( AFP / OSCAR DEL POZO)

Attention à cette vidéo virale du médecin Robert Malone sur la vaccination des enfants

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Dans une vidéo extrêmement virale, le médecin américain Robert Malone avance une série d’arguments contre la vaccination des enfants contre le Covid-19. Il soutient notamment que les injections à ARN messager pourraient "endommager le système reproducteur", "réinitialiser génétiquement le système immunitaire" ou encore qu’il faudrait "cinq ans" pour connaître les risques liés à cette technologie. Attention : ces affirmations sont dénuées de fondement, non étayées ou manquent de contexte, expliquent des scientifiques interrogés par l’AFP.

Faut-il vacciner les enfants contre le Covid-19? Deux ans après le début de l'épidémie de coronavirus, la question s'invite dans le débat public dans de nombreux pays, confrontés à une progression fulgurante du variant Omicron.

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) s'est prononcée le 20 décembre en faveur de la vaccination - non obligatoire - des 5-11 ans, qui n'est à ce stade possible que pour les enfants jugés "à risque" de cette classe d'âge ou ayant des proches vulnérables.

Aux Etats-Unis, où la vaccination Pfizer des 5 à 11 ans est possible depuis début novembre, le débat sur la pertinence de cette mesure a été relancé par une vidéo du médecin américain Robert Malone qui connaît depuis plusieurs jours un écho retentissant sur les réseaux sociaux.

Capture d'écran prise sur Twitter le 21/12/2021

"Je voulais vous faire connaître les faits scientifiques concernant ce vaccin génétique qui est basé sur la technologie ARNm que j’ai inventée", affirme-t-il, face caméra, dans un argumentaire de 4 minutes 40 en anglais sur les dangers des vaccins anti-Covid utilisant cette technologie.

Capture d'écran prise le 20/12/2021 sur Facebook
Capture d'écran prise sur Twitter le 20/12/2021

 

 

Robert Malone est un scientifique dont les travaux de recherche à la fin des années 80 ont contribué au développement des vaccins à ARN messager (ARNm), technologie utilisée dans les vaccins anti-Covid de Moderna et Pfizer/BioNtech. S’il se considère comme "l'inventeur du vaccin à ARNm", de nombreux autres scientifiques sont néanmoins impliqués dans cette recherche depuis plusieurs décennies.

Diffusés à l’origine en anglais, ses propos ont été sous-titrés en français et partagés plus de 15.000 fois sur Facebook (1, 2,), Twitter, Odysee, Tik Tok et dans de très nombreux billets de blogs (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8).

Frise chronologique de la propagation du nom "Robert Malone" sur Twitter en décembre 2021

La vidéo a également été relayée en espagnol, en portugais, en italien, en allemand en arabe, ou encore en catalan.

Attention : certaines des affirmations de Robert Malone sont dénuées de fondement, non étayées ou manquent de contexte, selon des scientifiques interrogés. L'AFP a passé en revue six déclarations contenues dans la vidéo :

Dans la vidéo, Robert Malone fait référence aux protéines de pointe - "Spike" en anglais - qui font, depuis le début de la campagne de vaccination, l’objet de nombreuses rumeurs sur leur dangerosité ou leur viralité - rumeurs qui ont été démontées par l’AFP à plusieurs reprises ces derniers mois (ici, ici et ici).

Située à la surface du Sars-CoV-2, cette protéine S permet au virus de s'arrimer aux cellules humaines et d'y pénétrer pour les infecter. Elle est centrale dans le fonctionnement des vaccins à ARNm : ces derniers ne contiennent pas la protéine elle-même mais ils transmettent un mode d'emploi génétique pour qu'elle puisse être construite par notre corps afin de s'en protéger lors qu'il est confronté au virus.

C'est le principe des vaccins de Pfizer-BioNtech et Moderna qui utilisent des fragments d'ARNm pour stimuler les cellules musculaires de l'organisme afin qu'elles produisent des protéines S, comme détaillé sur cette page du site de l'Inserm.

Ces protéines sont-elles nocives, comme l’affirme Robert Malone? Cette affirmation est, à ce stade, dénuée de fondements. La théorie d'une protéine "Spike" vaccinale qui serait dangereuse en elle-même a ainsi été démystifiée par plusieurs experts dans cet article de l'AFP en juin dernier.

Les protéines sont par ailleurs localisées, expliquait le 11 mai dernier Daniel Dunia, directeur de recherche au CNRS dans cet article. "Le vaccin à ARN messager est injecté localement dans le muscle et l'expression de la protéine de pointe sera limitée aux cellules initialement visées pour déclencher la réponse immunitaire. L'ARN messager est instable et va être dégradé rapidement", expliquait-il.

Robert Malone affirme ensuite qu’il n’est pas possible de “réparer un système immunitaire réinitialisé génétiquement". Mais cette analogie entre vaccination et thérapie génique, fréquemment utilisée pour instiller la crainte d'une modification de l'ADN, est contestée par les experts interrogés par l’AFP, qui rappellent que, contrairement à certaines thérapies géniques, les vaccins anti-Covid n'ont pas la capacité de modifier l'ADN de leur hôte.

"L'objectif des thérapies géniques est clairement de modifier l'ADN pour réparer un gène défectueux. Le vecteur, qu'il s'agisse d'un adénovirus ou d'un rétrovirus, va permettre l'intégration dans le génome d'un gène normal non muté permettant de réparer la fonction défectueuse", expliquait en août Thierry Walzer, directeur de recherche à l'Inserm, rattaché au Centre international de recherche en infectiologie de Lyon.

L'ARN messager est, lui, trop fragile pour intégrer le noyau de la cellule et modifier le génome, selon les experts interrogés par l'AFP.

Le fonctionnement des vaccins à ARN messager de Pfizer et Moderna

"Avec ces vaccins, on amène une molécule d'ARN qui va faire produire de façon très transitoire par des cellules immunitaires la protéine Spike du virus, ce qui va inciter les lymphocytes à réagir, mais cet ARN ne persiste pas et ne reste pas dans le corps", soulignait également fin août Anne Galy, directrice du laboratoire public Integrare et de l’Accélérateur de recherche technologique en thérapie génomique de l'Inserm.

C'est également ce qu'indiquait l'Inserm dans un document consacré en décembre 2020 à l'ARN messager. "Adressée directement aux ribosomes (molécules qui servent à fabriquer les protéines en décodant l'ARN messager, NDLR), sans passer par le noyau des cellules, cette molécule ne peut en aucun cas interagir avec notre génome ni conduire à son altération : rien à voir avec une thérapie génique ou la création d’un OGM !", écrivait l'Institut de recherche.

C’est une théorie extrêmement répandue sur les réseaux sociaux : le vaccin à ARN messager pousserait le système immunitaire à attaquer une protéine impliquée dans le développement du placenta, la syncytine-1, conduisant ainsi à une infertilité chez les femmes.

Mais cette thèse, que semble reprendre à son compte le docteur Malone, n’a à l’heure actuelle pas été étayée et est en réalité très improbable tant le risque que l'organisme "se trompe" de cible est infinitésimal voire inexistant, ont expliqué plusieurs spécialistes à l'AFP dans cet article publié mi-décembre 2020.

Une étude sur l'animal, dans laquelle le vaccin Pfizer a été administré avant et pendant la gestation, n'a relevé aucun effet indésirable lié au vaccin sur la fertilité et le développement du foetus, explique le fabricant sur son site.

Une étude d'avril publiée dans le New England Journal Of Medicine portant sur 35.691 femmes enceintes vaccinées "n'a mis en évidence aucun risque particulier" sur leur santé. L'AFP a également vérifié des affirmations similaires ici.

"A ma connaissance, les vaccins à ARN qui ont été utilisés sur plusieurs centaines de millions d'individus dans le monde n'ont jamais montré aucune atteinte au niveau du cerveau ni au niveau de la reproduction", abonde Frédéric Altare, directeur de recherche à l'Inserm, contacté le 20 décembre 2021.

Ce constat s'applique également à l'appareil reproducteur des hommes. "Le vaccin à ARN reste localement, il ne va pas se promener partout dans vos testicules, qui sont un sanctuaire immunologique. Et on n'a jamais vacciné quelqu'un dans les testicules...", indiquait en mars 2021 le professeur Jean-Daniel Lelièvre, immunologiste à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, à l'AFP.

Les vaccins contre le Covid-19 autorisés en France ont suivi les étapes imposées à chaque traitement avant une mise sur le marché européen et hexagonal: une première phase pour évaluer l'éventuelle nocivité du produit, une deuxième pour le tester sur un nombre limité de malades et une troisième pour juger de l'intérêt thérapeutique auprès d'un échantillon plus étendu.

Les résultats de la phase 3 des essais cliniques, qui se déroule sur des milliers de volontaires ont été communiqués (par exemple ici pour Moderna et ici pour Pfizer en décembre) mais peuvent être mis à jour et complétés ensuite, au terme de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle accordée à ces vaccins.

Dans le cadre de cette procédure d'urgence, l'Agence européenne des médicaments (AEM) a accordé des autorisations pour un an, renouvelables."L'AMM conditionnelle rassemble tous les verrous de contrôles d’une autorisation de mise sur le marché standard pour garantir un niveau élevé de sécurité pour les patients", affirme l'Agence nationale du médicament (ANSM) sur son site.

L'AEM souligne elle aussi que les vaccins contre le Covid ne peuvent être autorisés en Europe que s'ils "satisfont à toutes les exigences de qualité, de sécurité et d'efficacité définies dans la législation pharmaceutique de l'Union européenne". Une fois toutes les données complémentaires fournies, l'AMM conditionnelle peut être transformée en AMM standard.

Aux Etats-Unis, la régularité de certains essais cliniques du vaccin Pfizer a été contestée par une ancienne employée de Ventavia, un sous-traitant qui était chargé de mener une petite partie des essais pour le compte du géant pharmaceutique. Selon cette femme, des manquements auraient été commis lors de certains de ces tests. Ce sous-traitant n'avait toutefois mené des tests qu'auprès d'un millier de personnes alors que le vaccin a, au total, été évalué sur environ 44.000 personnes à travers le monde. Après ces accusations, les autorités américaines de la FDA avaient réitéré leur "pleine confiance dans les données qui ont conduit à soutenir l'autorisation du vaccin Pfizer/BioNTech".

( AFP / NOEL CELIS)

A ce jour, les données scientifiques n'étayent pas ces deux affirmations" et le caractère "nouveau" de l'ARN messager est minimisé par l'Académie de médecine qui rappelle que "les scientifiques et les industriels ont élaboré et amélioré depuis plus de trente ans la technologie des plateformes à ARN messager qui s’est avérée très efficace pour la vaccination contre le SARS-CoV2".

Cette technologie, couplée à une accélération tous azimuts des procédures de recherche, de production industrielle et d'évaluation comme l'explique cette dépêche AFP, a ainsi permis le développement et la mise sur le marché de vaccins anti-Covid en moins d'un an, alors qu'il faut compter en moyenne dix ans habituellement.

Capture d'écran du site de l'Agence européenne des médicaments montrant la procédure accélérée mise en place pour développer les vaccins anti-Covid

 

 

Aujourd’hui, les vaccins autorisés font, comme tout nouveau produit médical, l'objet d'une phase de pharmacovigilance pour suivre les effets secondaires.

La sécurité des vaccins continue d'être surveillée de près par l'OMS et par l'Agence européenne des médicaments qui recensent et étudient tout effet indésirable survenu après l'administration d'un vaccin. En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) assure également une surveillance des vaccins contre le Covid-19 et publie des points de santé réguliers.

A ce jour, 645 millions de doses de vaccins ont été administrées dans l'Union européenne à 316 millions de personnes, soit 70% de la population. Si de très rares affections ont été associées à l'AstraZeneca (thromboses), aux vaccins à ARN messager (péricardite, myocardite) ou au Johnson & Johnson/Janssen (syndrome de Guillain-Barré), la plupart des effets secondaires sont bénins (douleurs au point d'injection, fièvre...). Ces effets potentiels restent ainsi extrêmement rares au regard du nombre de doses injectées.

L'Agence Européenne des médicaments continue donc de conclure, dans un avis du 9 juillet (en anglais), que "les bénéfices de tous les vaccins Covid-19 autorisés continuent de surpasser leurs risques, étant donné le risque de la maladie du Covid-19, les complications qui lui sont associées, et le fait que des preuves scientifiques montrent qu'ils réduisent les décès et les hospitalisations dues au Covid".

"L'ARN du vaccin ne reste pas dans l'organisme mais est décomposé peu après la vaccination", explique l'EMA, ce que confirme Eric Muraille, biologiste et immunologiste à l’Université libre de Bruxelles et maître de recherche au Fonds de la recherche scientifique : "Les organes fabriquent des protéines virales grâce à l'ARN des vaccins, mais ils le font pendant très peu de temps : l'ARN n'est pas stable et le temps de persistance chez l'animal a été estimé à 48 heures. Ensuite l'ARN messager n'est plus présent dans nos cellules", a-t-il expliqué à l'AFP le 17 février 2021.

Les anticorps ne peuvent donc pas trouver des protéines virales plusieurs mois après la vaccination dans les cellules ou dans les organes.

( AFP / PASCAL GUYOT)

"On n’a aucun exemple où les effets indésirables ne se seraient pas révélés dans les deux mois et ça s’explique par le fait que le vaccin disparaît très vite. Ce qui reste c’est l’activation de l’immunité, les anticorps etc… et dans ce cas c’est au moment où ils sont au plus haut dans les deux mois que doivent se voir des phénomènes d’auto-immunités : Guillain-Barré, narcolepsie etc.", a indiqué à l'AFP le 21 décembre Matthieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux.

Cet argument de Robert Malone, qui passe sous silence les cas de formes graves auxquelles peuvent être exposés certains enfants, est réfuté par Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil et expert sur la question des vaccins à la Haute autorité de Santé. "L'enfant a une place particulière dans l'infection Covid qui est beaucoup moins importante que celle de l'adulte mais qui n'est pas nulle pour autant", explique-t-il, contacté par l'AFP le 20 décembre.

"On ne peut pas dire que les enfants ne représentent pas un réservoir et qu'il n'existe pas un risque pour les enfants même si ce risque est effectivement très inférieur à celui des adultes".

( AFP / JEFF KOWALSKY)

"D'un point de vue individuel, on sait qu'il y a des enfants qui sont très exposés à des formes graves notamment quand leur système immunitaire est défaillant, lorsqu'il y a des pathologies chroniques sous-jacentes, lorsqu'ils sont immunodéprimés", abonde Vincent Maréchal, chercheur en virologie à l’université Paris Sorbonne. "Là, on touche à peu près 360.000 enfants en France, pour lesquels la vaccination semble très pertinente".

"Aujourd'hui, il y a des circonstances dans lesquelles c'est évident qu'il faut vacciner les enfants, lorsqu'ils sont à risque de développer des formes graves, la question c'est quel serait le gain d'une extension de la vaccination pour tous les enfants", ajoute-t-il.

L'Académie de médecine estime de son côté que "le principe éthique, selon lequel la vaccination des enfants qui ont peu de risques de développer des formes sévères de la maladie, ne doit pas servir, pour atteindre l’immunité collective, à compenser le refus de vaccination de certains adultes".

De nombreux pays ont déjà ouvert la vaccination aux enfants de moins de 12 ans comme les Etats-Unis, Israël, le Canada, ou en Europe : l'Autriche, la Grèce, la Hongrie, le Danemark, le Portugal ou encore l'Espagne.

La vaccination des enfants contre le Covid en Europe

Les résultats de la vaccination chez les moins de 12 ans dans des pays comme les Etats-Unis, qui utilisent aussi le vaccin de Pfizer, permettent d'avoir des données en vie réelle, soulignent les scientifiques.

"Ce sont des observations qui sont importantes pour prendre une décision avec, malgré tout, quelques limites", expliquait début décembre Frédéric Rieux-Laucat, directeur de recherche à l’Inserm, et directeur du laboratoire d’immuno-génétique des maladies auto-immunes pédiatriques à l'Institut Imagine.

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