Non, cette étude ne prouve pas que les vaccins augmentent les risques de maladies neurodégénératives

La démence n'a pas d'origine unique, mais résulte de diverses maladies et lésions au cerveau. Certaines études ont montré un possible effet bénéfique des vaccins contre la démence, en permettant de diminuer le risque d'infections. Mais sur les réseaux sociaux, des publications affirment, au contraire, qu'une étude prouve que les vaccins augmenteraient considérablement le risque de maladies neurodégénératives. Cependant, il s'agit d'une interprétation trompeuse de l'étude, déplore l'un des auteurs à l'AFP. Si les chercheurs n'ont pas réussi à confirmer le potentiel effet bénéfique analysé, de nombreuses limites empêchent de déduire de l'étude que les vaccins augmentent les risques de démence.

"Les vaccins pour adultes (grippe, pneumocoque, zona, tétanos, diphtérie, coqueluche) augmentent le risque de DÉMENCE de +38 % et d’ALZHEIMER de +50 %… pendant 10 ANS", affirment de nombreux internautes dans des publications sur les réseaux sociaux (1, 2, 3).

"Et plus tu en fais… plus le risque explose : 1 dose → +26 % 2-3 doses → +32 % 4-7 doses → +42 % 8-12 doses → +50 %  13 doses et + → +55 %", poursuivent-ils, traduisant les propos tenus en anglais par Nicolas Hulscher dans une vidéo publiée plusieurs fois ces derniers mois sur ses réseaux sociaux, dont le plus récemment le 9 juillet 2026.

Nicolas Hulscher est un épidémiologiste qui publie régulièrement de fausses informations, notamment sur les vaccins (1, 2, 3). Il se présente également comme "administrateur" de la "fondation" de Peter McCullough - connu également pour ses positions anti-vaccins, comme expliqué dans cet article de vérification de l'AFP. 

Image
Capture d'écran d'une publication sur X, réalisée le 20/07/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Dans sa vidéo, M. Hulscher explique citer "la plus grande étude unique jamais menée sur les vaccins et la démence", en affichant le nom et les auteurs à l'écran.

Cependant, cette étude ne "prouve" pas que les vaccins augmentent les risques de maladies neurodégénératives, comme l'explique à l'AFP l'un de ses auteurs, qui déplore une interprétation trompeuse.

"Hypothèse des maladies infectieuses"

Publiée en mai 2023 dans la revue The Journal of infectious diseases (lien archivé ici), l'étude menée notamment par Antonios Douros - professeur de pharmacoépidémiologie - visait à évaluer "si les vaccins courants étaient associés à une diminution du risque de démence chez les personnes âgées de 50 ans ou plus", explique-t-il à l'AFP.

"Notre raisonnement reposait sur ce que l’on appelle +l’hypothèse des maladies infectieuses+, qui suggère un lien entre un large éventail d’agents pathogènes infectieux et le développement de la démence. Nous avons donc émis l’hypothèse que les vaccins pourraient réduire le risque de démence en prévenant les maladies infectieuses", détaille-t-il, comme il l'a aussi précisé à nos confrères des Surligneurs.

La démence est une maladie "qui altère la mémoire, la pensée et la capacité à réaliser des tâches quotidiennes" et qui a pour origine "de nombreuses affections qui entraînent des lésions cérébrales", détaille l'Organisation mondiale de la santé (lien archivé ici).

Certains facteurs augmentent le risque de démence comme "l’hypertension artérielle, le diabète, le surpoids ou l’obésité, la dépression", "le tabagisme, l’usage nocif de l’alcool" ou encore "la pollution de l'air".

La démence peut aussi avoir pour origine "plusieurs maladies qui, au fil du temps, entraînent des lésions cérébrales généralement responsables d’un déclin cognitif plus important que celui lié au vieillissement physiologique".

En effet, "nous avons des données expérimentales montrant que des infections peuvent augmenter la gravité de certaines démences dégénératives ou accélérer la progression de la maladie. Cela fait sens biologiquement car on sait qu'il y a des composantes immunitaires dans le cerveau, qui participent à l'émergence de ces maladies et peuvent être amplifiée par des infections", explique à l'AFP Guillaume Dorothée, directeur de recherche à l'Inserm et responsable de l'équipe "Neuroimmunologie, Inflammation et Thérapeutiques" au Centre de Recherche de Saint-Antoine à Paris.

"En miroir, une hypothèse logique est que si on vaccine et donc protège les gens contre ces infections, sur le long terme, on diminue ainsi des facteurs inflammatoires qui contribuent à l'émergence des démences", développe-t-il.

Voulant tester cette hypothèse, les chercheurs dont M. Douros ont constitué une cohorte populationnelle d’individus indemnes de démence âgés de 50 ans et plus, issus de la base de données britannique Clinical Practice Research Datalink (CPRD) entre 1988 et 2018.

"Nous avons analysé environ 200.000 cas de démence comparés à environ 1,6 million de témoins ne présentant pas de démence ; les cas et les témoins ont été identifiés au sein d’une cohorte plus large comprenant environ 13,3 millions de personnes au Royaume-Uni", indique le  professeur de pharmacoépidémiologie.

Les chercheurs ont ensuite analysé l’association entre une liste de vaccins et l’apparition de démences et ont mesuré un "rapport de chances" (odds en anglais) - une mesure statistique complexe, qui mesure "la probabilité que quelque chose se produise en fonction de l'exposition à un certain facteur, comparé à la probabilité que cela se produise sans l'exposition à ce facteur", comme expliqué ici (en anglais). 

Attention, il s'agit donc d'une association statistique et non d'une réelle augmentation du risque de développer une démence - d'autres facteurs devant être pris en compte pour établir une relation causale.

Dans le détail, les chercheurs ont observé que "l'exposition à des vaccins courants par rapport à l'absence de vaccination, a été associée à un risque accru de démence" avec un rapport de chance de 1,38. Cette augmentation du risque concerne principalement la vaccination contre la grippe et contre le pneumocoque avec un rapport de chance mesuré s'élevant respectivement à 1,39 et à 1,12.

Les chercheurs n'ont cependant trouvé aucune association entre l'apparition de démences et la vaccination contre le tétanos et la coqueluche et une légère diminution du risque de démence pour la vaccination contre le zona.

Les chiffres partagés par Nicolas Hulscher et dans les publications que nous observons proviennent ainsi bien de l'étude, mais l'interprétation réalisée est "problématique et trompeuse", dénonce Antonios Douros.

Image
Une femme atteinte de la maladie d'Alzheimer, dessine le contour de sa main dans le cadre d'une activité organisée à la maison d'accueil "Les Papillons de Marcelle", à Arles, dans le sud-est de la France, le 9 mai 2023. (AFP / CLEMENT MAHOUDEAU)

"Plusieurs limites potentielles"

Les auteurs précisent directement dans l'étude que l'augmentation du risque observée était "inattendue" et que "compte tenu de l'absence de tout fondement biologique établissant un lien entre la vaccination et un risque accru de démence, et au vu de l'ensemble de nos résultats, nous estimons que des facteurs de confusion non mesurés et un biais de détection tardive constituent les explications les plus plausibles".

En effet, Antonios Douros explique que l'étude présente "plusieurs limites potentielles en raison de la complexité de la question posée".

La première limite, le risque de facteurs de confusion non mesurés, correspond aux différences de caractéristiques entre les personnes vaccinées et non-vaccinées et qui peuvent "entraîner des estimations biaisées".

"Bien que nous ayons pris en compte, dans nos analyses statistiques, de nombreux facteurs pertinents disponibles dans nos données, d’autres facteurs de confusion (par exemple, la fragilité) n’étaient pas disponibles et n’ont donc pas pu être pris en compte", explique l'auteur.

La seconde limite, le biais de détection, fait référence au fait que les personnes vaccinées pourraient avoir une probabilité plus élevée d’être diagnostiquées comme atteintes de démence "simplement parce qu’elles sont examinées plus régulièrement par des médecins", ajoute-t-il.

Ainsi, les auteurs concluent que "nos résultats ne permettent pas de conclure que la vaccination joue un rôle dans la prévention de cette maladie neurodégénérative" et que "l'augmentation du risque observée est probablement due à des facteurs de confusion non mesurés et à un biais de détection".

De son côté, Guillaume Dorothée alerte aussi sur une "lecture biaisée" de l'étude dans les publications que nous examinons sur les réseaux sociaux, alors que les auteurs "sont très clairs et prudents, ne concluant que sur le fait qu'ils n'ont pas réussi à revalider un effet bénéfique de la vaccination".

A l'inverse, plusieurs études épidémiologiques (lien archivé ici) ont montré que des vaccins contre le tétanos, la pneumonie ou encore le zona pouvaient diminuer le risque de développer la maladie d'Alzheimer.

Cette étude par exemple, publiée dans la revue Nature en avril 2025 (lien archivé ici), montrait que la vaccination contre le zona pourrait réduire de 20% le risque de développer une démence chez les personnes de plus de 65 ans.

L'AFP Factuel a déjà fait de nombreux articles de vérification concernant les vaccins, que vous pouvez retrouver ici.

Vous souhaitez que l'AFP vérifie une information?

Nous contacter