Des mesures prises contre la propagation du coronavirus chinois à Uttar Pradesh, à Lagos, et à Pékin (Pawan Sharma - Pius Utomi Ekpei - Nicolas Asfouri / AFP)

Taux de mortalité, niveau de contagion... Ce que l'on sait et ce que l'on ignore sur le nouveau coronavirus

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Quelle est le taux de mortalité lié au nouveau coronavirus ? Quel est son niveau de transmission entre humains ? On en apprend un peu plus chaque jour sur l'épidémie partie de Chine, mais de nombreuses inconnues empêchent encore de déterminer son degré de gravité à l'échelle mondiale. Explications. 

Quels sont les symptômes ? 

Le tableau clinique de la maladie respiratoire provoquée par le nouveau coronavirus se précise après l'analyse des 99 premiers cas repérés en Chine, publiée mercredi 29 janvier dans la revue médicale The Lancet.

Tous ces patients avaient une pneumonie (pour les trois-quarts, les deux poumons étaient touchés), la plupart avait de la fièvre et toussait, et un tiers souffrait d'essoufflement.

Symptômes du coronavirus, signes courants d'infection, cas graves et traitement

L'âge moyen de ces 99 patients est de 55 ans, les deux-tiers sont des hommes et la moitié souffrait de maladies chroniques (problèmes cardiovasculaires, diabète...). A la date du 25 janvier, 11 de ces patients sont morts, 57 sont toujours hospitalisés et 31 sont sortis de l'hôpital.

Il n'existe ni vaccin ni médicament contre le coronavirus, et la prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes, dont la fièvre.

Une autre étude chinoise publié dans The Lancet et basée sur 10 patients montre que le virus a peu muté depuis son apparition chez l'homme. "A mesure qu'il se transmet à un nombre croissant d'individus, il est nécessaire de surveiller l'apparition d'éventuelles mutations", commente toutefois l'un des auteurs, le Pr Weifeng Shi.

Quel taux de mortalité ?

La gravité de l'épidémie dépendra de "l'interaction" de deux facteurs: "le niveau de transmission du virus et sa dangerosité", a déclaré mercredi 29 janvier Michael Ryan, directeur des programmes d'urgence de l'OMS.

"Un virus relativement peu agressif peut toutefois faire de gros dégâts si beaucoup de gens le contractent", a-t-il ajouté.

Pour l'heure, 213 patients sont morts sur un total de près de 10.00 cas en Chine. Aucun n'est mort hors de Chine, alors qu'une soixantaine de malades ont été répertoriés dans près de vingt autres pays.

A ce stade, on ne peut connaître avec précision le taux de mortalité lié à ce nouveau coronavirus baptisé 2019-nCoV, puisqu'on ne sait pas combien de personnes sont réellement infectées.

"2% des cas confirmés sont morts, ce qui reste élevé quand on compare à la grippe saisonnière", selon M. Ryan.

Toutefois, ce taux n'est qu'indicatif et baisse chaque jour, puisque proportionnellement, il y a plus de nouveaux cas confirmés que de décès.

Auparavant, seules deux épidémies mortelles ont été causées par un coronavirus, vaste famille à laquelle appartient le nouveau virus: le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) et le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient). 

Selon l'OMS, l'épidémie de Sras avait fait 774 morts dans le monde sur 8.096 cas en 2002/2003 avant d'être jugulée, soit un taux de mortalité de 9,5%. Toujours en cours, l'épidémie de Mers a fait 858 morts sur 2.494 cas depuis septembre 2012, soit un taux de mortalité de 34,5%.

A titre de comparaison, l'OMS estime que la grippe saisonnière fait entre 290.000 et 650.000 morts par an dans le monde.

Quel niveau de contagion ? 

L'un des paramètres importants est le nombre de gens contaminés par une personne infectée, appelé "taux de reproduction de base" (ou R0).

Ces derniers jours, plusieurs estimations ont été réalisées par différentes équipes de recherche, allant de 1,4 à 5,5.

La dernière en date vient de chercheurs chinois, auteurs d'une étude parue dans la revue médicale américaine NEJM. Ils estiment que chaque malade a infecté en moyenne 2,2 personnes. 

Selon eux, ce chiffre est relativement bas, plus proche de la grippe hivernale (de l'ordre de 1,3) que de la rougeole, très contagieuse (plus de 12), et comparable au Sras de 2002 (3).

A quel stade un patient est-il contagieux ?

Cette question cruciale reste encore sans réponse. 

Le 26 janvier, les autorités chinoises ont avancé que la contagion était possible avant même que des symptômes n'apparaissent (ce qui est le cas pour la grippe mais ne l'était pas pour le Sras).

Toutefois, cette hypothèse se base sur l'observation de quelques cas et n'est pas encore confirmée avec certitude. 

"Il est urgent de mener des recherches sur cette question, car elle est cruciale", insiste le Pr Mark Woolhouse de l'université d'Edimbourg (Ecosse). 

"Notre principal espoir de contrôler l'épidémie est d'identifier rapidement les patients touchés et de les isoler pour éviter la contagion", rappelle-t-il. "Si la transmission du virus avant même l'apparition des symptômes se confirmait à large échelle, l'efficacité de telles mesures serait compromise."

Quelle période d'incubation ? 

C'est la durée entre l'infection par le virus et l'apparition des premiers symptômes.

L'OMS l'estimait lundi à deux à dix jours en moyenne. Selon l'étude chinoise parue dans le NEJM, elle est de l'ordre de 5,2 jours en moyenne et varie fortement en fonction des patients. De précédents travaux réalisés aux Pays-Bas évoquaient une moyenne de 5,8 jours.

Le fait que l'estimation soit préliminaire et "imprécise" justifie "une période d'observation ou de quarantaine de 14 jours pour les personnes exposées", écrivent les chercheurs chinois dans le NEJM.

Comment contrôler l'épidémie ?

L'épidémie de Sras avait été endiguée en quelques mois grâce à une grosse mobilisation internationale. La Chine avait imposé de strictes mesures d'hygiène à sa population (dont le port de masques), et des dispositifs d'isolement et de quarantaine avaient été mis en oeuvre.

La Chine avait également interdit la consommation de civettes, mammifère via lequel le virus se transmettait à l'homme. 

Dans le cas du nouveau virus, on ne sait pas encore quel animal joue ce rôle d'intermédiaire. En attendant de le connaître, la Chine a interdit le commerce de tous les animaux sauvages.

Enfin, les spécialistes mettent en avant l'importance des "mesures-barrières", efficaces pour d'autres maladies virales comme la grippe : se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir, éviter de se toucher le visage...

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Paul Ricard
CORONAVIRUS