Vaccin anti-covid. (AFP / Erika Santelices)

Attention à cette publication trompeuse sur l'efficacité des vaccins contre le Covid-19

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Un visuel partagé sur les réseaux sociaux affirme que "les vaccins contre la Covid n'empêchent pas les gens de la contracter et de la transmettre". Attention, cette phrase manque de contexte et peut être trompeuse quant à l'efficacité des vaccins anti-Covid. Les études ont prouvé la réelle efficacité des vaccins contre les formes les plus graves de la maladie et les derniers travaux scientifiques tendent à démontrer leur efficacité également contre les formes asymptomatiques et contre le virus lui-même, selon plusieurs experts interrogés par l'AFP.

Le visuel - une affiche détournée du stand-up "Richard Pryor, Live & Smokin'" (1971), a notamment été posté par la page L'Anti-Média (suivie par plus de 350.000 personnes) et partagé plus de 500 fois depuis le 28 février. "Considérant que les vaccins contre la Covid n'empêchent pas les gens de la contracter et de la transmettre, pourquoi veulent-ils nous imposer un passeport digital?", est-il demandé sur le post.

Capture d'écran prise le 15/03/2021 d'une publication du 28/02/2021.

Pourtant, ce visuel en semant le doute sur l'intérêt du vaccin contre le Covid-19, est trompeur puisqu'il occulte son efficacité contre les formes graves de la maladie, affirment plusieurs experts joints par l'AFP.

"Est-ce qu'on tombe malade ou pas?"

Les quatre vaccins autorisés à ce jour en France, ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Johnson & Johnson, ont suivi les étapes imposées à chaque traitement avant une mise sur le marché européen et français. Une première phase pour évaluer l'éventuelle nocivité du produit, une deuxième pour le tester sur un nombre limité de malades et enfin une troisième pour juger de l'intérêt thérapeutique auprès d'un échantillon plus étendu.

Cette dernière phase avant la mise sur le marché se déroule sur des milliers de volontaires. C'est à son issue qu'est déterminée l'efficacité clinique (mesurée en laboratoire) du vaccin : 95% dans le cas du vaccin de Pfizer/BioNTech, 94,1% pour celui de Moderna, 82,4% pour celui d'Oxford/AstraZeneca.

"C'est la première fois qu'on a des vaccins qui fonctionnent aussi bien",  se félicite l'immunologue à l’Inserm et professeur praticien à l’université de Limoges, Michel Cogné, auprès de l’AFP le 8 mars.

"Pour empêcher de tomber malade, les efficacités vaccinales sont bonnes voire très très bonnes", explique à l'AFP le 9 mars la spécialiste de pathologies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis à Paris, la docteure Anne-Claude Crémieux. Les essais de la phase trois visent à repondre à la question "est-ce qu'on tombe malade ou pas?", résume-t-elleL'efficacité du vaccin de Johnson & Johnson atteint pour sa part 85,4% contre les formes graves de la maladie. 

Caractéristiques des vaccins Pfizer/BioNTech, Moderna, Oxford/AstraZeneca ainsi que Gamaleya, Sinopharm et Sinovac. (SOPHIE RAMIS, BERTILLE LAGORCE / AFP.)
Caractéristiques du vaccin Johnson&Johnson. (GAL ROMA / AFP.)

Les essais cliniques ne contiennent toutefois pas de données concernant les formes asymptomatiques de l’infection et à propos de la transmission du virus au sein d’une population vaccinée. En décembre 2020, l’agence américaine des médicaments (FDA) restait très prudente sur l'efficacité des vaccins sur la transmission du virus dans son rapport sur le vaccin Pfizer/BioNTech.

Les différentes étapes nécessaires au calcul de l'efficacité d'un vaccin / AFP.

Des vaccins efficaces sur les asymptomatiques ? 

D'autres études dites "en vie réelle", c’est-à-dire menées à partir des données collectées au fil des campagnes de vaccination, tendent à démontrer l'efficacité des vaccins contre les formes symptomatiques et asymptomatiques de l'infection du SARS-CoV-2.

Le responsable de l'unité Virus et immunité à l'Institut Pasteur, le docteur Olivier Schwartz, a expliqué à l’AFP le 10 mars que, d'après une étude israélienne parue le 24 février dans la prestigieuse revue scientifique The New England Journal Of Medicine, concernant le vaccin de Pfizer/BioNTech, "il semble que les vaccins n'empêchent pas l'infection par le SARS-CoV-2 mais diminuent le niveau de cette infection (...) Les personnes [vaccinées, NDLR] auront une capacité réduite à transmettre l'infection".

L'étude montre ainsi qu'une semaine après l'injection de la seconde dose, le vaccin de Pfizer/BioNTech réduit de 92% les risques d'infections, y compris asymptomatiques, de 94% pour les cas symptomatiques, de 87% pour les cas suffisamment graves pour entraîner une hospitalisation et de 92% pour les situations les plus sévères.

"Ce n'est pas une immunité dite stérilisante. Ca n'empêche pas l'entrée du virus dans l'organisme, mais ça la réduit fortement", analyse le chercheur Olivier Schwartz. On parle de vaccins "stérilisants" à propos de ceux capables d'"empêcher de porter et de transmettre le virus", explique l'infectiologue Anne-Claude Crémieux, et "tous ne le sont pas". Toutefois, dès lors que le vaccin est efficace contre la maladie, "il y a forcément un effet sur le virus", précise l’infectiologue.

L’action du vaccin sur la maladie et sur le virus, selon la Pr Crémieux, "procède du même mécanisme qui consiste simplement à créer des anticorps qui vont empêcher le virus de se multiplier dans les cellules humaines." Tout est ensuite affaire de proportion : "quand on a un très haut niveau d'efficacité vaccinale, on stérilise d'autant", conclut-elle.

La professeure cite notamment une étude britannique, concordante avec celle parue dans The New England Journal Of MedicineThe Siren Study. Mise en ligne le 22 février par la revue médicale The Lancet  sous forme de prépublication ("preprint"), elle n'a toutefois pas encore été validée par des experts indépendants. "C'est une information absolument majeure (...) rendue publique pour que les résultats soient accessibles plus rapidement", argumente l'infectiologue Anne-Claude Crémieux.

L'étude porte sur l'efficacité du vaccin de Pfizer/BioNTech sur une population de personnels soignants vaccinés. En plus de conclure à une "protection de 86%" contre les formes symptomatiques et asymptomatiques de l'infection, elle estime qu'"il y a une protection qui est de très bon niveau pour stériliser le SARS-CoV-2 chez cette population d'adultes jeunes", explique la professeure Crémieux. Le choix de cette population testée régulièrement dans les hôpitaux permet de "vérifier si non seulement ils ont la maladie mais aussi s'ils sont porteurs du virus".

Cette étude conclut que "vacciner les adultes en âge de travailler réduira de manière substantielle les infections et donc diminuera la transmission dans la population", sans toutefois éliminer "totalement le risque". Un résultat qu'Anne-Claude Crémieux qualifie de "très intéressant". Si la priorité de la vaccination auprès des sujets âgés est de les protéger à titre individuel, son enjeu chez des personnes jeunes est "bien de limiter la circulation du virus, dans toute la population".

Où en est-on d'un  éventuel"passeport digital" ? 

La Commission européenne présentera le 17 mars un projet de "passeport vert" numérique attestant d'une vaccination contre le Covid ou de tests négatifs pour voyager plus librement, alors que les droits associés à ce document divisent les Vingt-Sept, comme l'écrivait dans cette dépêche l'AFP.

"Nous présenterons ce mois-ci une proposition législative pour un +Digital Green Pass+", avec l'objectif de "permettre graduellement aux Européens de se déplacer en sécurité au sein de l'UE ou en-dehors, pour le travail ou du tourisme", a annoncé sur Twitter la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Ce projet de certificat contiendra des informations "qui vont indiquer qu'une personne a été vaccinée contre le Covid-19, ou qu'elle a guéri, ou qu'elle a reçu un résultat négatif au test", a précisé le 14 mars le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton.

Doté d'un code QR, gratuit, il sera dans la langue de chaque pays et traduit en anglais, et il "sera valable dans tous les pays de l'Union européenne", a détaillé M. Breton.

"On travaille pour que ce soit fait avant juin", a précisé M. Breton, estimant qu'il était "primordial qu'on fasse tout pour préserver la saison touristique".

Certains Etats, dont la France, jugent prématurée la question des droits attachés à un "passeport" vaccinal, redoutant de profondes inégalités quand moins de 5% des Européens ont été vaccinés à l'heure actuelle. Mais d'autres pays veulent une adoption rapide, dont l'Autriche ou la Grèce, soucieuse de sauver sa saison estivale.

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