Cette vidéo des Médecins pour la vérité relaie de fausses informations sur la pandémie

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La vidéo d'une conférence des Médecins pour la vérité qui s'est tenue le 25 juillet à Madrid est devenue virale sur les réseaux sociaux. Dans leur prise de parole, les intervenants dénoncent des manquements dans la gestion de la crise sanitaire du Covid-19, en questionnant par exemple l'efficacité des masques et des tests PCR ou en assurant que le virus peut se propager à travers les ondes électromagnétiques des réseaux 5G. Mais plusieurs de ces affirmations sont fausses, selon des experts et des documents consultés par l'AFP.

La vidéo de la conférence, longue d'une heure et demi, a été partagée à l'origine en espagnol sur Youtube, puis relayée avec des sous-titres en français, avant que la plateforme ne supprime la vidéo. Mais de nombreuses publications reprenant les principales affirmations énoncées pendant la conférence continuent de circuler sur Facebook (1, 2, 3) et Twitter (1, 2).

Capture d'écran prise sur Facebook le 24/08/20

Selon les intervenants de la conférence, le groupe des Médecins pour la vérité, rassemble "plus de 140 médecins", qui considèrent que "beaucoup des mesures mises en place [contre le nouveau coronavirus] n'ont pas été les plus adéquates".

L'AFP a vérifié quelques-unes des affirmations énoncées pendant la conférence: 

1- L'OMS ne recommande pas le port du masque pour la population en bonne santé car il aurait des effets nocifs: TROMPEUR

Pendant sa prise de parole, la médecin généraliste Natalia Prego Cancelo assure que l'obligation de porter un masque ne concerne que les "médecins, patients et soignants [...] mais que cette obligation ne s'applique pas pour la population en bonne santé". Cette affirmation se fonde, selon elle, sur deux documents de l'OMS, le premier publié le 6 avril 2020 et le second le 5 juin.

Dans le premier document, l’OMS écrivait effectivement, avant de revenir sur ses propos, qu’il "n'a pas été démontré que l'utilisation de masques (médicaux ou autres) en communauté par des personnes en bonne santé évite la transmission de virus respiratoires, dont le Covid-19" et considérait "crucial de fournir les masques médicaux et les masques autofiltrants en priorité aux professionnels de santé".

Néanmoins, dans le rapport du 5 juin, l’OMS a actualisé sa position et a indiqué que, "pour prévenir la transmission en communauté du Covid-19, les gouvernements devront encourager la population à utiliser un masque dans des situations et des environnements spécifiques".

En outre, il existe plusieurs travaux scientifiques relevant l'efficacité des masques, comme expliqué par des chercheurs des universités de Pennsylvanie et de Cambridge, qui soulignent que "les preuves continuent à s'accumuler montrant que les masques, y compris ceux en tissu, préviennent la transmission de l'infection".

En citant un autre document du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, Natalia Prego Cancelo explique que l’utilisation du masque par une population en bonne santé peut provoquer des "effets nocifs", comme des "difficultés respiratoires, des maladies respiratoires, l’autocontamination, la pollution de l’environnement, l’aggravation de troubles du comportement".

Ce document, énumère effectivement plusieurs risques potentiels liés au port du masque mais n'indique jamais que les masques peuvent provoquer des maladies respiratoires.

Par ailleurs, il précise bien que les masques peuvent être préjudiciables pour certains groupes de la population comme des enfants ou des personnes ayant déjà des maladies respiratoires, mais le document recommande bien son utilisation par des personnes en bonne santé afin de lutter contre le Covid-19.

L'AFP a déjà vérifié de nombreuses fausses informations sur le port du masque ici, ici ou encore ici

2 - Les tests PCR ne sont pas efficaces pour détecter le nouveau coronavirus : TROMPEUR

Natalia Prego Cancelo assure que le test PCR (Réaction en chaîne par polymérase) ne permet pas de "déterminer qu'un virus est infectieux", en se basant sur un document de l'OMS du 9 juillet.

Puis, María José Martínez prend la parole. Elle se présente elle aussi comme une médecin, bien que son nom ne figure pas sur la liste des médecins agrégés d'Espagne. Elle explique que "près de 80%" de la "séquence génétique" du nouveau coronavirus "coïncide avec le Sars-CoV-1" en se basant sur des études publiées dans le New England Journal of Medicine et la revue scientifique Nature. "Ces tests peuvent donner un résultat positif pour n'importe quel fragment d'ARN d'un coronavirus", assure María José Martínez.

Le document publié par l'OMS le 9 juillet précise effectivement que le test PCR "n'indique pas nécessairement la présence d'un virus capable de se répliquer et d'être infectieux" mais l'organisation recommande toutefois l'utilisation de ces tests pour détecter l’ampleur et les foyers de l’infection du SARS-CoV-2.

Joan Carles March, professeur à l’Ecole Andalouse de Santé Publique (EASP) précise que "même si un test ne peut pas identifier la présence du virus en totalité ; ou déterminer à 100% que la personne est atteinte de ce virus, il reste le moyen le plus efficace que nous avons de détecter que le virus a été là".

Magdalena Montt, professeur en Neurosciences et sciences endocriniennes-métaboliques à l’Université de Pisa, abonde: "De toutes les techniques de dépistage disponibles, elle présente la plus haute sensibilité, reproductibilité et simplicité".

Concernant la possible confusion entre le SARS-CoV-2 et d’autres coronavirus comme le SARS-CoV-1 par les tests PCR, Kenneth Witwer, professeur à l’Ecole de Médecine de l’Université Johns Hopkins, aux Etats-Unis, a expliqué à l'AFP pourquoi il n'est pas problématique que les deux virus soient étroitement liés.

Il rapporte que certains tests ont été, à l’origine, conçus pour le SARS-CoV-1 et pourraient aussi "fonctionner" pour le SARS-CoV-2, en rappelant néanmoins que le SARS-CoV-1 ne circule plus sur des populations humaines.

Un prélèvement nasal est effectué sur un homme dans un centre de test du virus du Covid-19 à Quiberon, le 27 juillet 2020 (Fred Tanneau )

3- Le vaccin contre la grippe provoque des formes graves de COVID-19 : INFONDÉ

María José Martínez assure par ailleurs qu’il "y a des études statistiques qui montrent une corrélation (...) entre le vaccin de la grippe et des formes graves de Covid-19", sans pour autant expliquer desquelles il s'agit. "Un deuxième vaccin, pourrait provoquer une maladie beaucoup plus grave et après on nous dirait que c'est une deuxième vague, un rebond, ou que-sais-je", fustige-t-elle.  

Ce n'est pas la première fois qu'un lien entre le vaccin de la grippe et le Covid-19 est évoqué. Ceux qui défendent cet argument, se basent sur une étude réalisée aux Etats-Unis. Ses résultats montrent que lors de la saison 2017-2018, 7,8% des personnes vaccinées contre la grippe ont été testées positives pour un coronavirus, contre 5,8% des personnes qui n'ont pas été vaccinées. 

Toutefois, l’auteur de l’étude, Greg G. Wolff, qui a déjà essayé de mettre fin à cette controverse dans une lettre, rappelle que: "Les résultats de cette étude se basent sur les quatre souches endémiques de coronavirus  (229E, NL63, OC43 et HKU1) qui circulaient pendant la saison de grippe 2017-2018, pas sur le nouveau coronavirus (Covid-19)".

Il assure que "les chiffres de cette étude ne peuvent pas et ne doivent pas être interprétés pour établir un lien quelconque entre le vaccin contre la grippe et la maladie du Covid-19".

4- L’hydroxychloroquine est efficace pour traiter une forme légère de Covid-19 : INFONDÉ

D'après María José Martínez quand le Covid-19 "se présente sous une forme légère (...) il peut très bien être traité avec de l'hydroxychloroquine".

Pourtant, de plus en plus d’études constatent l’inefficacité de ce traitement contre le SARS-Cov2 sur l'homme. Une étude réalisée dans des hôpitaux new-yorkais et publiée début mai dans la revue américaine NEJM a noté que l'hydroxychloroquine n'a, ni amélioré, ni détérioré de manière significative, la situation de patients en état grave. 

Début juin, le vaste essai britannique Recovery a affirmé que l'hydroxychloroquine n'avait "pas d'effet bénéfique" contre le Covid-19. Une étude menée dans 55 hôpitaux brésiliens et publiée le 24 juillet, a également observé que l’hydroxychloroquine, combiné ou non à l'antibiotique azithromycine, était inefficace face au Covid-19.

Enfin, une autre étude, conduite en France sur près de 55.000 patients a conclu début juillet que les patients traités "au long cours" avec de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine, notamment pour des maladies auto-immunes, n’ont pas été moins touchés par des formes graves de Covid-19 durant l’épidémie.

Le Pr Didier Raoult, lui, continue d’affirmer que l'hydroxychloroquine associée à un antibiotique, l'azithromycine, est efficace contre la maladie. Il a rendu publiques plusieurs études (1, 2, 3), qui selon lui en montrent l’efficacité mais elles ont été très critiquées par des scientifiques (1,2), en raison de leurs biais méthodologiques -trop petits groupes de patients pour les deux premières, pas de groupe témoin dans la troisième. 

En juin, la FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) a "déterminé que la chloroquine et l’hydroxychloroquine sont peu efficaces pour traiter le Covid-19" et est revenue sur l'autorisation de les administrer en cas d'urgence pour des patients hospitalisés à cause de la maladie. 

L’OMS a également annoncé en juillet qu'elle avait interrompu les essais d’hydroxychloroquine sur des patients infectés par le Covid-19, parce que le médicament ne "réduit pas la mortalité des malades de Covid-19 hospitalisés ou alors entraîne une diminution très légère de celle-ci". 

5- Anticoagulants et anti-inflammatoires sont efficaces : TROMPEUR

"Il a fallu attendre que de courageux médecins italiens procèdent à des autopsies sur des personnes décédées du Covid-19 pour constater qu'elles présentaient un syndrome de coagulation intravasculaire disséminée, et ainsi s'apercevoir qu’il faut donner des anticoagulants et des anti-inflammatoires", poursuit María José Martínez.

Une étude décrivant les résultats d’autopsies sur une quarantaine de patients décédés de la maladie Covid-19 a effectivement été menée à Bergame et Milan. Elle a été diffusée le 22 avril sur la plateforme MedRxiv et en est restée au stade de la pré-publication, c'est-à-dire que ces hypothèses n'ont pas été relues, corrigées et validées par d'autres chercheurs. 

Dans cette étude, des thrombus, aussi appelés caillots, situés dans des petits vaisseaux sanguins ont été observés chez 33 des 38 patients. Les auteurs de l'étude en concluent que la maladie est liée "à des problèmes de coagulation du sang et à la thrombose". Pour ces raisons ils suggèrent d'utiliser des anticoagulants comme traitement "bien que leur efficacité et leur innocuité n'aient pas été démontrées".

Le docteur Carlos Jiménez, président de la Société Espagnole de Pneumologie (SEPAR) contacté par l'AFP, estime que des anticoagulants "peuvent être prescrits" mais sous certaines conditions, soulignant que leur efficacité n'a pas encore été prouvée contre le virus du Covid-19.

Quant aux anti-inflammatoires, leur efficacité n'a pas non plus été prouvée, selon le médecin.

"Le paracétamol a une action antipyrétique et est donc très utile en cas de forte fièvre mais il ne guérit pas les nouvelles infections au coronavirus", peut-on lire sur le site du ministère italien de la Santé.

Des essais cliniques (Recovery et Solidarity) pour tester l’efficacité de certains médicaments contre le virus du Covid-19 sont en cours. Mais, à ce stade, "aucune étude n'a permis de ‎démontrer l’efficacité d’un médicament ‎actuel pour prévenir ou traiter la maladie", rappelle l'OMS sur son site. 

6- Le dioxyde de chlore, l’ozone et le peroxyde d’hydrogène sont des traitements préventifs avérés contre le COVID-19: FAUX

María José Martínez avance encore qu'il est "prouvé" que l'"ozone, le dyoxide de chlore et le peroxyde d’hydrogène" sont des "traitements préventifs" contre le Covid-19.

Selon Daniel Pérez, epidémiologiste à l’Hopital La Raza au Mexique, le dioxyde de chlore n’est pourtant efficace que pour prévenir la contamination de superficies d’eau par le nouveau coronavirus.  "Le chlorite de sodium et le dioxyde de sodium sont des substances très corrosives. Les inhaler, les injecter ou les consommer peut causer des dégâts pour la santé, les ingérer peut même causer une intoxication", estime-t-il. 

La FDA a même comparé la toxicité de la consommation de dioxyde de chlore à celle de l’eau de javel en cas d'ingestion. 

L’Association Internationale d’Ozone indique (IOA) pour sa part qu'il n’existe pas de preuves qui attestent de l’efficacité de ce gaz contre le nouveau coronavirus. "Si l'ozone est efficace pour neutraliser de nombreux virus, l'IOA n'a pas connaissance d’études ni de preuves qui aient été réalisées spécifiquement à propos du coronavirus SARS-CoV-2", indique le communiqué. 

Enfin, concernant le peroxyde d’hydrogène, Virginia Natero, professeure adjointe au Département d'aliments de l’Ecole de nutrition de l’Université en Uruguay estime qu'il "n'y a pas de consensus international" sur ce composé chimique.

Un cycliste passe devant des affiches contestant le lien entre la technologie 5G et le nouveau coronavirus; Melbourne le 24 juin 2020 (William West)

7- Le nouveau coronavirus peut se propager à travers la technologie 5G : FAUX

L’animateur de la conférence, le docteur Ángel Ruiz Valdepeñas, connu en Espagne pour ces propos niant l'existence de la pandémie, assure que le nouveau coronavirus peut se propager à travers la "contamination électromagnétique de la technologie 5G". 

Mais l'OMS réfute la rumeur selon laquelle les réseaux ou antennes 5G de téléphonie mobile puissent favoriser la propagation du virus. "Les virus ne circulent pas sur les ondes radio ou par les réseaux mobiles. Le Covid-19 se propage dans de nombreux pays qui n'ont pas de réseau mobile 5G", indique l’OMS dans la rubrique "en finir avec les idées reçues" de son site internet.

Plusieurs experts consultés par l’AFP en avril confirment également qu'il n'existe aucune preuve scientifique suggérant que les réseaux sans fil 5G ont causé le Covid-19 ou ont eu des effets néfastes sur la santé humaine.

Retrouvez ici la liste des vérifications sur le nouveau coronavirus effectuées par l'AFP.

AFP Espagne
Traduction et adaptation :
 
Anne-Dominique Correa
Juliette Mansour
CORONAVIRUS