
Non, un spot de CNN annonçant la défaite de Kiev n'a pas été diffusé à Times Square
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 12 décembre 2023 à 18:30
- Lecture : 6 min
- Par : Alexis ORSINI, AFP France
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"'Kiev, c'est fini : les Russes vont-ils s'arrêter ou passer à autre chose!?' proclame un panneau publicitaire de NYC", "Les Américains ont dit au revoir à Kiev", affirment les légendes d'une même vidéo partagée sur X (ex-Twitter) - 1, 2 - depuis le 9 décembre 2023, laissant penser que la Russie serait en passe de gagner sa guerre contre l'Ukraine, en cours depuis le début de son invasion du pays, en février 2022.

On voit, dans cette séquence, l'un des célèbres panneaux publicitaires de Times Square montrer un prétendu spot publicitaire de la chaîne américaine CNN diffusant le message suivant : "Kiev, c'est fini. Les Russes s'arrêteront-ils là ou iront-ils encore plus loin ? On vous en dit plus à ce sujet comme sur beaucoup d'autres dans [l'émission] Political Briefing".
Egalement relayée sur Facebook (1, 2), comme dans d'autres langues sur X (en anglais, en russe et en japonais) et sur YouTube (en allemand et en russe), cette vidéo circule en pleine séquence politique cruciale pour l'Ukraine, dont le président, Volodymyr Zelensky, tentait de convaincre le Congrès américain, le 12 décembre 2023 (lien archivé), de voter une aide financière additionnelle pour Kiev.
Mais un tel message n'a jamais été diffusé à Times Square par CNN, qui a démenti auprès de l'AFP, le 11 décembre 2022, être à l'origine de ce spot : "Ce n'est pas une publicité produite par CNN, c'est complètement faux."
Joint par l'AFP le 12 décembre 2022, Silvercast, la société en charge de cet espace publicitaire de Times Square situé sur le bâtiment de l'hôtel Marriott Marquis (lien archivé), a également indiqué que cette vidéo était "fausse".
En outre, comme l'AFP a pu le constater sur EarthCam, une plateforme de diffusion vidéo en direct depuis différents lieux touristiques du monde, dont Times Squares, le 11 décembre vers 11H00 (heure locale), les panneaux publicitaires visibles à cet emplacement de New York diffusaient des publicités pour Coca-Cola, Bulgari, Fox, Disney+, YouTube, PlayStation 5, mais aucun spot de CNN pour son podcast hebdomadaire "Political Briefing".

De plus, le dernier numéro de "Politicial Briefing", en date du 8 décembre (lien archivé), était consacré à la candidature présidentielle américaine de l'ancien gouverneur du New Jersey, Chris Christie - sans rapport, donc, avec la situation militaire en Ukraine.
Une énième vidéo à Times Square relayée par des comptes pro-Kremlin
Comme le révèle une recherche d'image inversée sur la vidéo, celle-ci a été diffusée en russe dès le 9 décembre sur une chaîne Telegram relayant une propagande pro-Kremlin, comme sur le média russe associé, "Fil d'actualité Zaporozhye" (Zaporijjia) et, le 11 décembre, sur le réseau social russe VKontakte.
On la retrouve également sur une autre chaîne Telegram pro-Kremlin de langue française, "Russosphère - en défense de la Russie", qui se présente comme un "canal [...] contre la propagande russophobe des merdias de l'OTAN".
Ces derniers mois, d'autres vidéos censées montrer des panneaux publicitaires de Times Square discréditant l'image de l'Ukraine ont circulé sur les réseaux sociaux, d'un spot censé proclamer "Gloire à l'Urine" au lieu de "Gloire à l'Ukraine" lors d'une visite de Volodymyr Zelensky à New York, à un message de soutien et un drapeau ukrainien disparaissant, "écrasés" par l'apparition d'un message de soutien à Israël et un drapeau israélien.
Mais, comme l'avait démontré l'AFP (ici et là), il s'agissait à chaque fois de faux, de tels messages n'ayant jamais été diffusés dans le célèbre quartier new-yorkais.

Zelensky en visite à Washington
Pour le chef démocrate du Sénat américain, Chuck Schumer, le passage de Volodymyr Zelensky auprès des élus américains représente "sa visite la plus importante".
Le Congrès a engagé plus de 110 milliards de dollars depuis le début de l'invasion russe en février 2022, mais a buté début décembre 2023 sur le nouveau volet réclamé par Joe Biden -- quelque 61 milliards de dollars.
Les démocrates sont en faveur de ces nouveaux fonds, les républicains pas exactement contre, mais exigent en retour de leur vote des changements majeurs dans la politique migratoire des Etats-Unis.
Sur ce point, les discussions patinent.
"S'il y a bien quelqu'un qui se réjouit des tractations sans fin au Capitole, c'est Poutine et sa clique de détraqués", a accusé Volodymyr Zelensky le 11 décembre, exhortant le Congrès à se mettre en ordre de marche.
Le Congrès n'a en théorie que jusqu'au 15 décembre - quand commencent les vacances parlementaires - pour parvenir à un accord. La Maison Blanche a déjà prévenu qu'elle serait "à court d'argent" d'ici la fin de l'année si rien n'était fait.
Les responsables ukrainiens martèlent qu'il leur faut davantage d'armement pour éviter que les frappes russes ne plongent des millions de personnes dans le noir cet hiver, comme l'an dernier.
Le risque d'un effet de contagion n'est pas non plus à exclure, au moment où l'Union européenne discute elle aussi de la poursuite de son aide militaire et financière à Kiev.
Conscient que le sentiment d'urgence s'est bien émoussé à Washington depuis le début de la guerre, Joe Biden a demandé au Congrès de coupler sa demande d'aide pour l'Ukraine à une d'environ 14 milliards pour Israël, un allié des Etats-Unis en guerre contre le Hamas.
Sur le terrain, les combats se poursuivent et la Russie, qui a tourné son économie vers l'effort de guerre, pousse toujours plus fort dans l'est et le sud de l'Ukraine, comme rapporté dans cette dépêche AFP (archive).
Au prix, d'après le renseignement américain, de lourdes pertes: 13.000 soldats russes morts ou blessés depuis octobre et plus de 220 véhicules perdus sur la ligne de front entre Avdiïvka et Novopavlivka, depuis que la Russie est repartie à l'assaut en octobre, selon une estimation transmise à l'AFP.
L'armée russe a avancé "de manière significative" dans la région ukrainienne de Zaporijjia, partiellement occupée, a affirmé le 12 décembre le gouverneur installé par Moscou, Evguéni Balitski.
Les Russes ont lancé en outre il y a deux jours une "offensive massive" autour d'Avdiïvka et Mariinka, points chauds du front oriental, a déclaré Oleksandre Tarnavsky, commandant ukrainien de la zone, assurant que ses troupes "tenaient fermement" leurs positions.
L'AFP n'est pas en mesure de vérifier ces affirmations des belligérants.