maladies infectieuses ont expliqué à l'AFP que de nombreux virus, dont le virus causant le Covid-19, survivent bien au-delà de 40 degrés.

"En gros, il fait 40°C, aucun virus ne peut survivre à cette température, et on nous fait porter des masques en extérieur, alors même que la plupart des médecins censés nous disent qu'il faut respirer et s'hydrater le plus possible quand il fait aussi chaud", avance un internaute dans une publication, partagée 1900 fois sur Facebook depuis le 11 août, alors qu'une large partie de la France subit de fortes chaleurs depuis le 5 août.

"C'est faux", fustige Christelle Vauloup Fellous, virologue à l’Hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Contactée par l'AFP le 12 août, elle assure qu'il existe "de nombreux virus qui survivent bien au-delà de 40°C", à l'image des virus de gastro-entérite, de la polio ou du Sars-Cov-2 à l'origine du Covid-19.

Pour détruire un coronavirus, Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon (Paris), préconise de le chauffer à une température minimale de 65°C, bien supérieure aux 40°C mentionnés par l'auteur de la publication. 

"On sait aujourd’hui que les coronavirus n’ont plus de sites de réplication quand ils sont exposés à une température de 65 degrés ou plus, pendant un temps supérieur ou égal à 10 minutes. Donc la probabilité que ce soit le temps saisonnier qui règle le problème est nulle", explique l'infectiologue. 

Pour Nathan Clumeck, membre de l’Académie royale de médecine de Belgique et spécialiste des maladies infectieuses, cette publication ne tient également pas compte du mode de transmission du nouveau coronavirus.

"Quand on chauffe le virus dans des conditions expérimentales, on place le virus in vitro sur une surface et on augmente la température un certain temps", explique-t-il, interrogé par l'AFP le 12 août. 

"Sur une surface plane exposée au soleil, le virus peut disparaître en quelques minutes. La chaleur annihile un virus qui se trouve à l'extérieur d’un corps. Mais cela n’a pas d’effet significatif : si vous êtes à dix centimètres de quelqu’un qui vous tousse dessus, le virus n’aura pas le temps d’être inactivé par la chaleur", décrivait déjà le spécialiste en maladies infectieuses à l'AFP en juillet dernier. 

Température extérieure et Covid-19

Le président américain Donald Trump avait déjà prédit, à tort, la disparition du Covid-19 en avril en raison de "la chaleur". Mais, comme l'ont expliqué plusieurs experts en maladies infectieuses à l’AFP en juillet, si l’hiver peut faciliter les conditions de propagation du virus, ce dernier ne disparaît pas pour autant l'été, et n'est pas affaibli.

"Plus il fait chaud, plus les gens vivent dehors et plus il y a d'aération", détaille Christelle Vauloup Fellous. "C'est pour cela qu'il y a moins de grippes l'été, car le virus se transmet moins bien." Mais la virologue précise bien que le Covid-19 est encore transmissible, comme le prouve la forte hausse de cas enregistrée en août en France. 

Une synthèse d'études, publiée par Santé Publique France le 23 juillet, souligne par ailleurs que "plusieurs études montrent une corrélation écologique négative entre ces variables climatiques et l’incidence de l’infection”. La note conclut que "l’effet à long terme de la saisonnalité dépendra essentiellement du niveau d’immunité conféré par l’infection à SARS-CoV-2 ou par l’immunité croisée avec les autres coronavirus".

"La température saisonnière n’influence que faiblement la transmission du Covid-19, en tout cas sur des critères de sensibilité à la chaleur", abonde Gilles Pialoux. "Aujourd’hui, on est en été avec des températures élevées, et pourtant on fait face à une résurgence épidémique".

Pour l'infectiologue, l'exemple du MERS-Cov-2 (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) le prouve : découvert en 2012, il a été signalé depuis "dans 27 pays", avec environ "80% des cas humains" notifiés par l’Arabie saoudite, selon l’Organisation mondiale de la Santé. 

Christelle Vauloup Fellous souligne également que le Covid-19 s'est diffusé dans des pays où il fait très chaud depuis déjà plusieurs mois comme l'Australie, le Mexique, la Grèce ou encore l'Algérie. 

Dans sa publication, l’auteur du texte avance également qu'"on nous fait porter des masques en extérieur alors même que la plupart des médecins censés nous disent qu'il faut respirer"

"Les masques laissent passer l’air", assure Nathan Clumeck. "On peut ressentir un certain inconfort, car il fait chaud, on transpire et le masque colle à la peau. Cet inconfort peut angoisser des gens qui ont l’impression de suffoquer mais ce n’est qu’une sensation qui ne repose pas sur un risque réel de suffocation."

Canicule et Covid-19

Enfin, l'auteur de la publication écrit qu'"aujourd'hui, on a plus de 100 personnes qui meurent chaque jour à cause de la canicule, c'est à dire 10 fois plus qu'avec le COVID​". Nous n'avons pas pu à ce jour confirmer ou infirmer ces chiffres. Par ailleurs Santé Publique France indique que "les données de mortalité liées à la canicule 2020 ne sont pas encore disponibles". La Direction générale de la Santé (DGS) estime pour sa part que "l’impact sur l'excès de mortalité dû à cet épisode sera connu dans quelques mois". 

Il est donc difficile d'établir aujourd'hui avec certitude une comparaison entre le nombre de décès causés par le Covid-19 et la surmortalité liée à la canicule, bien que les effets de celle-ci soient déjà observés. Dans un point national le 11 août 2020, Santé Publique France explique que "les recours aux soins (passages aux urgences et SOS médecins) pour des causes liées à la chaleur sont en augmentation entre le 05 et le 11/08, pour toutes les classes d’âges".

En août 2003, année de la canicule la plus meurtrière enregistrée en France métropolitaine, une surmortalité d'environ 15.000 décès a été observée. En 2019, 1.435 décès en excès à cause des fortes chaleurs ont été recensés. 

La comparaison entre la surmortalité liée à la canicule, et les décès dus au Covid-19 n’est pas pertinente pour Nathan Clumeck.

"La canicule est un risque sanitaire pour les personnes âgées, il faut s'hydrater et protéger les personnes fragiles. Mais ce risque sanitaire n’est pas comparable avec le Covid qui est une maladie contagieuse et transmissible. Cette comparaison minimise le risque du Covid-19", conclut-il.  

En août, 106 cas de décès liés au Covid-19 ont été annoncés selon un comptage effectué par l'AFP (à la date du 12 août). 30 354 décès dus à la maladie Covid-19 ont été confirmés en France depuis le début de la pandémie.

 
Edit du 13/08/2020 - modifie le titre : "le virus causant le Covid-19" et non "le Covid-19"
Juliette Mansour
CORONAVIRUS