Cette vidéo filmée au Mozambique n'a pas de lien avec les violences commises contre les civils en RDC
- Publié le 10 août 2026 à 11:45
- Lecture : 5 min
- Par : Monique NGO MAYAG, AFP Sénégal
En République démocratique du Congo, une partie de l'est du pays est contrôlée depuis janvier 2025 par le groupe armé antigouvernemental M23 et ses alliés. Ces forces sèment la "terreur" parmi les civils à coup d'assassinats et de tortures sexuelles, dénonçaient mi-juillet des experts de l'ONU. C'est dans ce contexte que des internautes congolais diffusent sur les réseaux sociaux une vidéo qui montrerait selon eux le meurtre d'un civil par le M23 dans la région de Goma. Mais c’est faux : ces images ont été tournées au Mozambique et montrent la police mozambicaine tuer un homme qu'ils essayaient d'arrêter.
L'est de la République démocratique du Congo (RDC), riche en ressources minières et frontalier du Rwanda, est en proie à un conflit armé depuis près de trois décennies (lien archivé ici).
Depuis le début de l'année 2025, de vastes portions des provinces orientales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont sous le contrôle du groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par les forces rwandaises (Rwanda Defense Force, RDF) et l'Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire (lien archivé ici).
Plusieurs ONG et organismes internationaux ont dénoncé les exactions commises par ces groupes armés rebelles. Des experts indépendants de l’ONU ont ainsi accusé mi-juillet le M23 d’imposer un "règne de la terreur" dans l’est de la RDC, dénonçant des violences contre les civils, dont des actes de tortures, des violences sexuelles et des détentions arbitraires (liens archivés ici et ici).
C’est dans ce contexte que de nombreux internautes partagent une vidéo dont ils affirment qu'elle montrerait un civil violemment battu puis tué à bout portant par le groupe antigouvernemental M23.
"Goma. Voici la cruauté que les éléments AFC/M23-RDF font subir à la population", assure ainsi la publication d'un compte Facebook soutenant le gouvernement congolais, repartagée près de 2.000 fois depuis le 20 juillet [attention, images violentes].
Le post met en avant une vidéo de 39 secondes, où l'on voit un homme en tee-shirt rouge être roué de coups par un groupe d’individus, dont certains sont encagoulés et d'autres portent ce qui ressemble à des uniformes de police. Il est ensuite abattu à bout portant par un homme en civil, sous le regard médusé puis affolé des personnes dans la salle.
Cette séquence est largement partagée et commentée sur Facebook, Instagram et X, surtout en RDC.
Cependant, plusieurs internautes soupçonnent en commentaire une manipulation ou signalent une vidéo sortie de son contexte.
Leurs doutes sont fondés : cette séquence ne montre pas des exactions du M23 dans l'est de la RDC. Elle a en réalité été filmée au Mozambique, et dévoile une potentielle bavure policière.
Indices visuels pointant vers le Mozambique
Tout d'abord, en observant de près la vidéo, on remarque certains indices qui nous font fortement douter du fait qu'elle aurait été tournée en RDC.
Ainsi, le gilet pare-balles porté par l'un des hommes est floqué de l’inscription "Polícia" au dos, le terme portugais désignant la police. Or, le portugais n'est quasiment pas parlé en RDC, où les langues principales sont plutôt le français, le lingala et le swahili.
Les seules paroles qu'on entend dans la vidéo sont d'ailleurs prononcées en portugais : "Eh caralho", c'est-à-dire "Oh putain", est répété plusieurs fois au cours de la séquence. Il existe en Afrique au total six pays lusophones : l'Angola, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Mozambique et São Tomé e Príncipe.
On compare donc la tenue vert olive des hommes sur la vidéo virale à celles des polices de ces six pays lusophones. Il s'avère que cet équipement présente des similitudes avec les tenues portées par certains agents de la police de la République du Mozambique (PRM), visibles par exemple dans cette image publiée le 3 février 2026 sur le compte Facebook de la police mozambicaine (lien archivé ici).
Une photo illustrant un article du média français RFI consacré aux violences policières au Mozambique montre également un agent portant une tenue comparable (lien archivé ici).
Contacté par AFP Factuel, le vidéaste de l'AFP au Mozambique est lui formel : "l’uniforme appartient à notre police d’intervention", a confirmé Emídio Josine, basé à Maputo.
Il indique d'ailleurs avoir reconnu d'emblée la vidéo et assure qu'elle a "effectivement été tournée au Mozambique", où elle a fait le tour de la presse et constitue le point de départ d'investigations au sein de la police.
Intervention de police au Mozambique
Une recherche d'images inversée réalisée sur Google à partir de scènes clés de la vidéo virale nous redirige en effet vers des dizaines d'articles en portugais publiés par des médias basés au Mozambique (MBC TV Mozambique, Agence nationale de presse mozambicaine, TV Miramar, etc.) qui contiennent cette séquence (liens archivés ici, ici et ici).
Tous ces articles, publiés un tout petit peu avant la reprise de la vidéo en RDC, sont consacrés à l'exécution d'un homme par la police mozambicaine, survenue le 18 juillet 2026 dans un débit de boissons à Xinavane, dans le district de Manhiça (province de Maputo). L'homme, identifié comme Narciso Sambo, alias "Macovo", était un criminel présumé avec un casier judiciaire. La police l'a tué lors de son arrestation, alors qu'il était déjà maîtrisé et à terre.
La vidéo qui nous intéresse montre précisément cette scène, capturée par un témoin oculaire. Ces images, reprises largement "sur les réseaux sociaux, dépeignent un acte d'une extrême cruauté" et "soulèvent de graves questions quant (...) à la proportionnalité de l'action policière", jugeait l'agence nationale de presse mozambicaine dans son article (lien archivé ici).
Cette vidéo est aussi reprise par Amnesty International, qui précise qu'elle a été "authentifiée par la police mozambicaine". Dans un communiqué daté du 21 juillet, l'ONG dénonce une "exécution" et "violation flagrante du droit à la vie", soulignant qu'il ne s'agit "pas d'un cas isolé de recours illégal à la force par la police mozambicaine" (lien archivé ici).
Face au tollé généré par ces images violentes, la police mozambicaine a dit "regretter profondément (...) l'issue fatale de cette opération". Dans un communiqué, elle a promis qu'une "enquête sera menée sans délai" et que "des procédures disciplinaires et/ou pénales seraient engagées pour établir pleinement les responsabilités" de chacun (lien archivé ici).
La vidéo que nous vérifions ici montre donc bien l'exécution d'un homme au Mozambique, où elle a constitué le point de départ "d'une vive indignation publique en raison de la violence de l'acte" qu'elle montre, selon l'expression de l'agence nationale de presse mozambicaine.
Elle a en effet fait réagir de nombreux organisations de la société civile, dont le Centre pour la démocratie et les droits humains, ainsi que l’Ordre des avocats du Mozambique (liens archivés ici et ici).
La séquence n'a donc aucun rapport avec la situation sécuritaire dans l'est de la RDC. L'AFP vérifie régulièrement des vidéos décontextualisées ou images manipulées dans le cadre du conflit en RDC, comme ici, ici et ici.
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