Des seringues du vaccin Pfizer/BioNTech contre le Covid-19, dans un centre de vaccination de la Marine nationale, à Toulon, le 16 avril 2021 (archive). ( AFP / Nicolas TUCAT)

Un calendrier prouvant que la livraison des vaccins Pfizer est suspendue pendant la campagne présidentielle ? Une "erreur de saisie", selon la DGS

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Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes affirment, calendrier prévisionnel à l'appui, que la livraison des vaccins Pfizer contre le Covid-19 sera interrompue par le gouvernement du 27 février au 8 mai 2022. Une "pause vaccinale" jugée suspecte, car la vaccination reprendrait peu après l'élection présidentielle, à en croire ce visuel. Si ce document est authentique, la Direction générale de la Santé évoque à l'AFP une "erreur de saisie" et explique que des livraisons sont bien prévues ces prochains mois sans la moindre interruption.

"Voici les livraisons de vaccins prévues par le gouvernement, une petite pause électorale et, après, une dose tous les 4 mois pour tout le monde", "Pause vaccinale a dit Véran.... Plus de commande à partir du 27 février 2022, mais reprise le 8 mai 2022 !", "Apparemment, Olivier Véran pense que la fatigue vaccinale des Français aura disparu après les élections..."

Sur Facebook comme sur Twitter (1, 2, 3), de nombreux internautes affirment, depuis quelques jours, que les livraisons de vaccins Pfizer contre le Covid-19 seront interrompues ces prochains mois. Tous s'appuient sur la capture d'écran d'un tableau censé montrer le décompte des livraisons de doses de ce vaccin, semaine par semaine, du 9 janvier au 3 juillet 2022.

Capture d'écran du tableau relayé sur les réseaux sociaux, prise le 24/02/2022 sur Facebook. ( Alexis ORSINI)

Sur ce document, le nombre de doses livrées chaque semaine se révèle conséquent jusqu'au 20 février mais tombe soudainement à zéro le 27 février, et ce jusqu'au 1er mai, soit pendant dix semaines consécutives... pour finalement reprendre le 8 mai, avec une livraison de 1.808.820 doses. De quoi provoquer l'incrédulité de nombreux internautes, certains y voyant la preuve que l'injection d'une quatrième dose de vaccin est d'ores et déjà prévue par le gouvernement après l'élection présidentielle - dont le deuxième tour se déroulera le 24 avril.

Florian Philippot, figure des manifestations anti-pass, a quant à lui réagi indirectement aux données figurant dans ce tableau en tweetant, le 23 février : "Les commandes de produits Pfizer reprendront dès le 8 mai 2022 ! Pas une seule question à Véran sur ce sujet hier au Sénat ! Tous les candidats à la présidentielle doivent exiger de savoir pourquoi, dans quel but!"

Une interrogation également relayée la veille sur l'antenne de Sud Radio, dans une chronique d'André Bercoff consacrée à ce fameux tableau, qu'il concluait en ces termes : "Ca veut dire quoi, qu'on reprend en mai ? C'est quand même très étrange... On aimerait bien qu'on nous explique cela. Mais je suis sûr que nous aurons des explications extrêmement claires, fouillées et précises comme d'habitude."

Si le document en question est authentique et émane bien du gouvernement, l'absence de doses entre le 27 février et le 8 mai est due à une "erreur de saisie et non [à] une interruption des livraisons", selon les explications fournies par la Direction générale de la santé (DGS) à l'AFP - et dans un premier temps à Checknews.

Des livraisons sont bien prévues en mars et en avril

Le tableau relayé sur les réseaux sociaux est accessible publiquement sur la page des "données relatives aux livraisons de vaccins contre [le] COVID-19" du site data.gouv.fr - que certains internautes n'ont pas manqué de citer en source de leurs propos.

Capture d'écran de la page des "données relatives aux livraisons de vaccins contre la COVID-19" du site data.gouv.fr prise le 24 février 2022. ( Alexis ORSINI)

Comme l'explique cette page, mise à jour pour la dernière fois le 11 février 2022, les chiffres en question émanent des "informations d'expédition transmises par les fournisseurs de Santé Publique France" et "correspondent aux livraisons réalisées et prévisionnelles des doses de vaccin Covid-19 en France métropolitaine et DROM par les fournisseurs de vaccins (Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca)".

La DGS précise à l'AFP que l'erreur de saisie concernant la période du 27 février au 8 mai est "liée à l’arrivée des nouvelles formes du vaccin Pfizer (pédiatrique et pré-diluée) qui n’ont pas été correctement prises en compte". Des livraisons sont donc bien prévues au cours des deux prochains mois, la DGS attendant "12,17 millions de doses Pfizer [...] en mars et 11,6 millions en avril". Le tableau actualisé avec les chiffres à jour devrait quant à lui être prêt "la semaine prochaine".

La poursuite des livraisons du vaccin Pfizer en France au moins jusqu'en juillet 2022 n'a quant à elle rien d'étonnant : celles-ci sont prévues jusqu'en 2023 parmi les Etats membres de l'Union européenne, comme l'avait annoncé la Commission européenne en mai 2021, juste après avoir commandé jusqu'à 1,8 milliard de doses supplémentaires de ce vaccin.

Pas de "bénéfice individuel significatif" pour une quatrième dose à l'heure actuelle

Quant à l'hypothèse d'une quatrième dose de vaccin, elle a été écartée dans l'immédiat le 20 février, dans l'émission Grand Jury RTL-Le Figaro–LCI, par Olivier Véran. Le ministre de la Santé a indiqué qu'elle "ne s'impose pas aujourd'hui" selon les autorités sanitaires, tout en envisageant "très tranquillement" d'y recourir si elle devenait "absolument nécessaire".

Le 19 janvier 2022, le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale (COSV) a en effet estimé qu'une quatrième dose de vaccin anti-Covid n'est pas justifiée à ce stade, en raison d'une absence de "bénéfice individuel significatif" selon les dernières données scientifiques disponibles - sauf pour les "personnes sévèrement immunodéprimées", auxquelles le COSV a "d'ores et déjà recommandé l'injection systématique d'une seconde dose de rappel".

Le COSV notait aussi à cette occasion que l'application immédiate d'une quatrième dose de vaccin anti-Covid-19 pourrait avoir "un effet contre-productif", en étant "interprétée comme un signal d'inefficacité de la vaccination par l'opinion", potentiellement synonyme d'"un risque de désengagement à l'égard d'une vaccination perçue comme trop fréquente".

Si Olivier Véran n'a pas parlé de "pause vaccinale", contrairement à ce qu'affirment certains internautes, il a évoqué un risque de "fatigue vaccinale", en référence à ce phénomène de lassitude collective : "C'est ces Français qui disent "on a fait une dose, deux doses, maintenant trois doses... Vous nous demandez d'en faire une quatrième, on en a marre".

Lors de son audition au Sénat par la commission d'enquête sur l'adéquation du pass vaccinal à l'évolution de l'épidémie de Covid-19, mardi 22 février, le ministre de la Santé a par ailleurs indiqué que le gouvernement visait toujours l'horizon de la mi-mars pour la levée du pass vaccinal. A condition que plusieurs critères soient réunis : une diminution durable du nombre de cas, au moins sous le seuil des 500 pour 100.000 habitants, un nombre total de malades Covid inférieur à 1.500 dans les services de réanimation, un nombre de reproduction R "durablement inférieur à 1".

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