Non, cette femme ne supplie pas Trump d'empêcher Biden de "tuer des civils" en Syrie

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Une vidéo partagée plusieurs centaines de fois sur les réseaux sociaux depuis le 28 février est présentée comme montrant une femme "suppli[ant] Trump" d'empêcher Joe Biden de "tuer des civils" en Syrie. Mais ces images datent de juillet 2019, un an et demi avant l'accession du démocrate à la Maison Blanche. 

"Syrie : Cette femme supplie Trump et l'Amérique d'arrêter Biden qui est en train de tuer des civils innocents !!", écrit un internaute sur Facebook.

La même vidéo, accompagnée d'un message très similaire, a été partagée le même jour sur Twitter par un compte déjà épinglé pour la diffusion de fausses informations.

Capture d'écran Facebook prise le 04/03/2021
Capture d'écran Twitter prise le 04/03/2021

 

"Pray for Syria c'est que le début Biden et les élites vont rien lâcher ils vont continuer le travail", commente un autre internaute sur Twitter.

Pour autant, cette vidéo n'a rien à voir avec l'actuel président américain.

Une recherche inversée via l'extension InVID-WeVerify permet de remonter jusqu'à un article de CNN de juillet 2019 contenant les mêmes images.

Capture d'écran du site cnn.com prise le 04/03/2021

La vidéo originale avait été publiée le 22 juillet 2019 sur Facebook par Rania Kisar, présentée dans l'article de CNN comme une "citoyenne américaine responsable d'un centre d'autonomisation des femmes à Maaret al-Noomane", une ville de la province d'Idlib, dans le nord de la Syrie.

Capture d'écran Facebook prise le 04/03/2021

L'Américaine exhortait Donald Trump à agir, alors que Maaret al-Noomane, à l'époque grand bastion jihadiste échappant au contrôle de Damas, venait d'être la cible de frappes aériennes.

"M. Trump, arrêtez ça s'il vous plaît ! Arrêtez ces bombardements ! Arrêtez les meurtres de ces personnes innocentes !", l'implorait-elle.

Selon une dépêche AFP du 22 juillet 2019, des bombardements sur la ville de Maaret al-Noomane avaient ce jour-là fait "37 morts sur un marché de légumes et un secteur résidentiel attenant, dont 35 civils et deux personnes non identifiées, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH)".

"L'ONG a pointé du doigt l'aviation russe, mais Moscou a démenti toute implication", précisait l'AFP.

L'armée syrienne a fini par reprendre le contrôle de la ville en janvier 2020, une reconquête stratégique, la ville se trouvant sur l'autoroute M5 reliant Alep, deuxième ville du pays, à la capitale Damas.

Frappes américaines le 26 février en Syrie

L'armée américaine a annoncé ce vendredi 26 février avoir bombardé de nuit un complexe de bâtiments utilisés par des miliciens pro-iraniens en Syrie – en réponse à une série récente d'attaques antiaméricaines en Irak –, la première opération militaire de l'administration du président Joe Biden. 

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme a fait état ce jour-là de 22 morts, tous membres du Hachd al-Chaabi, une puissante coalition de paramilitaires intégrée à l'Etat irakien depuis plusieurs mois.

Le ministère américain de la Défense a de son côté indiqué lundi 1er mars qu'un membre d'une milice pro-Iran avait été tué et deux autres blessés dans ce raid, sans mentionner d'éventuelles victimes civiles.

Déclenchée en 2011 par la sanglante répression de manifestations en faveur de la démocratie, la guerre en Syrie a fait plus de 387.000 morts et entraîné le déplacement de millions de personnes.