(AFP / Vincenzo Pinto)

"Hold-up" : les fausses informations sur le port du masque

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Des intervenants de "Hold-up" multiplient les fausses allégations sur les masques, objets de polémique depuis le revirement en mars des autorités sanitaires françaises quant à leur utilité pour lutter contre l’épidémie de Covid-19.

En France, le port du masque en population générale n'était pas conseillé par le gouvernement au début de l'épidémie (1,2,3). Pendant plusieurs semaines, les autorités ont insisté sur la nécessité de réserver les masques chirurgicaux aux professionnels de santé, dans un contexte de pénurie de masques.

Mais alors que l’épidémie de Covid-19 a gagné du terrain,  le discours a évolué et, au fil des mois, le port du masque a été largement étendu et il est aujourd’hui obligatoire dans de nombreux cas de figure. Une volte-face à l'origine de nombreuses critiques, voire des accusations de mensonges.

Cette confusion a participé à la prolifération sur les réseaux sociaux de théories infondées sur les méfaits supposés du masque pour la santé.

Un argumentaire varié, démonté à plusieurs reprises par des scientifiques interrogés par l’AFP depuis mars, que l’on retrouve dans les premières minutes de "Hold-up".

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ne recommande pas le port du masque pour la population ? (à 5m38s). Faux

"La France n’applique pas les recommandations de l’OMS. L’OMS ne dit pas que tout le monde doit mettre un masque", affirme Astrid Stuckelberger, présentée comme une docteure en médecine et professeure universitaire. 

L’OMS a mis à jour plusieurs fois ses recommandations concernant le port du masque (1,2,3). Ces "recommandations provisoires" destinées aux "décideurs" des différents pays se sont étoffées avec la connaissance des modes de transmission du virus et l’OMS a progressivement conseillé le port du masque dans de plus en plus de cas de figure.

A partir de juin, elle suggère "d’encourager le port du masque par le grand public dans des situations et lieux particuliers, dans le cadre d’une approche globale de lutte contre la transmission du SARS-CoV-2".

Une recommandation suivie par la France qui, le 20 juillet 2020, a imposé à "toute personne de 11 ans et plus de porter un masque grand public dans les lieux publics clos, en complément de l’application des gestes barrières", sous peine d’amende.

L'OMS a encore mis à jour ses recommandations début décembre, comme on peut le voir ici dans les questions-réponses sur "les masques et la Covid-19" destinées au grand public. Y est notamment ajoutée la notion de “lieux mal ventilés”. 

"Le port de masques non médicaux en tissu par le grand public est conseillé dans les endroits où la ‎distanciation physique est impossible", dit l’OMS. 

"Dans les environnements plus vastes où le virus se propage, le grand public devrait porter un masque lorsqu’il n’est pas possible de se tenir à au moins un mètre des autres. Parmi ces environnements, on peut citer, entre autres, les lieux fermés, bondés et mal ventilés, les transports publics et les lieux à forte densité de population", poursuit l’organisation.

A un autre endroit de son site internet, l’OMS indique au grand public : "considérez le port du masque comme normal lorsque vous êtes avec d’autres personnes. Pour que les masques soient aussi efficaces que possible, il est essentiel de les porter, de les ranger et de les laver ou de les jeter correctement."

Quant à l’obligation de porter un masque dans la rue en France, elle n’est pas nationale mais prise localement dans certaines zones ou villes comme Paris par exemple. Elles sont prises au niveau des préfets ou des maires, comme récapitulé ici sur le site officiel service-public.fr

L’obligation du port de masque en France n’est donc pas généralisée sur le territoire et il existe des exemptions, pour les jeunes enfants ou les personnes handicapées par exemple.

A ce jour, la France ne dit donc pas que "tout le monde doit mettre un masque" même s'il est recommandé à la population de le porter dans de nombreux cas de figure.

Les boîtes de masques précisent qu’ils sont inutiles contre l’épidémie (à 14m). Trompeur

"Les masques chirurgicaux, c'est pas très protecteur, c'est même marqué sur la boîte", assure Claude Veres, dermatologue à Paris, après avoir montré plusieurs photos de visages rougis de plaques, liées selon elle au port du masque.

"Ce produit n’élimine pas le risque de contracter des maladies virales ou infectieuses", peut-on lire sur l'étiquette de la boîte montrée par le Dr Veres.

Mais ces masques permettent toutefois bien de limiter la propagation du nouveau coronavirus, affirment des experts interrogés par l'AFP, surtout en protégeant les autres de nos propres postillons.

Les masques de type chirurgical qui répondent à des normes spécifiques, sont destinés à "éviter lors de l’expiration de celui qui le porte, la projection de sécrétions des voies aériennes supérieures ou de salive pouvant contenir des agents infectieux transmissibles", écrit le ministère de la Santé.

"C'est un point important: beaucoup de gens pensent que porter un masque (grand public, ndlr) les protège de la contamination, alors que cela permet en fait de réduire les sources de transmission", a dit à l'AFP le Pr KK Cheng, spécialiste de santé publique à l'université de Birmingham (Angleterre), dans cette dépêche.

L'OMS comme les autorités sanitaires françaises considèrent le port du masque comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage de mains.

Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement les uns les autres.

Le phénomène d’irritation de la peau mis en avant par la dermatologue existe bel et bien, selon plusieurs spécialistes interrogés par le journal Le Monde.

Il peut être causé par une réaction allergique, chez certaines personnes, ou par l’occlusion partielle de l’épiderme sous le masque, selon ces spécialistes.

Pour éviter ces désagréments et conserver l’efficacité du dispositif, l’institut national de la recherche et de sécurité (INRS) suggère de changer son masque chirurgical "dès qu’il devient humide et au moins toutes les 4 heures".

Les masques sont de dangereux "nids à microbes" (à 14m15s). Faux

Après avoir montré des photos de lésions dérmatologiques attribuées au masque, la dermatologue Claude Veres estime également que les masques deviennent "des nids à microbes en quelques heures", évoquant des personnes "qui mettent leur masque en coton toute la journée, qui ne les lavent pas, qui les remettent même le lendemain, qui les manipulent sans cesse".

Mais l’OMS comme les autorités sanitaires nationales ainsi que divers experts l’ont expliqué plusieurs fois : un masque doit être changé au bout de quatre heures et doit être manipulé uniquement pour le mettre ou l'ôter, comme rappelé ici par l’OMS.

Utilisé dans les conditions idoines, les masques ne deviennnent pas de dangereux “nids à microbes en quelques heures”.

Comme "les humains ont des bactéries normales dans leur bouche et leurs fosses nasales", "quand nous parlons, nous expulsons des gouttelettes de salive".  "Il peut y avoir des champignons ou des bactéries qui restent sur le masque", a aussi expliqué Daniel Pahua, professeur de santé publique à l'Université nationale autonome du Mexique (Unam), mais "la plupart de ces agents ne produisent pas de maladie, parce que ce sont des bactéries que nous avons dans la bouche".

"Les infections fongiques [liées aux champignons] graves sont rares", a expliqué Françoise Dromer, responsable de l'unité de Mycologie moléculaire et du Centre national de référence des Mycoses invasives et des antifongiques de l’Institut Pasteur, dans ce fact-check.

"Dans les conditions d'utilisation recommandées, il n’y a aucun moyen que des champignons se développent à l'intérieur d'un masque", a-t-elle assuré.

"Pour qu’un masque moisisse, il faudrait le laisser, par exemple, humide dans une pièce pleine de moisissure, ou dans un compost, pendant des semaines", a-t-elle dit, rappelant qu'un masque doit être changé toutes les 4 heures.

Mis à jour le 10/12/2020 avec les dernières recommandations de l'OMS en matière de masques et précisions sur l'obligation en France
COVID-19