Non, le parlement algérien n'a pas autorisé le président à déclarer la guerre à Israël, et le Yémen n'a pas rejoint le conflit

La guerre entre Israël et le Hamas a causé des milliers de mort depuis l'attaque du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre et les représailles de l'armée israélienne sur la bande de Gaza. Et la communauté internationale s'inquiète de risques d'extension du conflit. Dans ce contexte, des vidéos affirmant que le parlement algérien a autorisé le président Abdelmajid Tebboune à déclarer la guerre à Israël sont relayées sur les réseaux sociaux ; d'autres assurent que le Yémen l'a déjà déclarée officiellement et même attaqué le territoire israélien. Mais c'est à ce jour faux : le Parlement algérien n'a donné aucun pouvoir en ce sens au président ; il a seulement appelé à davantage d'aide humanitaire à destination de la bande de Gaza. Quant au Yémen, si des roquettes et des drones ont bien été lancés en direction d'Israël, ils l'ont été par les seuls rebelles houthis, qui n'ont pas déclaré officiellement la guerre à Israël, pas plus que le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale.

Ces deux fausses affirmations apparaissent dans une vidéo diffusée sur YouTube le 7 novembre 2023 et qui avait récolté 14.000 vues en 24 heures (archive).

"Algéria [sic], géant d'Afrique, entre dans l'arène face à Israël", déclare une voix off, en citant "le président algérien Abdulmid Tabon [sic], porté par le soutien inconditionnel du parlement", et qui aurait selon elle déclaré "que l'armée est prête à agir".

Plus loin , elle assure aussi que "la récente déclaration du gouvernement yéménite annonçant sa participation directe à la guerre contre Israël a considérablement accru les tensions".

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Capture d'écran, réalisée le 8 novembre 2023, d'une vidéo diffusée sur YouTube
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Capture d'écran, réalisée le 8 novembre 2023, d'une vidéo diffusée sur YouTube

 

 

Au moins 1.400 personnes, en majorité des civils, sont mortes en Israël depuis le début de la guerre déclenchée par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre dans le sud d'Israël, près de la bande de Gaza, selon les autorités israéliennes (archive).

Environ 1.500 combattants du Hamas ont été tués dans la contre-offensive ayant permis à Israël de reprendre le contrôle des zones attaquées, selon l'armée israélienne. Le Hamas a enlevé plus de 200 otages parmi lesquels des étrangers de plus de vingt pays, retenus à Gaza.

Les bombardements d'Israël dans la bande de Gaza ont fait plus de 10.500morts, en majorité des civils, dont plus de 4.300 enfants, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Des quartiers entiers y ont été rasés et se retrouvent sans eau, sans nourriture ni électricité, après le siège imposé par Israël le 9 octobre au territoire, déjà soumis à un blocus terrestre, maritime et aérien depuis que le Hamas y a pris le pouvoir en 2007.

Au moins 1,5 million de Palestiniens de Gaza ont été déplacés depuis le début de la guerre, selon l'ONU.

Dans ce contexte, alors que partisans et soutiens des deux camps opposés se livrent à une guerre informationnelle particulièrement virulente sur les réseaux sociaux, de très nombreuses fausses informations sont partagées massivement, dont beaucoup de vidéos sorties de leur contexte. L'AFP a écrit de nombreux articles de vérification (par exemple 1, 2, 3).

Ainsi, si de nombreuses manifestations ont lieu notamment dans les pays arabes en soutien aux Palestiniens et pour dénoncer les bombardements israéliens sur la bande de Gaza (archive), les publications affirmant que le Yémen aurait officiellement rejoint le conflit relaient une fausse information, de même que celles évoquant un vote du parlement algérien ouvrant la voie à un scénario similaire pour Alger.

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Manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza à Alger le 19 octobre 2023 ( AFP)

En Algérie, une session parlementaire extraordinaire mais pas de pouvoir donné au président pour déclarer la guerre

Concernant l'Algérie, de multiples publications circulent, vidéo d'une assemblée d'élus à l'appui, pour assurer que le parlement vient d'autoriser par un vote le président Abdelmajid Tebboune à déclarer la guerre à Israël. On en trouve sur X (ex-Twitter) (archive) comme sur Facebook, telle celle-ci ci-dessous (archive):

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Capture d'écran, réalisée le 9 novembre 2023, d'une publication sur Facebook

Le logo qui apparaît en haut à droite des images est celui de la chaîne algérienne Ennahar. Sur YouTube, on retrouve la même vidéo, datée du 31 octobre, intitulée "Scènes à glacer le sang", dans laquelle on entend les parlementaires scander "Armée et les gens sont avec toi, Gaza", avec des pancartes de soutien aux Palestiniens.

En fait, la vidéo a été tournée le 31 octobre lors d'une "session parlementaire extraordinaire dédiée au soutien de la cause palestinienne".

Il est en effet possible de retrouver sur la page Facebook officielle du parlement algérien une retransmission en direct de la séance (archive), dans laquelle apparaît la scène utilisée dans les vidéos qui circulent :

Le parlement algérien a également publié la déclaration finale de cette session extraordinaire, lors de laquelle a été lancé un appel aux instances régionales et internationales à "se mobiliser pour envoyer de l'aide humanitaire et participer à la formation de délégations parlementaires pour identifier les crimes sionistes et contribuer à la reconstruction" (archive).

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Capture d'écran, réalisée le 9 novembre 2023, de la déclaration finale de la session parlementaire algérienne extraordinaire du 31 octobre consacrée à "la cause palestinienne"

 

 

Des médias algériens, par exemple Algérie solidaire (archive), ont également fait état de ce vote qui ne portait pas sur un pouvoir qui serait donné au président Tebboune d'entrer en guerre contre Israël.

Gouvernement reconnu par la communauté internationale et rebelles

De nombreuses publications circulent aussi à propos d'une soi-disant entrée en guerre officielle du Yémen, là encore vidéo à l'appui.

"URGENT Le Yémen a déclaré la guerre à Israël", affirme ainsi le média R1 Afrique+ dans une publication Facebook en date du 31 octobre 2023, avec une vidéo d'une conférence d'un militaire vue 38.000 fois et likée 2.500 fois au 7 novembre (archive):

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Capture d'écran, réalisée le 7 novembre 2023, d'une publication Facebook

"Le Yémen en guerre contre Israël", a abondé le président du mouvement Les Patriotes, Florian Philippot, dans un post Facebook du 31 octobre qui était partagé 640 fois une semaine plus tard (archive).

Une supposée entrée en guerre du Yémen est aussi relayée sur X, comme dans ce message sur X du 31 octobre, partagé près de 700 fois au 7 novembre et sur lequel des internautes ont ajouté des notes de contexte pour souligner que "le Yémen n'a pas déclaré la guerre à Israël" (archive):

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Capture d'écran, réalisée le 7 novembre, d'une publication sur X

Des publications circulent aussi en anglais. "Yemen has announced they are now AT WAR WITH ISRAEL", affirme ainsi dans un post sur X en date du 31 octobre Jackson Hinkle, un éditorialiste politique américain qui a de manière répétée relayé de fausses informations à propos de la guerre entre Israël et le Hamas, comme l'a démontré l'AFP dans plusieurs articles de vérification (1, 2).

On en retrouve aussi trace en anglais sur YouTube, Instagram et Facebook. Comme dans les publications en français, elles incluent souvent les images d'une vidéo d'une conférence de presse d'un homme en habits militaires.

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Deux captures d'écran de Facebook faites le 3 novembre 2023

Au Yémen (archive), déchiré par une guerre qui a fait directement ou indirectement des centaines de milliers de morts et a déplacé des millions de personnes, les rebelles houthis, proches de l'Iran, se sont emparés de la capitale Sanaa en 2014, ce qui a poussé l'Arabie saoudite voisine à mobiliser une coalition l'année suivante pour tenter de rétablir le gouvernement. Une trêve entrée en vigueur en avril 2022 a expiré en octobre suivant.

Face à la guerre entre Israël et le Hamas, le gouvernement officiel, reconnu par la communauté internationale, n'a cessé de condamner les opérations israéliennes (1, 2 - archive 1, archive 2). Mails il n'avait lancé aucune attaque contre Israël au moment de la parution de cet article.

Si des roquettes et des drones ont bien été lancés, ils l'ont été par les rebelles houthis, comme le rapportait cette dépêche de l'AFP le 31 octobre 2023 (archive). Ils ont d'ailleurs depuis revendiqué le 6 novembre une nouvelle attaque de drone contre Israël (archive).

"Les Houthis se revendiquent fréquemment comme les représentants légitimes du Yémen, une position souvent amplifiée par leurs canaux médiatiques", a relevé auprès de l'AFP le 1er novembre 2023 Ahmed Nagi, analyste spécialiste du Yémen à l'International Crisis Group (archive).

Mais le gouvernement officiel du Yémen, qui n'est pas celui des Houthis, s'est, lui, "abstenu de toute intervention militaire", ajoute Ahmed Nagi.

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Des forces loyales aux rebelles houthis défilent dans les rues de la capitale yéménite Sanaa en solidarité avec les Palestiniens le 15 octobre 2023 ( AFP)

Une recherche d'image inversée permet de montrer que le militaire sur les vidéos relayées sur les réseaux sociaux est Yahya Saree, un porte-parole militaire des rebelles houthis (archive). C'est d'ailleurs bien lui que l'on retrouve dans un reportage diffusé le 1er novembre 2023 sur le site de la chaîne de télévision en continu France 24, où sa déclaration y est traduite en anglais (archive).

"Les forces armées yéménites (...) continueront à mener des attaques de missiles et de drones jusqu'à ce que l'agression israélienne s'arrête", y déclare-t-il. Une déclaration également citée dans la dépêche de l'AFP dont nous parlions plus haut.

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Capture d'écran du site de France 24 réalisée le 3 novembre 2023

Mohammed Al-Basha, analyste Proche-Orient pour la société d'analyse américaine Navanti (archive), confirme que malgré ces déclarations et revendications, les rebelles houthis "n'ont pas formellement déclaré la guerre" à Israël. Et "entre-temps, le gouvernement d'Aden reconnu par la communauté internationale a critiqué les opérations militaires d'Israël mais n'a pas non plus fait de déclaration de guerre", a-t-il expliqué le 2 novembre à l'AFP.

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