Les Champs-Elysées à Paris, le 25 novembre 2018 (AFP / Francois Guillot)

Gilets Jaunes : le vrai du faux d'un nouveau week-end de mobilisation

De nombreuses fausses informations ont à nouveau prospéré autour des manifestations du 24 novembre du mouvement des "gilets jaunes". L'AFP revient sur sept d'entre elles.

1 / Des avocats gratuits et soutiens du mouvements : c'est faux

Sur Facebook et Twitter, de nombreuses publications (notamment sur la page du polémiste Dieudonné) affirment que ces avocats vêtus de l'emblématique tenue soutiennent le mouvement et sont prêts à travailler "gratuitement" pour défendre les gilets jaunes. C'est faux.

Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018, sur la page du polémiste DieudonnéCapture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018, sur la page du polémiste Dieudonné

Cette photo a été prise le 15 novembre. "C'était pour une manifestation ponctuelle contre la réforme de la justice et en aucun cas une marque d'adhésion au mouvement des gilets jaunes", a déclaré à l'AFP Bordeaux le bâtonnier de Limoges, Abel-Henri Pleinevert. Le bâtonnier de Limoges s'est dit "étonné" par le fait que certains croient que ces avocats seraient "gratuits si l'on a des soucis avec la gendarmerie". 

Le numéro de téléphone indiqué donne sur une boîte vocale saturée. Le site indépendantiste breton 7seizh l'avait diffusé comme celui d'une "legal team" défendant les gilets jaunes, mais a supprimé son article. Le propriétaire du tel n'a pas répondu à l'AFP. 

Nos confrères du Populaire du centre ont évoqué cette manifestation dans un article du 15 novembre.

2/ Sept photos, et beaucoup de désinformation

Plus de 120.000 personnes ont partagé sur Facebook les 7 photos publiées par un dénommé "Serge Torion" qui s'en prend aux supposés "tabassages" par des CRS en France et au silence des "médias" sur le sujet.

Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018

Mais six de ces sept photos viennent directement contredire la légende qui les accompagne. 

Tout d'abord, deux d'entre elles (1 2) viennent d'Espagne, et ne concernent donc pas la France.

Trois d'entre elles ont été publiées par l'AFP ou diffusées sur Cnews, et l'une d'entre elles a été évoquée par l'AFP et Libération. Cela contredit l'idée d'un silence médiatique sur le sujet. 

Reste cette dernière photo, diffusée sur Facebook et qui d'après cet utilisateur Facebook aurait été prise à Clermont L'Hérault (Hérault) le 17 novembre.

3/ Une femme âgée frappée "sur ordre de Macron 1er" ? Faux

Plus de 33.000 personnes ont partagé une publication d'une "Aurélie Alibert" laissant entendre que la femme en photo a été frappée "sur ordre de Macron 1er".

Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018

La photo a en réalité été prise le 1er mai 2016 à Paris lors des manifestations contre la Loi Travail par le photographe franco-vietnamien Gaelic. Emmanuel Macron était alors ministre de l'Economie.

4/ Les trop nombreux pavés descellés sur BFM TV

Dimanche matin, à 8h23, un journaliste de BFM TV a évoqué "des zones totalement dépavées sur les Champs-Elysées, sur une centaine de 100m, plus aucun pavé, des pavés que les manifestants ont jeté sur les forces de l'ordre et sur les vitrines de certains magasins".

Interpellé sur Twitter, le journaliste a reconnu dans de multiples tweets "une erreur" dont il s'est dit "désolé", car l'absence de pavés à cet endroit résultait aussi de travaux : "Il y a eu des pavés enlevés" par les manifestants "mais pas autant", a expliqué le journaliste de la chaîne info.

Les reporters de l'AFP ont d'ailleurs aussi constaté sur place que des pavés avaient été descellés par les manifestants et projetés sur les forces de l'ordre. C'était visible par exemple dans les dernières secondes de cette vidéo AFP.

5/ Emmanuel et Brigitte Macron dansant deux jours avant la première manifestation des "gilets jaunes" ? Faux

Quatre millions de personnes ont vu cette vidéo diffusée le 19 novembre, 185.000 l'ont partagée.

Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018

Elle affirme montrer Emmanuel et Brigitte Macron dansant "il y a 4 jours", soit le 15 novembre. Elle est donc partagée deux jours après la première manifestation d'ampleur des gilets jaunes, en expliquant qu'elle est toute récente.

Elle est pourtant plus ancienne et date du 11 octobre, avant même le début du mouvement. Le couple présidentiel a esquissé quelques pas de danse sur de la musique traditionnelle à Erevan en Arménie, lors d'une réception en marge du sommet de la Francophonie. La scène a été captée puis diffusée sur Facebook par le ministre arménien de la Santé, Arsen Torosyan.

Dans cette publication Facebook erronée, la musique a aussi été changée. En lieu et place de la musique originale, c'est celle d'un artiste marocain qui a été "plaquée" sur la vidéo.

6/ Une vraie photo de la manifestation des Champs-Elysées

Plusieurs utilisateurs nous ont interpellé pour savoir si cette photo était bien vraie.

Elle est bien réelle, et a été prise par le photojournaliste Olivier Coret. On en retrouve trace sur le site Divergence-images.com

Le photojournaliste l'a confirmé sur Twitter.

L'auteur de la publication Facebook laisse entendre que la presse en France ne diffuserait pas de telles photos. Parmi de nombreuses photos de la manifestation sur les Champs-Elysées, l'AFP a pourtant diffusé une photo assez similaire quant à l'impression de foule.

Les Champs-Elysées à Paris, samedi 24 novembre 2018Les Champs-Elysées à Paris, samedi 24 novembre 2018 (Bertrand Guay / AFP)

7/ Un message de soutien d'un gendarme qui est déjà ancien

Cette photo a été publiée samedi en fin de journée sur Facebook et partagée déjà plus de 180.000 fois.

Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 26 novembre 2018

Problème : on retrouve trace de cette photo sur au moins deux pages web datées d'octobre 2016.

Sur une de ces deux pages, la photo est associée à une manifestation de policiers en colère qui s’était déroulée sur le parvis de Notre-Dame le 21 octobre 2016 comme le relate notamment ici BFMTV.

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EDIT : légende l'image de tête modifiée
Guillaume Daudin
Sami Acef
Grégoire Lemarchand
AFP Bordeaux