Cette tribune de l'écrivaine Calixthe Beyala sur le vaccin anti-covid 19 contient des fausses informations

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Une tribune de l’écrivaine franco-camerounaise Calixthe Beyala, partagée des centaines de fois sur les réseaux sociaux, affirme que le vaccin contre le Covid-19 modifie l’ADN et rend stérile. Selon des scientifiques contactés par l’AFP, ces affirmations sont infondées. Certains vaccins dits à “ARN messager” interagissent  bien avec la génétique du patient mais leur courte durée de vie dans l’organisme ne leur permet pas de modifier l’ADN. De plus, l'hypothèse selon laquelle le vaccin rendrait les patients stériles n’est pas prouvée scientifiquement à ce jour.

"Il n’existe pas un vaccin anti Covid-19", affirme l’écrivaine franco-camerounaise Calixthe Beyala dans une tribune publiée sur sa page Facebook, depuis supprimée, selon laquelle "ce qui est injecté aux humains" relève de la "thérapie génique". 

Repris in extenso dans plusieurs publications depuis le 7 février, ce texte a été partagé des centaines de fois sur les réseaux sociaux, et relayé notamment par Afrik-inform, qui se décrit comme un site d’information en ligne.

"Il est temps que les dirigeants du monde prennent leurs responsabilités en restituant la vérité", explique Calixthe Beyala dans sa tribune. Selon l’écrivaine, le vaccin anti covid-19 est une "thérapie génique" et "aucunement un vaccin". Elle note également que "la manipulation au niveau de nos gènes peut avoir de grosses conséquences sur l’évolution de la race humaine" comme  "la stérilité". 

Capture d’écran Facebook, prise le 18 février 2021

Sur sa page Facebook, Calixthe Beyala a fait savoir le 3 février que la publication originale avait été supprimée par Facebook. 

Le réseau social a pris des mesures pour lutter contre les publications anti-vaccins ou complotistes pour limiter la propagation d’informations non vérifiées. 

En effet, cette tribune se base sur des affirmations réfutées par plusieurs spécialistes de la génétique et de l’immunologie contactés par l’AFP.

Le vaccin contre le covid 19 ne modifie pas l’ADN

Comme l’expliquait l’AFP dans cet article, le but d’un vaccin est d’apprendre à l'organisme à reconnaître un virus pour qu'il produise une réponse immunitaire. 

Pour y parvenir, plusieurs techniques existent: l'une des plus utilisées consiste à inoculer un virus atténué ou inactivé, de façon à ce qu'il soit inoffensif pour le patient mais reconnaissable par l'organisme. 

Dans le cas de certains vaccins contre le Covid-19, on injecte une molécule fabriquée en laboratoire qui va ensuite demander aux cellules de fabriquer une protéine spécifique au coronavirus, afin qu’il soit reconnaissable par l’organisme et que le corps produise une réponse immunitaire. On parle de vaccins à ARN messager.

Dans sa tribune, l’auteure franco-camerounaise pense que cette procédure est semblable à une "manipulation au niveau de nos gènes", qui "peut avoir de graves, très graves conséquences sur l’évolution de la race humaine".

Mais l’ARN messager et l’ADN ne peuvent pas se rencontrer puisque l’ARN messager "ne peut pas se mettre dans l’ADN", a expliqué à l’AFP la Dr Maria Victoria Sanchez du laboratoire d'immunologie et de recherche vaccinale IMBECU-CCT-CONICET en Argentine.

"La transcription de l'information génétique (l'ARN, ndlr) en une protéine se déroule dans le cytoplasme et non dans le noyau de la cellule", détaille la chercheuse. Or l’ADN se trouve dans le noyau de la cellule. Si l’ARN messager ne pénètre jamais ce noyau de la cellule, il n’y a aucune possibilité qu’il puisse modifier quelconque gène. 

Des propos corroborés par Yap Boum II, biologiste à l’Epicentre, la branche Recherche et épidémiologie de Médecins sans frontières (MSF) au Cameroun.

"L’ADN peut se transformer à un moment en ARN, qui va transmettre l’information qu’il faut produire des protéines. Mais le chemin inverse n’est pas possible, l’ARN ne peut pas revenir dans l’ADN", explique-t-il.

"C’est comme si l’ADN donnait naissance à l’ARN. L’enfant ne peut pas accoucher de ses parents", simplifie-t-il.

La thérapie génique évoquée par Calixthe Beyala consiste à introduire du matériel génétique dans des cellules pour soigner une maladie, explique l’Inserm sur son site. Ce n’est toutefois pas le cas des vaccins à ARN messager.

De plus,  l’ARN vaccinal ne reste pas dans le corps, sa durée de vie étant limitée. Dès que sa mission est remplie, à savoir la synthèse des antigènes qui vont développer des anticorps, "l’ARN vaccinal se détruit", a précisé à l’AFP le généticien français Axel Kahn.

En outre, "plusieurs grammes" d’ARN sont déjà présents dans le corps humain, soit "des millions de fois plus" que l’ARN injecté par le vaccin, ajoute le professeur,  par ailleurs président de la Ligue nationale contre le cancer

Selon le biologiste Bruno Pitard (Inserm/Université de Nantes), qui dirige une startup qui travaille sur cette technologie vaccinale, la protéine "ne va pas être produite en permanence, ça va s'arrêter" , car comme pour tout vaccin, le système immunitaire va détruire les cellules qui produisent la protéine virale. "Le processus va donc s'éteindre de lui-même",  a-t-il expliqué récemment à l'AFP.

Aucune corrélation entre vaccins et infertilité

Existe-t-il un lien entre la vaccination contre le covid-19 et l’infertilité ? Dans sa tribune, l’écrivaine Calixthe Beyala assure que le vaccin à ARN  messager peut bel et bien entraîner des problèmes de stérilité. Une théorie très populaire sur les réseaux sociaux, mais qui n’emporte pas l’adhésion des scientifiques contactés par l’AFP. 

Plusieurs de ces théories, vérifiées par l’AFP Factuel (ici, ici mais aussi en anglais) supposent que les anticorps censés lutter contre la protéine "spike" (une protéine du coronavirus) se trompent de cible et combattent la syncytine. Une protéine active dans le développement du placenta, l’organe qui permet les échanges entre le foetus et la femme enceinte. Elle a des séquences communes avec la protéine "spike".

Photo d'un flacon de vaccin contre le covid-19, prise le 17 novembre 2020 (AFP / Joel Saget)

Selon les partisans de ce raisonnement, les anticorps sont susceptibles de confondre les deux protéines.

Mais "l'inquiétude sur la possibilité que les anticorps ciblant ces protéines [S, NDLR] puissent attaquer la protéine syncytine-1 du placenta, parce que la protéine de pointe du nouveau coronavirus partage avec elle une très courte séquence d'acides aminés, est très faible", a expliqué dans un précédent article Dansantila Golemi-Kotra, professeure associée de microbiologie à l'Université de York, au Canada. 

"Dans l’état actuel des connaissances, il n’ y a pas de ressemblance suffisante - et il y a très peu de chances qu’il y en ait une - entre la protéine syncytine-1 et la 'spike''', abonde Frederic Altare, spécialiste de l’immunité et directeur de recherche à l’Inserm, interrogé par l'AFP le 14 décembre. 

D'après lui, les auteurs de cette théorie "n'avancent aucune démonstration qui montrerait que les anticorps anti-spike ciblent aussi la syncytine-1".

Selon le professeur Yap Boum II, joint par l'AFP le 22 février, cette théorie n'est effectivement "pas prouvée à ce jour". "Les seules preuves que nous pouvons avancer c'est que des femmes ont eu le Covid-19 et ont créé des anticorps anti-spike. Pourtant cela ne les a pas empêchées de tomber enceinte". 

 

 
Thomas Saint-Cricq
Covid-19