Vue de la manifestation de soutien au président de Gaulle qui s'est tenue sur la Champs Elysées à Paris le 30 mai 1968 pendant les événements de mai 1968 (AFP / -)

1934, dernière manif "autre que festive sur les Champs ?", selon Castaner -- Des centaines de milliers de Gaullistes marchaient sur les Champs en mai 68

Lors d'un point presse sur la mobilisation des "gilets jaunes" et les affrontements survenus aux Champs-Elysées samedi 24 novembre, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, a affirmé que "jamais" depuis "1934", une manifestation autre que festive avait été organisée sur la célèbre avenue. Pourtant une manifestation politique de soutien au général de Gaulle a eu lieu sur ces mêmes Champs-Elysées, au printemps 1968.

Voici la phrase en entier prononcée par le ministre : "Depuis 1934 jamais une manifestation autre que des manifestations festives ont été organisées sur ce site".

Les pavés de l'avenue mondialement reconnaissable sont effectivement battus pour célébrer des événements joyeux. Comme en juillet dernier, quand la foule s'est réunie pour fêter le titre remporté au Mondial de football en Russie (même si des affrontements avaient en partie entachés la célébration). 

Mais le 30 mai 1968, un important défilé s'était également massé sur les Champs pour une marche en soutien à la politique du général de Gaulle, au sortir d'un mois de mai marqué par les barricades et les grèves . Voici ce que nous écrivions à l'époque : 

Photographie d'une dépêche AFP du 30 mai 1968Photographie d'une dépêche AFP du 30 mai 1968
 

Au chant de la "Marseillaise", plusieurs centaines de milliers de personnes - certains avancent le chiffre d'un million - ont remonté en fin d'après-midi, à l'appel des Comités d'action pour la défense de la République, les Champs-Elysées, de la place de la Concorde à l'Etoile, durant près de trois heures. 

Hérissée de drapeaux tricolores et de banderoles, la foule massive en rangs serrés, devait ainsi déferler sur l'avenue la plus célèbre du monde, scandant des slogans tels que "La France au travail", "Avec nous les Français", "Le communisme ne passera pas", "De Gaulle De Gaulle", "Pompidou Bravo", et aussi des cris hostiles à l'endroit de François Mitterrand. 

Photographie d'une dépêche AFP du 30 mai 1968Photographie d'une dépêche AFP du 30 mai 1968
Photographie d'une dépêche AFP du 30 mai 1968Photographie d'une dépêche AFP du 30 mai 1968

 

Interrogé par l'AFP, l'Intérieur a déclaré que le parallèle avec "1934", fait par le ministre, découlait du fait que "pour cette journée de samedi nous étions sur une manifestation où il y avait des appels qui prenaient clairement pour cible les institutions", comme par exemple à "marcher sur l'Elysée" . 

"En 1968 on est clairement dans un mouvement de soutien (...) au général de Gaulle, on n'est pas dans le même contexte", a-t-on encore précisé. 

 

Pourquoi 1934 ? 

La date 1934 fait allusion à une manifestation du 6 février de cette année-là, soutenue par des ligues d'extrême droite, qui avait viré au bain de sang avec les forces de l'ordre, faisant 15 morts et plus de 300 blessés, selon l'historien Serge Berstein, interrogé par l'AFP en 2014, et auteur d'une histoire du "6 février 1934".

Elle est également venue nourrir une passe d'armes entre l'Intérieur et la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. 

"Sur Paris on voit une évolution, à l'appel de Marine Le Pen, qui avait invité les manifestants à venir sur les Champs-Elysées", avait notamment déclaré Christophe Castaner, reprochant à l'élue RN d'avoir incité les manifestants à se rendre sur les Champs. 

"J'ai interrogé le gouvernement vendredi pour connaître les raisons pour lesquelles les gilets jaunes ne pourraient pas manifester sur les Champs-Elysées. Je n'ai évidemment jamais appelé à quelque violence que ce soit", avait immédiatement rétorqué Madame Le Pen. 

Enfin pour être complet sur Paris, rappelons qu'en marge des incidents sur les Champs-Elysées, qui ont fait 31 blessés, et menés à 103 interpellations, plusieurs groupes ont aussi défilé place de la Madeleine, près de la Concorde.

Au Champs-de-Mars, seul endroit initialement autorisé par la préfecture, une centaine de "gilets jaunes" se sont rassemblés.

Sami Acef