Il n'existe aucune preuve que le vaccin contre le Covid-19 a causé la mort de deux religieuses dans un couvent du Kentucky

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Des articles et des publications partagés des milliers de fois depuis le mois de février en anglais et en français accusent le vaccin contre le Covid-19 d'être lié à la mort de deux religieuses d'un couvent du Kentucky (Etats-Unis) et à la contamination de dizaines d'autres. Mais deux des responsables du couvent affirment que la maladie y est apparue avant l'arrivée des vaccins. 

"35 nonnes ont reçu le vaccin Covid dans le Kentucky, USA. 2 sont mortes, 2 jours après. 28 sont positives, certaines encore hospitalisées. Elles étaient négatives avant. Sans sortir du couvent, comment sont-elles tombées malades aussi vite ? Posez-vous la question", demande un internaute dans un tweet partagé près de 1.500 fois depuis le 18 avril.

Capture d'écran réalisée sur Twitter le 16 avril 2021

On retrouve des captures d'écran de ce tweet dans plusieurs publications Facebook (1,2...) ainsi que sur un blog anti-vaccin.

Le tweet d'origine relaye un reportage tourné début février par la chaîne de télévision locale américaine Local 12, basée à Cincinnati (Ohio), au sujet du couvent St. Walburg, dans l'état voisin du Kentucky.

La chaîne d'information affirme que le Covid-19 "a tué 2 religieuses du monastère Villa Hills et en a contaminé plusieurs dizaines d'autres". 

L'une des religieuses y explique que le couvent avait été très précautionneux vis-à-vis du virus et n'accueillait pas de visiteurs.

La chaîne relate que cette flambée épidémique est survenue "deux jours après que les soeurs ont reçu leur première injection de vaccin" contre le Covid-19, sans toutefois faire un lien de cause à effet entre les deux événements.

D'autres articles de presse aux Etats-Unis ont évoqué cette histoire depuis début février (1,2). "80% des religieuses de ce couvent du Kentucky ont eu le Covid-19 2 jours après le vaccin", peut-on ainsi lire depuis le 25 février sur le site le site Life Site News, créé par une association anti-avortement canadienne.

Screenshot of an article taken on March 3, 2021

Une troisième religieuse est décédée de complications liées au virus, a annoncé le couvent le 10 février sur son site web.

"Déjà malades"

A ce stade, il n'existe toutefois aucune preuve que ces décès soient liés à la vaccination.

L'une des religieuses responsables du couvent, soeur Nancy Kordenbrok, a confirmé à l'AFP que les trois soeurs étaient mortes du Covid-19. Mais "elles étaient déjà malades" avant d'être vaccinées, a-t-elle expliqué à l'AFP par téléphone début mars.

Selon elle, "l'une d'entre elles a été testée sur les conseils de son médecin avant de recevoir l'injection. Le résultat (du test, NDLR) était positif donc nous nous avons (toutes) été testées" dans la foulée.

Après ces examens, 29 des 35 religieuses du couvent étaient positives au Covid-19, a-t-elle ajouté.

Mme Kordenbrok a expliqué que la première soeur a avoir été testée positive était sortie du monastère pour recevoir des soins médicaux, sans rapport avec le virus. Les résultats de son test sont arrivés après la première injection du vaccin Moderna.

Réinterrogée le 22 avril après la diffusion des publications en français, une responsable du couvent a redirigé l'AFP vers un communiqué relayé sur son site web.

"Des informations inexactes circulent sur l'épidémie de Covid-19 dans notre communauté. Le recul montre que le virus était déjà présent au moment où nous avons reçu le vaccin. Plusieurs religieuses avaient fait état de problèmes de sinus, de toux et présentaient des symptômes gastro-intestinaux mineurs (...) Le vaccin n'est donc pas considéré comme la cause" de l'épidémie, peut-on lire sur le site, qui retrace par ailleurs la chronologie exact des événements.

Capture d'écran du site du couvent, réalisée le 26 avril 2021

Un délai avant immunité

Steve Feagins, responsable de l'agence de santé publique du comté de Hamilton, dans l'Ohio voisin, a expliqué par mail à l'AFP qu'il arrive  que des personnes soient testées positives au Covid-19 peu après la vaccination, "car le virus peut mettre plusieurs jours à provoquer des symptômes".

On peut donc avoir été contaminé avant l'injection, sans le savoir.

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), "la protection du vaccin Moderna commence 14 jours après la première dose".

Il nécessite de plus deux injections -espacées d'au moins 28 jours- pour atteindre son efficacité optimale. Il n'est donc pas impossible de contracter la maladie malgré une première injection.

Une fois ces deux injections effectuées, il est efficace à 90% contre le Covid-19 et à 95% contre les formes graves de la maladie, selon la firme de biotechnologie américaine dans de nouveaux résultats publiés mardi 20 avril.

Le responsable de l'unité Virus et immunité à l'Institut Pasteur, le docteur Olivier Schwartz, a expliqué à l’AFP le 10 mars que, d'après une étude israélienne parue le 24 février dans la prestigieuse revue scientifique The New England Journal Of Medicine, "il semble que les vaccins n'empêchent pas l'infection par le SARS-CoV-2 mais diminuent le niveau de cette infection (...) Les personnes [vaccinées, NDLR] auront une capacité réduite à transmettre l'infection".

"Ce n'est pas une immunité dite stérilisante. Ca n'empêche pas l'entrée du virus dans l'organisme, mais ça la réduit fortement", analyse le chercheur.

En France par exemple, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a été testée positive trois jours après avoir reçu une première injection de vaccin.

Selon le communiqué du couvent St. Walburg, "sept religieuses (...) ont depuis reçu la deuxième dose sans effets négatifs".

L'OMS a rappelé sur son site que les vaccins sont une "arme essentielle dans la lutte contre la Covid-19 et il est extrêmement encourageant de constater que beaucoup d’entre eux s’avèrent efficaces".

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