( AFP / SAM PANTHAKY)

Non, les vaccins Covid ne provoquent pas le sida

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Les vaccins contre le Covid provoqueraient un "effondrement du système immunitaire" et même le sida, affirme un texte partagé plusieurs centaines de fois sur les réseaux sociaux dans plusieurs langues depuis la semaine dernière. Cette allégation, relayée de façon récurrente par les milieux antivax depuis des mois, est fausse, comme l'ont déjà expliqué de nombreux scientifiques.

"WARNING : Les chiffres sont effrayants… Des millions de personnes triplement vaccinées attrapent le SIDA ! Arrêtez de vous faire vacciner… Le bilan est CATASTROPHIQUE !!! – Dr Elizabeth Eads", titre le site Planète360, relais fréquent de désinformation. Le texte a été partagé plus de 800 fois sur Facebook depuis le 24 mars 2022, selon le logiciel de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle.

On trouve le même texte sur d'autres sites qui diffusent eux aussi régulièrement de fausses allégations, comme Profession Gendarme, Cogiito ou Business Bourse. Il s'agit d'une traduction automatique d'un article que l'on trouve en anglais sur le site américain usawatchdog.com, aux contenus à la tonalité complotiste et bourré de liens publicitaires pour des sites d'achats et ventes de métaux précieux.

Le texte relaie les propos d'Elizabeth Eads, ostéopathe en Floride. Ses affirmations sont aussi reprises en Hongrois ou en Croate.

Capture d'écran du site Planète 360 faite le 31 mars 2022

Vaccins Covid, immunité et sida

L'AFP Factuel a déjà consacré plusieurs articles de vérification (1, 2, 3, 4) aux allégations -fausses- selon lesquelles les vaccins détruiraient le système immunitaire et entraîneraient même le sida, le syndrome d'immunodéficience acquise, maladie causée par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Plusieurs publications partagées sur les réseaux sociaux détournaient des statistiques allemandes ou britanniques pour en tirer cette conclusion erronée.

Avant même le Covid, la théorie selon laquelle les vaccins seraient néfastes pour le système immunitaire était très relayée par les militants anti-vaccins, bien que les scientifiques expliquent l'inverse : le principe même de la vaccination est d'aider le système immunitaire à réagir plus vite et plus efficacement face à un pathogène (un virus par exemple) que ne le fait l'immunité naturelle.

Affirmer que les vaccins anti-Covid pourraient causer une dégradation du système immunitaire ne repose sur aucune preuve scientifique, ont en outre expliqué ces derniers mois plusieurs experts interrogés par l'AFP. Au contraire, ils stimulent le système immunitaire pour induire une protection contre le virus, même s'ils utilisent plusieurs techniques différentes pour y arriver (vaccins à ARN messager, ou à vecteur viral).

"Les vaccins n'ont aucun impact sur l'immunité naturelle", avait déjà réagi en mars 2021 le professeur en immunopathologie Michel Moutschen, puisqu'ils s'appuient sur le système immunitaire pour compléter l'immunité innée avec l'immunité acquise, comme expliqué par exemple ici par les autorités sanitaires.

Pour cette raison, "il n'y a aucun moyen que les vaccinations affaiblissent le système immunitaire", avait aussi abondé Srđa Janković, immunologiste à l'hôpital pédiatrique de Belgrade, auprès de l'AFP, et encore moins qu'elles le "détruisent" à terme, ajoutait Maja Stanojevic, virologue à l'Institut de microbiologie et d'immunologie de Belgrade et consultante auprès de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La sécurité des vaccins est surveillée de près par l'OMS et par l' Agence européenne des médicaments qui recensent et étudient tout effet indésirable survenu après l'administration d'un vaccin. En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) assure également une surveillance des vaccins contre le Covid-19 et publie des points de sécurité réguliers sur les vaccins.

Corollaire de cette théorie infondée, les milieux anti-vaccins vont jusqu'à en déduire que les vaccins entraînent le sida.

Là encore, ce n'est pas le cas, comme expliqué par plusieurs médecins: le sida est causé par un virus (VIH), il n'est pas la résultante d'un affaiblissement du système immunitaire, il en est à l'origine. Et contrairement à ce qu'affirme Elizabeth Eads, "l'immunodéficience acquise" n'est pas "un effet secondaire du vaccin" qui aurait été remonté dans le cadre de la pharmaco-vigilance. Elle affirme même que les vaccins "injectent le sida".

En revanche, les personnes souffrant d'un déficit immunitaire (les personnes immunodéprimées), à cause d'une maladie ou d'un traitement, sont plus vulnérables aux infections et doivent donc être vaccinées en priorité conformément aux recommandations.

Ces personnes peuvent avoir besoin d'un dose supplémentaire de rappel car la réponse immunitaire d'une personne vaccinée immunodéprimée est moins forte que celle d'une personne vaccinée en bonne santé. Le vaccin peut donc être moins efficace.

Le texte que nous examinons cite aussi "un rapport similaire publié la semaine dernière par le gouvernement britannique qui pointe également le triple vaccin contre le SIDA". Il s'agit d'une mauvaise traduction de cette phrase en anglais, que l'on trouve dans la version originale sur le site usawatchdogs.com: "There is a similar report out last week by the UK government that also points to the triple vaxed getting AIDS" ("Il y a une note similaire publiée la semaine dernière par le gouvernement britannique qui lui aussi montre que les triple vaccinés attrapent le sida").

Dans le texte américain, cette phrase contient un lien qui renvoie vers un article d'un autre site complotiste, britannique, The Exposé, qui relaie régulièrement de multiples fausses allégations sur le Covid et les vaccins. Le texte affirme que "le gouvernement britannique a discrètement publié des données qui confirment que les personnes triplement vaccinées vont attraper le sida d'ici quelques semaines".

Et de renvoyer vers une note de statistiques officielles britanniques sur la vaccination publiée le 10 mars 2022. Mais en réalité, ce document ne dit pas cela et les termes SIDA ou syndrome d'immunodéficience acquise n'y figurent pas.

Capture d'écran de la note officielle de l'Agence de santé britannique (UK Health Security Agency) faite le 31 mars 2022

Du fait que la protection induite par le vaccin diminue avec le temps, surtout face au variant Omicron et contre les formes les moins graves de la maladie (ce que les scientifiques et les fabricants eux-mêmes expliquent depuis des mois), The Exposé en tire comme conclusion que le système immunitaire des triple vaccinés est plus faible que celui des non vaccinés.

L'agence de santé britannique dit l'inverse dans sa note : "l'efficacité des vaccins contre les formes symptomatiques de la maladie avec le variant Omicron est nettement plus faible que contre le variant Delta, avec une baisse rapide. Toutefois, la protection contre les hospitalisations demeure élevée, surtout après trois doses", ce que confirment les différents tableaux statistiques fournis.

Pour appuyer son propos, Elizabeth Eads évoque "une étude de Stanford" sans en donner la référence, et qui selon elle affirme que "la protéine de pointe dans les vaccins CV19 dont tout le monde parle s’appelle le Lentivirus", qui serait "une combinaison de VIH, types un à trois, SRV/1, qui est le SIDA, le MERS et le SRAS. Dans l’étude de Stanford, le Lentivirus le plus connu est l’agent pathogène de l’immunodéficience humaine, qui cause le SIDA".

 Le propos est assez confus mais en tout état de cause, les recherches de l'AFP n'ont pas permis de trouver une publication de l'université américaine qui dirait cela.

De plus, difficile de voir quel serait le rapport entre la "protéine de pointe" (appelée aussi protéine "spike" ou "S") -qui n'est d'ailleurs pas contenue dans les vaccins mais dont les vaccins induisent la fabrication par l'organisme- et le lentivirus, qui est le type de virus auquel appartient le VIH, à l'origine du sida.

Caractéristique du Sars-CoV-2, la protéine S est la porte d'entrée du virus dans les cellules et les vaccins actuels font produire par l'organisme cette protéine pour l'entraîner à reconnaître le pathogène et lutter contre une vraie infection.

D'après la définition du Larousse médical, le "lentivirus" est un "genre de virus à A.R.N. appartenant à la famille des rétrovirus (Retroviridæ). Les lentivirus sont responsables de maladies d'évolution lente qui touchent le système nerveux central (encéphalites subaiguës) et le système immunitaire et qui sont non néoplasiques (non cancéreuses), à la différence des maladies provoquées par les oncovirus, autres rétrovirus. Chez l'homme, on a identifié actuellement deux lentivirus : le V.I.H.1 et le V.I.H.2, responsables du sida".

Difficile donc de saisir ce qui fait dire à Elizabeth Eads que "la protéine de pointe dans les vaccins CV19 dont tout le monde parle s’appelle le Lentivirus".

Vaccination au Japon en janvier 2022 ( POOL / EUGENE HOSHIKO)

Parmi les pistes envisagées pour mettre au point un vaccin contre le Sars-CoV-2, l'Institut Pasteur avait bien mentionné un projet de vaccin nasal utilisant comme "vecteur" un lentivirus, qui n'est pas sur le marché à ce jour. Plus traditionnel que la technique de l'ARN messager, un vaccin à vecteur viral contient une version inoffensive d'un virus (le vaccin AstraZeneca utilise un adénovirus, par exemple) pour transporter aux cellules du vacciné les instructions pour produire la protéine de pointe.

On peut constater que ce lien indirect n'a rien à voir avec ce qu'avance Mme Eads.

Vaccins et cancers

La publication que nous examinons relaie aussi une autre allégation récurrente de désinformation anti-vaccinale, qui voudrait que les vaccins causent des cancers et modifieraient le génome. Là encore, c'est une crainte infondée, comme expliqué par exemple dans cet article de vérification de l'AFP Factuel.

"Il n’y a rien qui permet de lier les vaccins ARN messager au cancer", explique Jérôme Hinfray, chargé de communication scientifique à la Ligue contre le cancer, à l'AFP le 27 janvier 2022. "Le vaccin est injecté mais il a une durée de vie extrêmement courte dans l'organisme, cet ARN ne peut en aucun cas pénétrer dans le noyau de la cellule et interférer avec ce génome et amener des mutations, c'est du fantasme".

"Ces technologies vaccinales ne sont pas sorties du chapeau, ça fait très longtemps qu'on travaille sur l'ARN, les premiers essais de vaccination datent des années 1990 on a déjà beaucoup de recul par rapport à cette technologie qui, en plus, est envisagée comme une des meilleurs pistes pour le traitement contre le cancer", ajoutait-t-il. "Donc là, il n'y a aucun rationnel d'ordre scientifique" qui permettrait d'établir un lien entre vaccination anti-Covid-19 et cancer.

"Il n’y a pas de rationnel", abondait Maya Gutierrez, spécialiste en oncologie médicale à l'institut Curie. "Et au niveau du timing, c’est beaucoup trop court, c'est impossible qu’une vaccination puisse entraîner des phénomènes comme cela, il y a deux incohérences dans ce discours, sur le mécanisme et le timing".

Comme également rappelé dans cet article, certains pays ont pu connaître à la faveur de la pandémie une hausse de cas de cancers, attribuée aux perturbations du système de soins, qui ont pu retarder des diagnostics et des prises en charge.

Enfin, comme beaucoup de militants anti-vaccins depuis l'arrivée des injections anti-Covid, Elizabeth Eads évoque des "vaccins expérimentaux", une expression anxiogène et trompeuse.

Comme expliqué notamment dans cet article de l'AFP Factuel, les vaccins anti-Covid -même si leur mise au point et leur utilisation ont été accélérées par rapport aux vaccins précédents- ne sont pas considérés comme expérimentaux et sont passés par les contrôles habituels.

Ils continuent d'être surveillés par les scientifiques et les autorités du monde entier, qui confirment régulièrement que le rapport bénéfice-risques de ces vaccins est très largement favorable, comme le résume ici par exemple l'Agence européenne du médicament.

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