Non, la doxycycline n'est pas un traitement contre la variole du singe et n’a pas été interdite en France

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La doxycycline, un antibiotique qui "soigne en 2 jours" la variole du singe aurait été interdite par un arrêté du ministère de la Santé : c’est ce qu’affirment des posts largement partagés sur les réseaux sociaux fin mai. Mais les autorités de santé n’ont pas interdit ce médicament, qui n’est par ailleurs pas considéré comme un traitement contre cette maladie, comme l’ont expliqué plusieurs experts à l’AFP.

"Doxycycline en 2 jours soigne la variole du singe. Vérifié en Afrique depuis des années." écrit un internaute dans un tweet partagé près de 3.000 fois depuis le 28 mai et qui cumule 3.700 "likes".

Capture d'écran de Twitter faite le 1er juin 2022

Beaucoup d’internautes sur Twitter et Facebook notamment soulignent que cet antibiotique est peu onéreux. Une boîte de 15 comprimés (100 mg) de Doxycycline Arrow est par exemple disponible (sur ordonnance) au prix de 3,26 euros.

Sur les réseaux sociaux, certains affirment que ce médicament a pourtant été retiré du marché, ou interdit, selon les versions. A l'appui de ces allégations, circule la photo d’un arrêté du ministère de la Santé daté du 25 mai 2022 "autorisant l’utilisation de vaccins dans le cadre de la prise en charge des personnes contacts à risque d’une personne contaminée par le virus Monkeypox" (ou variole du singe).

Mais comme nous allons le voir, le texte est interprété à tort comme une interdiction de la doxycycline.

Capture d'écran de Twitter faite le 30 mai 2022

Au 31 mai 2022, près de 400 cas ont été officiellement comptabilisés par l’OMS en dehors de l’Afrique où la variole du singe, ("monkeypox" en anglais), ou "orthopoxvirose simienne" a été observée pour la première fois chez l’être humain en 1970.

Les symptômes ressemblent, en moins grave, à ceux de la variole, éradiquée depuis plus de 40 ans, grâce à des campagnes de vaccination massives.

A l'heure actuelle, la variole du singe est considérée comme bénigne et la plupart des patients guérissent spontanément.

Un seul patient traité… pour une autre maladie

Pour prouver la supposée efficacité de la doxycycline contre cette maladie, des internautes citent une étude publiée par la revue The Lancet le 24 mai 2019, qui relate le cas d’un patient contaminé par la variole du singe de retour du Nigeria et soigné en Israël en octobre 2018 et qui a reçu de la doxycycline "par voie orale".

"Son état s'est amélioré et le lendemain, il est sorti de l'hôpital…", affirme sur Telegram Sylvano Trotta, une figure connue de la désinformation, en particulier autour du Covid.

Capture d'écran de Telegram faite le 30 mai 2022

Mais les médecins soupçonnaient en fait chez ce patient une maladie bactérienne, la rickettsiose vésiculeuse, qui se manifeste par des lésions cutanées et des symptômes de type grippal, comme la fièvre par exemple. Si, sur le moment, les chercheurs notent dans leur étude que "son état s’est amélioré", ses symptômes se sont ensuite aggravés après son retour à domicile. Ce n’est qu’à partir de ce moment que la variole du singe est diagnostiquée.

Capture d'écran de l'étude, faite le 30 mai 2022

"On a aucun élément factuel dans cet article ou ailleurs dans la littérature (scientifique) pour penser que la doxycycline est un traitement contre la variole du singe", assure Yannick Simonin, chercheur de Inserm au sein de l’unité Pathogenèse et contrôle des infections chroniques et émergentes, interrogé par l’AFP le 30 mai 2022.

Les chercheurs interrogés par l’AFP rappellent que la variole du singe est une infection virale sur laquelle les antibiotiques comme la doxycycline n’ont pas d’effet. En effet les antibiotiques combattent les infections bactériennes et non les infections d’origine virale.

"Dans cet article, il n’est pas mentionné que la doxycycline a agi par rapport à la variole du singe", ajoute Yannick Simonin. Chez ce patient, une infection bactérienne était soupçonnée : il était donc logique de lui administrer un antibiotique.

Par ailleurs, le virologue souligne que cette publication porte sur un seul patient, et ne saurait de toute façon être étendue scientifiquement au-delà de ce cas isolé.

"La doxycycline (antibiotique) n’a pas d’indication dans le traitement des infections à poxvirus notamment du Monkeypox", indique également à l'AFP la Direction générale de la Santé (DGS), interrogée le 30 mai, qui rappelle que seuls trois antiviraux sont à ce jour approuvés par l'Agence européenne du médicament : le Tecovirimat, le Brincidofovir et le Cidofovir.

"Le Tecovirimat se prend par voie orale et empêche le virus de se multiplier dans les cellules, détaille Yannick Simonin, de l'Inserm. Il interfère avec une protéine du virus et empêche sa multiplication. Cela serait potentiellement le traitement le plus avancé et le plus efficace."

Le Haut Conseil de la Santé Publique recommande cependant dans un avis du 24 mai publié le 25 mai de ne pas traiter systématiquement tous les cas confirmés avec un antiviral.

La doxycycline n’a pas été interdite

Un arrêté du 25 mai 2022 pris par le ministère de la Santé est aussi interprété par plusieurs internautes comme une interdiction du médicament.

Ils s’appuient pour cela sur la phrase "considérant qu’aucun traitement prophylactique [préventif, NDLR] n'est à ce jour autorisé chez les personnes exposées au virus Monkeypox". Dans les publications que nous examinons, la phrase est citée sans le mot "considérant". Les internautes déduisent, à tort, de cette phrase tronquée qu'"aucun traitement" n'est autorisé contre la variole du singe, y compris la doxycycline.

Capture d'écran du Journal officiel faite le 30 mai 2022

Mais ce n'est pas ce que dit le texte officiel.

L'arrêté fait le constat qu'il n'existe pas de traitement préventif de la variole du singe actuellement autorisé en France et pour cette raison, décide qu'à "titre dérogatoire, peuvent être autorisés dans le traitement prophylactique contre la variole du singe des personnes contacts à risque d’une personne atteinte de l’infection ou des professionnels de santé en milieu de soins exposés au virus Monkeypox : – le vaccin IMVANEX® ; – le vaccin JYNNEOS®".

Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, interrogé par l'AFP le 30 mai, confirme que ce passage signifie simplement qu'"il n’y avait pas de médicament pour prévenir de l’infection" à la variole du singe.

"La seule décision de ce texte est d’autoriser l’utilisation de vaccins", indique d’ailleurs la Direction Générale de la Santé, interrogée par l’AFP le 30 mai.

Dans un avis rendu le 24 mai, la Haute Autorité de Santé (HAS) préconise de vacciner contre la variole dans un premier temps uniquement les personnes ayant été en contact à risque avec un cas confirmé de variole du singe, ainsi que le cercle de personnes en contact avec celles-ci. C’est ce que l’on appelle la stratégie de la "vaccination en anneaux".

La variole du singe, une maladie le plus souvent bénigne

La variole du singe est causée par un virus transmis à l’Homme par des animaux infectés, "le plus souvent des rongeurs (même si le virus a été découvert pour la première fois en 1958 au sein d’un groupe de macaques qui étaient étudiés à des fins de recherche, d’où son nom)", écrit l'Inserm sur son site internet.

L'infection des cas initiaux résulte d'un contact direct avec du sang, des liquides biologiques ou des lésions cutanées ou muqueuses d'animaux infectés. En l'état actuel des connaissances, la transmission interhumaine peut résulter de contacts étroits avec des sécrétions infectées des voies respiratoires, des lésions cutanées d'un sujet infecté ou d'objets récemment contaminés par des liquides biologiques ou des matières provenant des lésions d'un patient.

Cette maladie infectieuse se manifeste les premiers jours par une forte fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires, avant de se développer rapidement en éruptions cutanées, des lésions, des pustules et enfin des croûtes. Les patients guérissent en général spontanément après deux à trois semaines de symptômes.

L'état des connaissances sur cette maladie et les nouveaux cas dans des pays non endémiques est récapitulé dans cet article de l'AFP Factuel.

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