Ces photos ne montrent pas Renée Good, l'Américaine tuée par un policier de l'ICE à Minneapolis
- Publié le 14 janvier 2026 à 17:26
- Lecture : 7 min
- Par : Bill MCCARTHY, AFP Etats-Unis
- Traduction et adaptation : Cintia NABI CABRAL , AFP France
La mort de Renée Nicole Good, une mère de famille américaine abattue le 7 janvier, alors qu'elle se trouvait dans sa voiture lors d'une opération de la police fédérale de l'immigration (ICE) à Minneapolis, a suscité une forte émotion aux Etats-Unis. Dans la foulée, des internautes se sont empressés de publier des photos de la victime. Mais parmi les images qui circulent en ligne, figurent des photos de deux femmes sans lien avec l'affaire : celles de l'écrivaine Gabriela Szczepankiewicz et de l'ancienne catcheuse de la WWE, Renee Paquette.
Depuis décembre 2025, des opérations d'envergure sont menées par la police fédérale de l'immigration (ICE) aux Etats-Unis. Le 6 janvier 2026, environ 2.000 policiers ont ainsi été envoyés à Minneapolis et dans sa banlieue, pour mener une série d'arrestations (liens archivés ici et ici).
C'est au cours de l'une de ces opérations, le 7 janvier, que Renée Good, 37 ans, a été tuée par balles au volant de sa voiture par un agent de l'ICE (lien archivé ici). Cette mère de famille participait à une action pour gêner une opération des agents fédéraux.
A la suite de ce décès, Donald Trump a immédiatement défendu la thèse de la légitime défense du policier, une version fermement contestée par les démocrates et la mairie de la ville notamment, vidéos à l'appui. La mort de Renée Good a déclenché une vague de manifestations à l'échelle nationale - notamment à Minneapolis, New York, Los Angeles et Boston -, tandis que le gouvernement américain a annoncé, le 11 janvier, l'envoi de "centaines" d'agents fédéraux supplémentaires à Minneapolis.
Dans les heures ayant suivi la mort de Renée Good, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre de vifs débats et de spéculations concernant ses opinions politiques et sa vie privée.
Dans ce contexte, plusieurs images, présentées comme des photos de la victime, ont largement circulé en ligne. L'AFP a pu vérifier certains de ces clichés.
Une image décontextualisée
"Renee Nicole Good est la citoyenne américaine qui a été abattue aujourd'hui par l'ICE à #Minneapolis, alors qu'elle ne représentait pas de menace pour les agents au moment des faits", peut-on lire dans une publication X, partagée des centaines de fois depuis le 7 janvier. Le message est accompagné de la photo d'une femme aux cheveux courts teints en rose, portant du rouge à lèvres et un pull vert olive.
Des publications similaires, associant ce même cliché au nom de Renée Good, circulent dans plusieurs langues, notamment en anglais, en chinois, en espagnol, en polonais, et en portugais.
D'une part, certains internautes utilisent cette photo pour rendre hommage à la victime. D'après le média de vérification Snopes, cette image a même été imprimée et apposée sur une pancarte brandie lors d'une manifestation à Chicago, réclamant "justice" pour la mort de la mère de famille (lien archivé ici).
D'autre part, des internautes anglophones favorables à l'intervention de l'agent de l'ICE ont détourné cette image dans des mèmes moqueurs ou ont eu recours à l'intelligence artificielle (IA) pour générer de nouvelles représentations, comme l'a vérifié l'AFP. Selon des experts contactés par l'AFP, ces créations contribuent à la déshumanisation et à la sexualisation de la victime (lien archivé ici).
Certaines publications comprennent des montages dénudant la femme, réalisés à l'aide d'une nouvelle fonction d'édition de l'outil d'IA Grok, développé par l'entreprise d'Elon Musk, une pratique qui suscite une vive inquiétude à l'échelle internationale (lien archivé ici).
D'autres images la représentent de manière particulièrement violente, notamment sous la forme d'une fontaine laissant jaillir de l'eau d'un trou dans son cou, ou allongée au sol, le cou maintenu sous le genou d'un agent. Cette mise en scène rappelle la mort de George Floyd en 2020, à Minneapolis, asphyxié lors de son arrestation par un policier blanc (lien archivé ici).
Avertissement sur le contenu
Mais la femme figurant sur ces images - qu'elles soient authentiques ou générées par IA - n'est pas Renée Good. La véritable photographie de cette dernière a été publiée par plusieurs médias américains, dont le Minnesota Star Tribune (lien archivé ici).
Des recherches d'images inversées ont permis à l'AFP d'identifier la personne dont l'image a été détournée : il s'agit de l'écrivaine Gabriela Szczepankiewicz.
La confusion semble provenir d'une publication Facebook datée du 1er avril 2020, émanant du département d'anglais de l'université Old Dominion, dans laquelle Gabriela Szczepankiewicz (une camarade de classe de la victime) et Renée Good sont toutes deux mentionnées, leurs photographies apparaissant côte à côte (lien archivé ici).
Ce post annonçait les lauréats du Prix de poésie de l'université pour l'année 2020 : Gabriela Szczepankiewicz y recevait une mention honorable au niveau licence, tandis que l'œuvre de Renée Good était désignée lauréate dans la même catégorie (liens archivés ici et ici).
La publication mentionne Renée Good sous le nom de "Renée Nicole Macklin", car auparavant, elle été mariée à Timmy Ray Macklin Jr., décédé en 2023, selon le Minnesota Star Tribune.
Dans un communiqué daté du 7 janvier 2026, le président de l'université Old Dominion a déclaré que Renée Good - qu'il désigne comme "Renee (Macklin) Good" - a obtenu, en décembre 2020, un diplôme en anglais (lien archivé ici).
Par ailleurs, une conversation vidéo diffusée sur YouTube en 2024, entre Gabriela Szczepankiewicz et Anders Nolan, maître de conférences à l'université Old Dominion, affirme qu'elle a obtenu son diplôme en 2021 en écriture créative et en anglais (liens archivés ici et ici).
Enfin, un site web ayant publié un poème de Gabriela Szczepankiewicz la présentait également, à l'époque, comme étudiante de cet établissement (lien archivé ici).
"Mauvaise Renee"
D'autres publications sur les réseaux sociaux affirment montrer des photos de Renée Good avec ses enfants.
"Elle s'appelait Good. Elle a été assassinée par les hommes de ICE. Pour l'administration Trump qui nie ce meurtre, cette femme, cette maman, était 'une dangereuse terroriste'. Mais qui peut croire une telle saloperie ? #minneapolis Partageons sa photo parce que les complices détestent ça !", affirme notamment un internaute sur Facebook, dans une publication partagée des centaines de fois depuis le 9 janvier.
Des messages similaires circulent sur Facebook et Threads, et ce dans plusieurs langues, notamment en anglais, en espagnol, en polonais, et en portugais.
Mais la femme visible sur ces photos n'est pas Renée Good : il s'agit en réalité de Renee Paquette, une ancienne catcheuse de la WWE - la principale ligue de catch aux Etats-Unis -, connue du public sous le nom de "Renee Young" (lien archivé ici).
Renee Paquette a d'ailleurs réagi directement sous l'une des publications erronées en anglais, afin de rétablir les faits : "Mauvaise Renee. Mes condoléances à sa famille", a-t-elle écrit sur X le 8 janvier (lien archivé ici).
La photo que nous vérifions, sur laquelle on voit Renee Paquette agenouillée, pendant que sa fille la serre dans ses bras, avait initialement été publiée sur son compte Instagram en mars 2023, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes (lien archivé ici).
La seconde image, montrant Renee Paquette embrassant la joue de sa fille a, quant à elle, été partagée sur le même réseau social en 2024 (lien archivé ici).
L'AFP a déjà vérifié une vidéo générée par IA faussement attribuée à Renée Nicole Good dans un article de vérification à lire ici.
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