Des messages privés du Dr Fauci relancent les infox liant vaccins anti-Covid et fausses couches
- Publié le 14 août 2026 à 16:04
- Lecture : 5 min
- Par : Marisha GOLDHAMER, AFP Etats-Unis
- Traduction et adaptation : Chloé RABS, AFP France
De nombreuses études et des millions de données ont démontré les bienfaits de la vaccination contre le Covid-19 chez les femmes enceintes. Mais, depuis des années, les vaccins sont faussement accusés d'être responsables d'une hausse des fausses couches. Ces théories ont récemment été relancées par la publication de conversations privées du médecin Anthony Fauci, qui avait orchestré la réponse de la Maison Blanche à la pandémie de Covid-19, des personnalités politiques américaines et des internautes l'accusant de promouvoir la vaccination malgré un risque connu.
"Des textos privés de Fauci viennent de sortir. Il savait que la 2e dose du vaccin COVID pouvait provoquer des fausses couches au 1er trimestre avec un taux de 82%", affirment de nombreux utilisateurs ces derniers jours sur les réseaux sociaux (1, 2, 3).
Ces messages font suite à la divulgation par le sénateur républicain américain Rand Paul de milliers de pages du journal intime de l'immunologiste Anthony Fauci, ainsi qu'à la publication par le sénateur républicain vaccinosceptique Ron Johnson de SMS extraits du téléphone professionnel du Dr Fauci (liens archivés ici et ici).
Le sénateur Rand Paul est à l'origine d'une initiative au sein de la commission sénatoriale de la Sécurité intérieure visant à enquêter sur les origines du Covid-19, et notamment sur le rôle d'Anthony Fauci. Pendant plusieurs décennies, ce dernier a été l'un des principaux experts américains des maladies infectieuses, travaillant sous les présidences de Donald Trump et de Joe Biden.
Les publications sur les réseaux sociaux relaient souvent une capture d'écran d'un échange de SMS daté du 25 janvier 2021, concernant la vaccination contre le Covid-19 pendant la grossesse. La conversation réunit Anthony Fauci, Vivek Murthy - alors conseiller du gouvernement américain en matière de santé publique - et Rochelle Walensky - à l'époque directrice des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC).
Dans cet échange, le Dr Fauci écrit : "Étant donné que de nombreuses personnes présentent une tempête cytokinique importante et de la fièvre après la deuxième dose, cela pourrait théoriquement être associé à une fausse couche au cours du premier trimestre."
Historiquement, les femmes enceintes ont toujours été exclues des premiers essais cliniques évaluant la sécurité des nouveaux médicaments et vaccins.
Ce fut ainsi le cas lorsque les laboratoires Pfizer et Moderna ont commencé à tester leurs vaccins contre le Covid-19. Les données de sécurité dont disposaient le Dr Fauci et d’autres responsables de santé publique restaient donc limitées au moment de cette conversation, en janvier 2021, au sujet d'un risque théorique et non prouvé.
Dans le même échange, Anthony Fauci indiquait également, le 26 janvier, qu'"aucun problème" n'avait été constaté chez les plus de 10.000 femmes enceintes vaccinées à cette date. Il précisait également que les études toxicologiques menées sur des animaux n’avaient soulevé aucun "signal d’alerte".
Il existe désormais plus de cinq ans de données disponibles démontrant que les vaccins contre le Covid-19 ne sont pas associés à un risque accru de fausse couche. Dans une mise à jour datant de septembre 2022, l'agence de sécurité du médicament (ANSM) indique que la vaccination contre le Covid-19 est "fortement recommandée pour les femmes enceintes" et que "les données portant sur d’importants effectifs n’indiquent pas d’augmentation du risque de fausse couche en cas d’exposition en début de grossesse" (lien archivé ici).
Aux Etats-Unis, malgré les modifications très critiquées apportées en 2025 aux recommandations vaccinales des CDC, sous l’égide du ministre de la Santé vaccinosceptique Robert F. Kennedy Jr, le site indique toujours, au 14 août 2026 : "Des études n’ont montré aucune augmentation du risque de complications telles que les fausses couches, les accouchements prématurés, les mort-nés ou les malformations congénitales" (lien archivé ici).
Ainsi, une étude publiée en 2023 sur les grossesses aux États-Unis et au Canada a conclu que "la vaccination contre la Covid-19 chez l’un ou l’autre des partenaires à tout moment avant la conception n’est pas associée à une augmentation du taux de fausses couches" (lien archivé ici).
Le Collège américain des obstétriciens et gynécologues indique également qu'"une revue systématique et une méta-analyse de 2024 portant sur 177 études impliquant 631.957 femmes enceintes n’ont révélé aucun problème de sécurité lié à la vaccination contre la Covid-19 pendant la grossesse" (liens archivés ici et ici).
15% de fausses couches
Concernant le "taux de fausses couches de 82 %" chez les personnes vaccinées au cours du premier trimestre de grossesse, largement repris sur les réseaux sociaux, ce chiffre semble provenir d’un document remis à la sous-commission permanente d’enquête du Sénat par James Thorp, un gynécologue américain qui a déjà relayé de fausses informations sur la vaccination contre le Covid-19, comme l'a montré l'AFP.
Dans ce document, le gynécologue fait référence à une analyse, publiée le 21 avril 2021 dans la revue New England of Medecine. Celle-ci portait sur des participantes enceintes inscrites au registre V-safe du gouvernement américain, à une période où les vaccins contre le Covid-19 commençaient à être largement disponibles (lien archivé ici).
Les auteurs faisaient initialement état d'un taux de fausses couches de 12,6%, comparable à celui observé dans la population générale, où environ 15% des grossesses se terminent par une fausse couche, dont la majorité survient au cours des 12 premières semaines (lien archivé ici).
Le chiffre de 82% provient, lui, d'un calcul erroné à partir des données brutes de cette analyse, ont expliqué plusieurs experts dans des articles de vérification de l'AFP et d'autres médias ici ou ici.
Ce chiffre n'apparaît pas dans l'étude : il a été obtenu en excluant les personnes encore enceintes ou ayant reçu le vaccin au cours de leur troisième trimestre, ce qui fausse le calcul du risque réel.
En septembre 2021, les auteurs de l'analyse ont publié des données actualisées, confirmant que le risque de fausse couche restait conforme à celui observé avant la pandémie (lien archivé ici).
De plus, de nombreux médecins ont depuis souligné que le taux de naissances vivantes aurait chuté de manière spectaculaire si, comme l’affirment ces publications, 82% des femmes enceintes vaccinées avait fait une fausse couche (liens archivés ici et ici).
Au contraire, les agences sanitaires soulignent que le risque de complications pendant la grossesse est davantage associé à l'infection par le Covid-19 : "Les femmes enceintes ayant contracté la Covid-19 ont plus de risques que la population générale de développer une forme grave de la maladie, d’être admises en réanimation et de nécessiter une assistance respiratoire. Par exemple, elles ont quatre fois plus de risques d’être admises en soins intensifs que les femmes du même âge qui ne sont pas enceintes. Et ce risque augmente au fil de la grossesse", écrit l'ANSM.
"Les risques concernent également leurs nouveau-nés avec une augmentation du risque d’admission en soins critiques, de prématurité, de perte fœtal et de décès in utero", poursuit l'agence sanitaire.
L'AFP Factuel a déjà consacré de nombreux articles de vérification aux vaccins contre le Covid-19 et les risques de fausses couches, comme ici ou ici.
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