
La "variole du singe", une maladie le plus souvent bénigne
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- Publié le 20 mai 2022 à 12:53
- Mis à jour le 02 juin 2022 à 10:54
- Lecture : 7 min
- Par : Isabelle TOURNÉ, Julie CHARPENTRAT, AFP France
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La variole du singe ("monkeypox" en anglais) ou "orthopoxvirose simienne" est une maladie considérée comme rare, connue chez l'être humain depuis 1970. Elle est due à un virus à ADN.
Plusieurs cas ont été signalés en mai 2022 dans plusieurs pays où elle n'avait pas été détectée précédemment.
"L'identification en mai 2022 de clusters de variole du singe dans plusieurs pays non -endémiques [où la maladie ne circule pas, NDLR] sans lien direct avec des voyages en zone endémique est atypique", indique l'OMS.
Ce que l'on sait de la "variole du singe"
"La variole du singe est une maladie infectieuse qui est causée par un virus transmis à l’Homme par des animaux infectés, le plus souvent des rongeurs (même si le virus a été découvert pour la première fois en 1958 au sein d’un groupe de macaques qui étaient étudiés à des fins de recherche, d’où son nom)", écrit l'Inserm sur son site internet dans une fiche datée du 23 mai 2022.
"Contrairement au SARS-CoV-2 [virus à l'origine du Covid, NDLR] au moment de son apparition, il s’agit donc d’un virus que l’on connaît déjà bien depuis plusieurs décennies", ajoute l'Institut national de recherche médicale.
L'incubation peut en général aller de 5 à 21 jours et les symptômes ressemblent, en moins grave, à ceux que l'on observait dans le passé chez les sujets atteints de variole ("smallpox" en anglais) fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, dorsales, au cours des cinq premiers jours.
Puis apparaissent des éruptions cutanées (sur le visage, la paume des mains, la plante des pieds), des lésions, des pustules et enfin des croûtes. A noter que ce type d'éruption "se différencie de celle de la varicelle (peu fréquente chez l'adulte). Pour la varicelle, l'éruption évolue en plusieurs poussées. Les paumes des mains et les plantes des pieds sont épargnées", comme rappelé dans cette note de la Direction générale de la Santé du 19 mai 2022.
A noter que la variole, elle, est considérée comme éradiquée depuis 1979 (décision officialisée par l'OMS l'année suivante), grâce à la vaccination.
La variole du singe a été identifiée pour la première fois chez l’homme en 1970 en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) chez un garçon de 9 ans vivant dans une région d’où la variole avait été éliminée depuis 1968. Depuis, des cas humains d'orthopoxvirose simienne ont été signalés dans une dizaine de pays africains.
Au printemps 2003, des cas ont aussi été confirmés aux États-Unis, marquant ainsi la première apparition de cette maladie en dehors du continent africain.
"On constate une recrudescence depuis plusieurs années de la maladie en Afrique de l’Ouest. La reprise du trafic aérien et la fin des confinements favorisent probablement la diffusion de cette maladie en dehors des régions où elle est endémique", selon l'Inserm.

Comment se transmet-elle ?
L'infection des cas initiaux résulte d'un contact direct avec du sang, des liquides biologiques ou des lésions cutanées ou muqueuses d'animaux infectés.
En l'état actuel des connaissances, la transmission secondaire, c'est-à-dire interhumaine, peut résulter de contacts étroits avec des sécrétions infectées des voies respiratoires, des lésions cutanées d'un sujet infecté ou d'objets récemment contaminés par des liquides biologiques ou des matières provenant des lésions d'un patient.
L'Inserm précise qu'historiquement, "il s’agit d’un virus qui se transmet difficilement d’Homme à Homme, la transmission d’animal à l’Homme étant bien plus fréquente".
Le 17 mai 2022, l'OMS a indiqué s'intéresser de près au fait que certains des cas au Royaume-Uni semblent avoir été transmis au sein de la communauté homosexuelle. Mais comme le rappelle l'agence sanitaire britannique UKHSA, "la variole du singe n'a jamais été précédemment décrite comme une infection sexuellement transmissible".
"Si le contact physique rapproché est un facteur de risque bien connu, on ne sait pas à cette heure si la variole du singe peut être transmise spécifiquement par voie sexuelle", a écrit l'OMS le 19 mai 2022, ajoutant que "des études sont actuellement en cours pour mieux comprendre l'épidémiologie, les sources d'infection et les schémas de transmission".
"Des spécialistes de l’OMS qui travaillent sur le VIH et les hépatites ont souligné que si ce virus pouvait être attrapé pendant une activité sexuelle, ce n’en est pas pour autant une maladie sexuellement transmissible et ont dénoncé certains propos stigmatisants partagés sur les réseaux sociaux", souligne l'Inserm.
L'Onusida a mis en garde dans un communiqué que les dérapages homophobes et racistes parfois constatés dans les commentaires sur la variole du singe pourraient "rapidement miner la lutte contre l'épidémie".
Quelle gravité ?
La variole du singe guérit en général spontanément et les symptômes durent de deux à trois semaines. Les cas graves se produisent plus fréquemment chez les enfants et sont liés à l'ampleur de l’exposition au virus, à l'état de santé du patient et à la gravité des complications.
Dans les flambées antérieures, le taux de létalité (nombre de décès par rapport au nombre de personnes infectées) a pu varier énormément mais il est resté inférieur à 10% dans tous les cas documentés, principalement chez les jeunes enfants.
L'OMS précise que le taux de létalité a "historiquement oscillé entre 0 et 11% en population générale". Plus récemment, le taux s'est situé autour de 3 à 6%, dit aussi l'Organisation. Des taux observés en zone endémique, des pays où le système de santé est souvent défaillant. La maladie est plus grave chez les enfants et chez les personnes immunodéprimées.
"Le taux de létalité de la maladie varie de 1 à 10% selon le variant (il en existe deux), mais une prise en charge médicale adéquate réduit considérablement les risques. La plupart des personnes guérissent spontanément et les foyers de contamination finissent généralement par s’éteindre d’eux même du fait de la faible transmissibilité du virus", complète l'Inserm.
L'Organisation mondiale de la Santé a aussi expliqué que d'après de premières analyses, comme de premiers séquençages de génome, le variant du virus repéré hors d'Afrique en mai 2022 appartiendrait à la souche d'Afrique de l'Ouest, associée à une maladie moins grave que l'autre variant ("bassin du Congo"), au taux de létalité plus élevé et qui cause plus souvent des formes graves.
"La souche de l'Afrique de l'Ouest a historiquement été associée à une létalité [par rapport aux cas confirmés, ndlr] d'environ 1% (...). Depuis 2017, les quelques décès de personnes atteintes de variole du singe en Afrique de l'Ouest sont associés au jeune âge ou à des infections au VIH non traitées", précise l'OMS.
Existe-t-il un traitement ?
Il n’existe pas de traitements ou de vaccins spécifiques contre l'orthopoxvirose simienne, mais des médicaments et vaccins conçus contre la variole peuvent être utilisés contre la variole du singe.
Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) "recommande en priorité de mettre en place un traitement de support adapté si nécessaire (traitement d’une fièvre mal tolérée, d’une encéphalite, d’un sepsis, d’une surinfection cutanée ou respiratoire bactérienne)."
Mais l'instance "recommande de ne pas traiter systématiquement tous les cas confirmés avec un antiviral ou des immunoglobulines". Si l'utilisation est néanmoins jugée utile, le "tecovirimat" est "à utiliser en première intention", selon le HCSP.
"Un agent antiviral connu sous le nom de tecovirimat, qui a été conçu pour la variole, a été homologué par l’Agence européenne des médicaments (EMA) pour la variole du singe en 2022 sur la base de données venant des études menées sur les animaux et les humains. Il n’est pas encore largement disponible", précise l'OMS.
"S’il est utilisé pour soigner les patients, le tecovirimat devrait idéalement faire l’objet d’une surveillance dans un contexte de recherche clinique assortie d’une collecte de données prospectives", dit encore l'Organisation.
Quant aux vaccins, il a été prouvé dans le passé que la vaccination antivariolique avait alors une efficacité évaluée à 85% pour la prévention de l'orthopoxvirose simienne. Les vaccins de 1ère et de 2e génération ne sont plus utilisés pour la population générale depuis 1984, du fait de l'éradication de la variole.
Un vaccin de 3e génération (vaccin vivant non réplicatif c’est-à-dire ne se répliquant pas dans l'organisme humain) est autorisé en Europe depuis juillet 2013 et indiqué contre la variole chez les adultes.
Il dispose également d’une autorisation de mise sur le marché aux États-Unis pour la prévention de la variole et de la variole du singe.
"De nombreuses rumeurs et fausses informations se propagent déjà sur internet, notamment concernant un possible lien entre la maladie et les vaccins anti-Covid qui utilisent un adénovirus de chimpanzé comme vecteur viral. Ce lien n’est absolument pas fondé, tout d’abord parce que ce virus n’est pas spécifique aux singes (il se retrouve même d’ailleurs plutôt chez d’autres espèces, en particulier les rongeurs). Ensuite, parce qu’il fait partie de la famille des poxvirus et non des adénovirus", prévient l'Inserm.
Articles de vérification de l'AFP Factuel sur la variole du singe :
- "Attention à cette hypothèse infondée sur le lien entre variole du singe et le vaccin AstraZeneca"
Ressources :
"Un point sur la variole du singe" (Inserm)
Point et Fiche maladie OMS (en anglais), ici en français
Fiche ECDC (Centre européen de contrôle des maladies) (en anglais)
"Point de situation" de Santé publique France au 23 mai 2022
1 juin 2022 Ajoute précisions de l'OMS sur les souches, actualise zone où la maladie a été repérée en mai 2022, ajoute liens vers articles de vérification de l'AFP Factuel
31 mai 2022 ajoute précisions du Haut conseil de la santé publique et de l'OMS sur les traitements
24 mai 2022 enlève paragraphes en doublon