Covid-19 : les masques protègent aussi contre les petites particules

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"Aucun masque ne peut protéger contre les petites particules", affirme dans une vidéo Facebook partagée plus de 2.000 fois l'ancien présentateur TV Richard Boutry. Mais si le virus du Covid-19 est effectivement plus petit que les pores des masques, celui-ci voyage sur des gouttelettes plus grosses et est très largement filtré, expliquent des experts à l’AFP. Même les micro-gouttelettes, les aérosols, peuvent être interceptées par le masque.

"Voici ce que dit le New England Journal of Medicine, l'une des références en matière de médecine outre-Manche, à propos du masque : le virus, en fait, a la taille d'un millième de celle d'un cheveu. Sa taille c'est 0,12 micron, c'est une ineptie de croire que le masque stoppe le virus", affirme Richard Boutry dans une vidéo publiée le 21 octobre sur sa page Facebook.

"Il se faufile à travers les mailles du masque, autour du masque, comme des balles de golf qui passeraient à travers les mailles d'un filet de tennis. Aucun masque  je dis bien aucun masque ne peut protéger contre les petites particules", poursuit l'ancien présentateur, qui a officié notamment sur France 3.

Capture d'écran Facebook prise le 27/10/2020

"[Les masques] ne servent qu'à une chose, conclut la revue scientifique britannique [revue qui est en réalité américaine, NDLR], c'est de contribuer à limiter la propagation de l'anxiété", ajoute-t-il à la fin de sa vidéo.

DÉSINTOX

Différentes études (voir notamment ici et ici) indiquent bien que les particules de Covid-19 mesurent environ 0,12 micron. Mais Richard Boutry développe à partir de cette information un argumentaire qui figurait déjà dans des publications Facebook virales en juillet, et que l'AFP avait déconstruit dans un article. Ces publications comparaient les pores des masques à des "tunnels de métro" qui laisseraient circuler le virus.

"Cette argumentation est fallacieuse", expliquait alors à l'AFP Jean-Michel Courty, professeur de physique à la Sorbonne et chercheur au laboratoire Kastler Brossel. Si le virus est effectivement plus petit que les pores du masque, "le virus voyage sur des gouttelettes d’eau plus grosses", expulsées lors d'éternuements ou de conversations, précisait-il. 

Se concentrer sur "la taille des particules virales n'est pas pertinent. C'est la taille des gouttelettes qui contiennent le virus qui importe", affirmait également début juillet à l'AFP Julian Leibowitz, professeur en pathogénie microbienne et immunologie à la Texas A&M University.

"Le virus se transmet en grande majorité par des gouttelettes plus grosses, de 5 à 15 microns de diamètre", abonde Patrick Remington, ancien épidémiologiste pour les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) et directeur du Programme de résidence en médecine préventive à l’université de Wisconsin-Madison.

"Les masques bien ajustés réduisent de façon significative le nombre de gouttelettes expulsées par une personne", ajoute-t-il.

Le masque chirurgical filtre de plusieurs façons

Ces gouttelettes sont relativement "lourdes" et retombent rapidement, selon l'OMS. Et même les gouttelettes plus légères qui restent suspendues dans l’air, les aérosols (moins de 5 microns), provenant de l'évaporation des gouttelettes ou de la simple respiration des porteurs du virus, peuvent être efficacement interceptées par le masque, affirme Jean-Michel Courty.

Leur filtration est possible grâce à trois effets de physique – l'effet d'inertie et les captures électrostatiques ou par diffusion – expliqués par le chercheur dans cette vidéo (entre 5'10" et 7'30").

Les masques chirurgicaux sont fabriqués en polypropylène, un matériau qui "attire les petites particules, comme les torchons en polypropylène [microfibre] qui attirent la poussière", ajoute le Pr Courty.

Certaines particules parviennent toutefois à s’échapper : d'après une étude publiée en 2008 dans la revue scientifique The Annals of Occupational Hygiene, les masques chirurgicaux filtrent en moyenne 60% des aérosols entre 0,02 et 2 micromètres de diamètre. Mais une étanchéité parfaite n’est pas souhaitable : "on ne pourrait plus respirer !", affirme Jean-Michel Courty.

D’après les normes du ministère de la Santé, les masques vendus au grand public doivent filtrer au minimum 70% des particules – toutes tailles confondues.  

"Les masques n'ont pas besoin d'être efficaces à 100% pour avoir un rôle significatif sur le ralentissement de l'épidémie", juge à cet égard le virologue Benjamin Neuman, de la Texas A&M University.

L'OMS comme les autorités sanitaires considèrent le port du masque comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage de mains. Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement les uns les autres. 

Les masques, utiles seulement pour "limiter l'anxiété" ? 

Richard Boutry fait également référence dans sa vidéo à un texte publié dans le New England Journal of Medicine, dont la conclusion serait que les masques "ne servent qu'à contribuer à limiter la propagation de l'anxiété".

Les auteurs d'un article diffusé en avril sur le site de la revue médicale écrivent que "le plus grand apport de l'élargissement du port du masque a peut-être été de réduire la diffusion de l'anxiété, au-delà du rôle qu'il a pu jouer dans la réduction de la transmission du Covid-19".

Ce texte avait alors été brandi par des opposants au port du masque –que l'OMS conseillait alors de réserver aux soignants et aux personnes malades –, comme expliqué ici par le service de vérification du quotidien américain USA Today.

En réaction, les auteurs ont publié début juillet une mise au point sur le site du New England Journal of Medicine.

"Nous constatons que des personnes citent notre article (publié le 1er avril sur NEJM.org) comme un support afin de discréditer le port du masque généralisé. En réalité, l'objectif de notre article était de pousser pour l'élargissement du port du masque, et non le contraire", écrivaient-ils.

"Il apparaît que de nombreuses personnes infectées par le Sars-Cov-2 sont asymptomatiques ou présymptomatiques et pourtant hautement contagieuses, et que ces personnes représentent une part substantielle de toutes les transmissions", ajoutaient-ils.

Depuis, les connaissances sur le virus ont évolué, notamment sur la transmission du virus par aérosols. Ce mode de transmission "ne peut être exclu", a reconnu l'OMS début juillet, en particulier dans "certains endroits fermés, comme les lieux très fréquentés et mal aérés" et lorsque des personnes y sont présentes "pendant une durée longue". Exemples ? Les chorales, les restaurants et les cours de sport.

Plusieurs travaux scientifiques ont par ailleurs conclu à l'efficacité des masques, comme expliqué ici par des chercheurs des universités de Pennsylvanie et de Cambridge, qui soulignent que "les preuves continuent à s'accumuler montrant que les masques, y compris ceux en tissu, préviennent la transmission de l'infection".

Rémi Banet
CORONAVIRUS