Non, l'OMS n'a pas admis que le mpox était un "effet secondaire du vaccin contre le Covid"

Une épidémie de mpox, anciennement appelé variole du singe, a déjà fait des centaines de morts en Afrique et inquiète les autorités sanitaires mondiales. Elle suscite aussi de la désinformation sur les réseaux sociaux. Mi-octobre, des articles partagés en plusieurs langues prétendent à tort que l'OMS aurait "admis" que le mpox était un "effet secondaire du vaccin Covid à ARNm", prétendant se fonder sur un site recensant des données de pharmacovigilance. Mais ces articles sont trompeurs, a déploré l'OMS auprès de l'AFP. Ils reposent sur une interprétation fallacieuse de données sur des effets secondaires potentiels rapportés, qui ne sont aucunement des effets avérés liés au vaccin. 

Deux mois après que l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré l'épidémie de mpox "urgence de santé publique mondiale", cette dernière continue de susciter de la désinformation sur les réseaux sociaux. 

Une nouvelle rumeur assure ainsi que l'OMS a "admis que la 'variole du singe' est en fait un 'effet secondaire' du 'vaccin' contre le Covid" à ARNm. Elle a été relayée en français à plus de 2.000 reprises sur X (ici ou ) depuis le 14 octobre, et circule aussi en d'autres langues comme l'allemand, l'espagnol et le néerlandais.

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Capture d'écran d'une publication trompeuse prise sur X le 17/10/2024, croix rouge ajoutée par l'AFP

Les publications en français renvoient vers un article publié sur le site "Front Nieuws", qui propose dans plusieurs langues (dont l'arabe, le bulgare, le néerlandais ou le français) des contenus sur des sujets récurrents de théories du complot comme la "Grande réinitialisation" (ou "Great Reset" en anglais). Cette dernière tire son nom d'une initiative du Forum économique mondial pour raviver l'économie mondiale perturbée par la pandémie, mais s'est retrouvée dans le viseur des théoriciens conspirationnistes qui prétendent qu'elle a pour but caché de réduire les populations, comme l'a déjà rapporté l'AFP (lien archivé ici). 

L'article de "Front Nieuws" cite en guise de source une entrée publiée sur le site anglophone "Slay News", aussi déjà épinglé par l'AFP pour avoir diffusé des allégations trompeuses (comme ici ou ).

Les assertions véhiculées dans l'article sont fausses : l'OMS a démenti auprès de l'AFP avoir fait une telle déclaration, et la prétendue démonstration repose sur une interprétation trompeuse du fonctionnement d'un site recensant des données de pharmacovigilance. La rumeur selon laquelle le mpox serait un effet secondaire du vaccin Covid est par ailleurs ancienne et infondée, et a déjà été vérifiée par l'AFP plusieurs fois. 

Une interprétation trompeuse de données de pharmacovigilance

Comme prétendue preuve, les articles renvoient vers "le site VigiAcess de l'OMS", qui recense des effets secondaires potentiels rapportés pour certains médicaments. 

En se rendant sur ce site (lien archivé ici), dès la page d'accueil, l'internaute est averti que "VigiAccess a pour objectif d'être utilisé comme point de départ pour les personnes souhaitant en savoir plus sur les types d'effets secondaires potentiels qui ont été rapportés à la suite de l'usage de médicaments. Cependant, VigiAccess ne peut être utilisé pour confirmer un lien entre un effet secondaire suspecté et n'importe quel médicament". 

Il y est aussi bien précisé que "les informations sur ce site sont liées à des effets secondaires potentiels ; c'est-à-dire, des symptômes et autres situations observés après l'utilisation d'un médicament, mais qui peuvent être causés, ou pas, par ce produit".

C'est pourquoi, indique le site, "les informations sur VigiAccess ne doivent pas être interprétées comme signifiant qu'un médicament ou l'une de ses substances actives aient causé l'effet observé ou soit dangereux", car "confirmer un lien causal est un procédé complexe qui nécessite une évaluation scientifique rigoureuse et une évaluation détaillée de toutes les données disponibles".

"Les informations sur ce site ne reflètent donc aucun lien confirmé entre un médicament et un effet secondaire", est-il clairement souligné.

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Capture d'écran prise sur le site de VigiAccess le 17/10/2024

Toute personne qui souhaite ensuite interroger la base de données doit cocher une case confirmant avoir "lu et compris" ces mises en garde avant de pouvoir accéder au reste du site.

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Capture d'écran prise sur le site de VigiAccess le 17/10/2024

L'article trompeur de "Front Nieuws" ne précise néanmoins pas tout cela, et se contente d'indiquer que VigiAccess "contient une base de données de tous les effets secondaires connus de tous les médicaments et vaccins approuvés pour un usage public", et que "parmi les 'effets secondaires possibles' du vaccin Pfizer BioNTech contre la COVID-19, l'OMS répertorie la 'variole du singe', la 'varicelle' et la 'variole de la vache' parmi des centaines d'autres affections", diffusant une capture d'écran prise sur le site.

On peut y trouver la mention de plusieurs effets secondaires potentiels rapportés, dont "monkeypox" (nom anglais du mpox), avec la mention de "6" cas d'effets secondaires potentiels rapportés.

En interrogeant la base de données au sujet des effets secondaires du vaccin anti-Covid de Pfizer et BioNTech (qui figure sous le nom de "Pfizer BioNTech COVID-19 vaccine"), l'AFP a trouvé qu'il y avait, au 17 octobre 2024, "5.761.262 rapports d'effets secondaires possibles". 

La catégorie d'effets potentiels rapportés la plus représentée est celle des "troubles généraux et effets secondaires au point d'administration" (qui représente 26% des déclarations, soit 3.405.787 cas potentiels rapportés). Y sont regroupés notamment la fièvre (1.029.038 cas rapportés), la fatigue (840.891 cas rapportés), des frissons (604.450 cas rapportés), des malaises (411.946 cas rapportés) ou des douleurs au point d'injection (704.555 cas rapportés).

Les "infections et infestations" représentent quant à elles 5% (soit 653.293) des cas potentiels rapportés. C'est dans cette catégorie que figurent les six cas rapportés de mpox. Ils apparaissent au bas l'une longue liste regroupant de nombreuses infections, dont le Covid, ou des "suspections de Covid", la grippe, la pneumonie, la bronchite.

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Capture d'écran prise sur le site VigiAccess, le 17/10/2024, encadré ajouté par l'AFP

Au-delà du fait que cette base de données n'a pas pour objectif de faire état d'effets secondaires avérés, six cas potentiels rapportés sur plus de 5.700.000 représentent donc un chiffre dérisoire. Il est donc d'autant plus trompeur de prétendre en citant ces données qu'elles pourraient permettre d'attester que le mpox est un effet secondaire du vaccin anti-Covid.

Les articles de "Front Nieuws" et "Secret News" sont des "inventions sans fondement", a confirmé un porte-parole de l'OMS auprès de l'AFP le 16 octobre 2024, rappelant que "le mot 'potentiel' signifie que les effets secondaires mentionnés peuvent potentiellement apparaître, mais n'apparaissent pas forcément" et que "ce qui est aussi important ici, c'est le mot 'rapporté'", qui signifie que les données visibles sur VigiAccess sont fondées sur des rapports de pharmacovigilance nationaux. 

Or, ces centres de pharmacovigilance n'utilisent pas tous les mêmes méthodologies pour collecter les données, et certains s'appuient sur des signalements fondés sur des déclarations, qui sont potentiellement soumises à des biais.

Ce n'est pas la première fois qu'une base de données de pharmacovigilance est utilisée de façon trompeuse pour prétendre sur-estimer des effets secondaires liés à des vaccins anti-Covid. L'AFP avait vérifié dès 2022 plusieurs affirmations trompeuses sur les bases de données de pharmacovigilance américaine et européenne.

Reprise d'anciens propos trompeurs

Les articles poursuivent leur démonstration fallacieuse en affirmant que le lien entre vaccin anti-Covid et mpox avait déjà été révélé par un médecin allemand, Wolfgang Wodarg, qui a diffusé d'autres fausses informations sur les vaccins contre le Covid déjà vérifiées par l'AFP. 

Dans un extrait vidéo devenu viral en août 2024 et provenant d'une interview de 45 minutes diffusée par la chaîne autrichienne d'extrême droite "Auf 1" réalisée en juin 2022, il assurait que ce qui est décrit comme le mpox ne serait en réalité qu'un "simple zona", "effet secondaire des vaccins anti-Covid" (lien archivé ici).

Mais ces propos sont fallacieux : déjà, le mpox n'a rien à voir avec le zona car les virus sont totalement distincts, avaient expliqué en août 2024 et en juin 2022 plusieurs spécialistes à l'AFP. Par ailleurs, le lien de causalité que présume Wolfgang Wodarg entre le zona et le vaccin Covid n'est pas établi de manière certaine.

Comme le rappelle ce document de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), d'août 2023, "l'autorité européenne n'a pas identifié de lien entre la survenue de cet événement [NDLR, le zona] et le vaccin" (lien archivé ici).

Cet article du Journal international de médecine conclut aussi que si des études ont retrouvé un risque accru de réactivation du zona après vaccination Covid, d'autres travaux n'ont pas constaté la même augmentation du risque (lien archivé ici).

En outre, aucun lien n'a été établi entre le vaccin Covid et le mpox, apparu bien avant la crise sanitaire liée au coronavirus. 

Qu'est-ce que le mpox ?

Le mpox, anciennement appelé variole du singe, est une maladie infectieuse transmissible liée à un virus, de la famille des poxvirus (lien archivé ici). Son nom a été changé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en novembre 2022, la terminologie "variole du singe" donnant lieu à des stigmatisations racistes et homophobes, principalement en Afrique (lien archivé ici).

La maladie a été identifiée pour la première fois en 1970 en République démocratique du Congo (RDC) et est longtemps restée circonscrite à ce pays et aux territoires voisins. Mais en 2022, elle a commencé à s'étendre au reste du monde avec près de 100.000 cas. 

Ce virus se caractérise par "une éruption cutanée qui peut durer deux à quatre semaines", semblable "à des cloques ou à des lésions", qui peut s'accompagner notamment "de fièvre, de maux de tête, de douleurs musculaires, de douleurs dorsales" indique l'OMS sur son site (lien archivé ici).

Les virus dits mpox se classifient en deux grandes familles : le clade 1, le plus virulent, et le clade 2.

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Présentation des clades ou sous-clades 1a, 1b et 2 du mpox (AFP / Nalini LEPETIT-CHELLA, Sabrina BLANCHARD)

En 2024, une nouvelle flambée épidémique touche principalement la RDC, avec, cette fois, deux épidémies concomitantes : l'une provoquée par le "clade 1", touchant surtout des enfants, et l'autre due à l'émergence d'un nouveau sous-groupe, "clade 1b", frappant surtout les adultes dans l'est de la RDC et, dans une moindre mesure, les pays limitrophes : Ouganda, Rwanda, Burundi et Kenya. 

La multiplication des cas a incité l'OMS à déclarer une urgence de santé publique mondiale, le 14 août 2024 (archivé ici). L'OMS avait déjà pris une telle décision en 2022 lorsqu'une épidémie de mpox, portée alors par le clade 2b, s'était étendue à travers le monde. L'alerte avait été levée en mai 2023.

La RDC est de loin le pays le plus atteint : depuis janvier, plus de 30.000 cas de mpox et quelque 990 décès ont été enregistrés par les autorités du pays, avec une mortalité accrue constatée chez les enfants, selon les derniers chiffres donnés par le ministre de la santé du pays. 

Selon un bilan global diffusé le 3 octobre par Africa CDC (agence de santé de l'Union africaine), plus de 34.000 cas ont été recensés en Afrique depuis le début de l'année (lien archivé ici).

La toute première campagne de vaccination en Afrique a débuté au Rwanda le 17 septembre. La RDC a démarré sa campagne de vaccination le 5 octobre, après avoir reçu 265.000 doses de vaccins de la part de l'Union européenne et des Etats-Unis. 

L'épidémie de mpox fait aussi l'objet de beaucoup de désinformation. L'AFP a déjà réfuté des affirmations fausses ou trompeuses à ce sujet comme ici, ici ou ici

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