Non, tous les particuliers qui pêchent ne devront pas déclarer leurs prises

Les particuliers pêchant en bord de mer ou en pleine mer pour leur loisir doivent désormais s'enregistrer auprès des autorités et déclarer certaines de leurs prises sur une application dédiée. Objectif : mieux gérer les ressources halieutiques, fait valoir son initiatrice, l'Union européenne. Mais des internautes assurent que toutes les activités de pêche de loisir, en mer comme dans les rivières ou les lacs, seront concernées, ainsi que toutes les espèces de poissons. Mais attention : le ministère français chargé de la Mer et la Pêche a expliqué que ces obligations concerneraient les seuls pêcheurs particuliers en mer, et certaines espèces considérées comme "sensibles".

"Adieu la paisible activité de pêcheur à la ligne lors des après-midis d'été de la Douce France. Désormais la Commission [européenne, NDLR] exige que chaque pêcheur s'enregistre préalablement sur une application" et "notifie chaque séance de pêche, le nombre et le nom des poissons pêchés !", lance François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine (UPR), parti souverainiste qui prône la sortie de la France de l'UE, dans un post diffusé le 14 janvier 2026.

Florian Philippot, président des Patriotes, également hostile à l'UE, y voit pour sa part un "nouveau délire européiste", dans un post publié sur X le 11 janvier 2026 et partagé plus de 2.000 fois. Comme François Asselineau, il est un relais récurrent de désinformation, comme l'AFP l'a vérifié précédemment (1, 2).

Tous deux relaient cette fois des articles ou reportages, en omettant de préciser que leur contenu évoque la pêche sur le domaine maritime.

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Capture d'écran, réalisée le 16 janvier 2026, d'une publication sur X. Croix rouge ajoutée par l'AFP

Ces allégations sont partagées également sur Facebook et TikTok : "Tu crois vraiment que les pêcheurs ils vont déclarer ce qu'ils prennent ? [...] Et si tu les obliges à le faire, ils vont noter les trucs au pif, avec quatre poissons chats, un brochet, trois carpes", commente un utilisateur de cette plateforme en évoquant des poissons de rivières et lacs.

D'autres publications assurent qu'une fois déclarées les prises seront "taxées". Mais c'est faux.

Quant à l'allégation d'une obligation générale de déclaration, elle est trompeuse : seuls les particuliers pêchant en bord de mer ou en pleine mer devront s'enregistrer auprès des autorités, puis déclarer certaines espèces définies comme "sensibles".

Pêche en eau douce pas concernée

L'article 55 d'un règlement européen de 2023 prévoit l'enregistrement obligatoire des pêcheurs de loisir des Etats membres dans le domaine maritime et la déclaration de certaines de leurs captures (liens archivés ici et ici). L'objectif est une meilleure connaissance des pratiques et un suivi des prélèvements sur les populations d'espèces considérées comme "sensibles", rappelle la Commission européenne sur son site (lien archivé ici).

En France, un arrêté de novembre 2025 a précisé les modalités d'exercice de la pêche de loisir "en mer", définie comme étant une pêche "embarquée", "sous-marine", ou réalisée "depuis le bord et à pied sur l'estran [zone découverte à marée basse, NDLR]". "La pêche de loisir inclut aussi la remise à l’eau immédiate des poissons vivants (pêcher-relâcher)", précise le ministère chargé de la Mer et de la Pêche sur son site internet (lien archivé ici).

La déclaration de l'activité devra être réalisée tous les douze mois. Cette obligation d'une part, et celle de déclarer ses prises d'autre part, concernent la façade atlantique, la zone Manche et mer du Nord, ainsi que la Méditerranée (les pêcheurs à pied sur l'estran ne sont pas concernés dans cette dernière zone - liens archivé ici).

Par exemple, pour la zone Manche et Mer du Nord, quatre espèces sont citées dans la liste 2026 de celles à déclarer diffusée en début d'année : le lieu jaune (Pollachius pollachius), le bar (Dicentrarchus labrax), le thon rouge (Thunnus thynnus) et la dorade rose (Pagellus bogaraveo). 

"Cela ne concerne pas toutes les espèces", a confirmé le ministère chargé de la Mer et de la Pêche à l'AFP le 16 janvier 2026.

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Capture, réalisée le 16 janvier 2026, d'une partie d'une notice du ministère de la Mer détaillant les modalités de déclaration des poissons pêchés par les particuliers

La ministre de la mer Catherine Chabaud a annoncé le 17 février dans Ouest France qu'une espèce supplémentaire, le maquereau, serait incluse dans cette liste, avec un quota de "cinq par jour et par personne" pour ce poisson (lien archivé ici). Pour l'Atlantique, la liste des espèces à déclarer comprend donc "le maquereau, le lieu jaune, le bar, le thon rouge et la dorade rose", a-t-elle résumé, en précisant qu'un arrêté serait publié "d'ici quelques jours".

Pour cette espèce, l'objectif est d'éviter de concurrencer les pêcheurs professionnels alors que les quotas de pêche du maquereau pour 2026 au niveau européen ont été réduits drastiquement sur un  an (-70%). 

L'enregistrement des pêcheurs et la déclaration de leurs prises ne concerne donc que les prélèvements réalisés en mer ou bord de mer : les textes et documents officiels disponibles en ligne ne mentionnent pas de déclaration pour la pêche des particuliers en rivière ou dans les lacs.

C'est ce que confirme la Fédération nationale de la pêche en France, qui chapeaute la seule pêche en eau douce (lien archivé ici).

Cette obligation européenne "ne concerne pas la pêche en eau douce", a indiqué la fédération à l'AFP le 16 janvier 2026. Et de rappeler que s'ils ne sont pas soumis à cette nouvelle règle, les pêcheurs en eau douce restent soumis à l'obligation d'avoir une carte de pêche (contrairement aux pêcheurs en mer) et de se conformer aux réglementations nationale et locales en vigueur (lien archivé ici).

Sanctions

Les textes organisant l'obligation d'enregistrement individuel et de déclaration des prises ne prévoient pas non plus de taxe.

La mesure est entrée en vigueur le 12 février, a indiqué Catherine Chabaud dans Ouest France, soit avec un mois de retard - elle était initialement prévue pour le 10 janvier 2026 mais avait été repoussée en raison de "difficultés techniques" de la Commission européenne à "mettre en ligne l'application européenne RecFishing" censée recueillir les déclarations, avait annoncé le ministère le jour même (lien archivé ici).

L'application RecFishing opérationnelle, le ministère promet que les contrôles pour l'année 2026 auront une "vocation pédagogique" (lien archivé ici). "Dans les premiers mois, la priorité sera à l'accompagnement et à l'explication", a-t-il confirmé à l'AFP.

Mais à terme le non-respect de l'obligation de déclaration de son activité et des espèces sensibles pêchées entraînera des sanctions, "notamment en cas de récidive". Les manquements seront passibles d'une amende conformément à l'article L. 946-1 du Code rural et de la pêche maritime - notamment un montant d'un maximum de cinq fois la valeur des poissons capturés. 

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Extrait de l'article L. 946-1 du Code rural et de la pêche maritime

"Chaque infraction peut être punie séparément, donc plusieurs oublis ou fautes peuvent entraîner plusieurs amendes", souligne le ministère.

La désinformation autour des réglementations européennes est récurrente sur les réseaux sociaux, comme l'AFP l'a vérifié à plusieurs reprises, par exemple iciici, ici.

A l'automne 2025, le ministère français de la Transition écologique avait démenti une rumeur sur une supposée obligation imposée par le gouvernement aux promeneurs de porter des gilets fluos en période de chasse.

Actualisé avec l'annonce par la ministre de la Mer Catherine Chabaud de quotas pour le maquereau et du lancement de la plateforme de déclaration RecFishing le 12 février 2026 aux 12e, 13e et 18e paragraphes
17 février 2026 Actualisé avec l'annonce par la ministre de la Mer Catherine Chabaud de quotas pour le maquereau et du lancement de la plateforme de déclaration RecFishing le 12 février 2026 aux 12e, 13e et 18e paragraphes

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