Pékin, le 22 janvier 2020 (Nicolas Asfouri / AFP)

Nouveau coronavirus : le masque, une protection efficace ?

Face à l'épidémie de coronavirus chinois, le port d'un masque est-il efficace ? Si cette protection est essentielle pour les personnes malades et peut être recommandée dans les régions fortement touchées par l'épidémie, le masque chirurgical n'est ni utile ni efficace pour le reste de la population, préviennent les autorités sanitaires.

En Chine, où ce virus a émergé en décembre à Wuhan (centre) et a déjà touché plus de 5974 personnes, plusieurs provinces et plusieurs grandes villes ont imposé le port de cette protection à leurs habitants pour tenter d'endiguer sa propagation.

Des habitants de Wuhan, épicentre de l'épidémie, le 27 janvier 2020 (Hector Retamal)

En France, quatre cas de personnes touchées par ce virus respiratoire, les premiers en Europe, certaines pharmacies ont fait face à un afflux de clients, Français ou touristes, souhaitant des masques.

"Il y a eu plus de demandes de masques", qui ont pu créer des ruptures de stocks localement, a expliqué à l'AFP Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).

"A l'échelle nationale, nous vendons actuellement sept fois plus de masques à nos clients par rapport à une période dite normale", confirme Clotilde Larrose, directrice de la communication du grossiste-répartiteur OCP, évoquant "un pic de commandes depuis le 21 janvier". 

Des policiers à l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, le 28/01/2020 (Alain Jocard)

"Ces commandes ne sont toutefois pas significatives au vu du nombre d'officines et rapporté à la population française", souligne la porte-parole de la société, qui approvisionne environ 14.000 pharmacies de ville.

Un phénomène semblable s'était produit en 2009, lors de l'épidémie de grippe A-H1N1, rappelle Emmanuel Déchin, délégué général de la CSRP, qui rassemble les grossistes en pharmacie.

Des masques "utiles quand on est soi-même malades"

Pourtant, les masques en papier, dits "masques chirurgicaux", "sont uniquement utiles quand on est soi-même malade, pour éviter de contaminer les autres", a souligné dimanche 26 janvier la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Leur port par prévention peut se justifier en Chine, où il est avéré qu'il y a des foyers de personnes porteuses du virus pas encore identifiés.

Un supermarché à Pékin, le 28 janvier 2020 (Nicolas Asfouri)

"Efficacité pas démontrée" dans la population non malade

Mais "le port de ce type de masque par la population non malade afin d'éviter d'attraper la maladie ne fait pas partie des mesures barrières recommandées et son efficacité n'est pas démontrée", expliquent les services du ministère.

Les "dizaines de millions de masques en stock" évoqués par la ministre correspondent à un stock d'Etat "constitué afin de répondre aux besoins des patients en cas de situation sanitaire exceptionnelle ce qui n'est pas le cas actuellement en France", ajoutent-ils.

Un couple portant des masques de protection à Londres, le 28 janvier 2020 (Justin Tallis)

D'autant que selon les informations disponibles sur le virus, il peut se transmettre entre humains "mais par des contacts étroits, c'est-à-dire moins d'un mètre", a observé lundi 27 janvier le directeur général de la Santé Jérôme Salomon.

En clair, "croiser quelqu'un (contaminé, NDLR) dans la rue ne pose pas de problème" et "le risque est faible quand vous passez peu de temps à proximité de cette personne", a-t-il ajouté.

Se laver les mains régulièrement 

D'autres précautions comme le lavage fréquent des mains sont en revanche recommandées pour prévenir la propagation de l'ensemble des virus respiratoires : le coronavirus, mais aussi le virus de la grippe saisonnière, dont l'épidémie a commencé en France depuis quelques semaines.

"Nous expliquons cela aux patients", assure à l'AFP Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO).

Par ailleurs, en cas de contact prolongé avec une personne contaminée, ces masques en papier n'offrent pas une protection suffisante, notamment parce qu'ils laissent passer de l'air non filtré.

Il existe alors des masques "de protection respiratoire" (type FFP2, voir ci-dessus), équipés d'un dispositif de filtration des poussières et des agents pathogènes et indiqués pour les "personnes en contact avec des personnes malades, pour éviter de contaminer les infirmières ou les médecins qui les prennent en charge", a noté Agnès Buzyn. 

Amélie Baubeau