(AFP / Eric Lalmand)

Peu de patients covid dans les hôpitaux liégeois, mais la situation en Belgique reste préoccupante

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Des publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis fin mars utilisent les chiffres d'occupation d'un seul hôpital liégeois pour affirmer qu'il n'y a pas de "hausse monstrueuse" des cas et des hospitalisations dues au Covid-19 en Belgique. Si les chiffres sont corrects, leur interprétation ne l'est pas : l'hôpital en question réserve la plupart de ses lits pour des patients non-covid, les autres étant disséminés dans d'autres hôpitaux. De plus, si la province de Liège est plutôt épargnée pour le moment, de nombreux hôpitaux belges sont saturés. 

"Réveillons nous", écrit l'auteur de cette publication, qui explique qu'au CHU du Sart Tilman (province de Liège), "Il n'y a que 27 CAS COVID DONT 9 AUX SOINS INTENSIFS et ce répartis à CE JOUR sur tout le groupe". Il interpelle le Premier ministre belge : "Monsieur De Croo ose encore parler d’une hausse monstrueuse ? Tu vas tomber, parce que maintenant les hôpitaux commencent à prendre leur courage à 2 mains en parlant et dire la vérité à notre pays (sic)". 

Capture d'écran réalisée le 01/04/2021 sur Facebook

L'internaute partage également un article de la télévision locale Vedia, qui expliquait le 25 mars 2021 que les hôpitaux de l'arrondissement de Verviers (un des quatre arrondissements administratifs de la province de Liège) ne connaissaient pas encore de saturation, alors que les cas de Covid-19 augmentaient dans tout le pays. 

S'il est vrai que la province de Liège est actuellement plutôt épargnée et que les chiffres donnés dans cette publication sont corrects, plusieurs hôpitaux ont expliqué à l'AFP se préparer à une remontée des hospitalisations. De plus, l'hôpital du Sart Tilman, pris en exemple dans cette publication, n'est pas le principal site d'accueil des patients covid dans la province. Enfin, au niveau national, la situation reste préoccupante : dans certaines régions, comme à Bruxelles, de nombreux hôpitaux saturés ont commencé à transférer des patients. 

Une situation privilégiée en province de Liège, mais une inquiétude qui monte dans les hôpitaux 

L'AFP a contacté le CHU de Liège, auquel appartient l'hôpital du Sart Tilman. Il a confirmé les chiffres du 27 mars mentionnés dans cette publication. 

Mais les neuf patients covid en soins intensifs ont augmenté la pression sur l'hôpital, a indiqué le CHU à l'AFP le 29 mars 2021 : "Au 27 mars, les lits de soins intensifs étaient complets, huit lits supplémentaires (les lits habituellement dédiés aux grands brûlés) sont ainsi joints au 49 lits USI (en soins intensifs, ndlr) agréés", a indiqué à l'AFP Louis Maraite, directeur de la communication. 

Deux jours plus tard, il y avait 29 patients covid au sein de l'hôpital du Sart Tilman, qui accueille l'ensemble des patients infectés du CHU de Liège (qui ne sont donc pas "répartis sur tout le groupe", contrairement à ce qui est affirmé dans cette publication).  

"Il faut noter que la province de Liège est 'privilégiée' en Belgique de par ses hospitalisations", a expliqué Louis Maraite, précisant que plusieurs hôpitaux liégeois accueillent des patients venus d'autres régions belges plus touchées par la hausse des contaminations : "Les hôpitaux bruxellois sont proches de la saturation et ont commencé à transférer des patients". 

Dans la province de Namur, les hôpitaux saturés ont également commencé à transférer des patients vers Liège, rapportait la RTBF mardi 30 mars 2021. 

Ces patients transférés sont amenés dans plusieurs hôpitaux de la province liégeoise, "mais pas au CHU, qui réserve ses lits USI pour les opérations de chirurgie lourde et urgente qui sont toujours programmées, particulièrement les greffes ou les opérations de chirurgie cardiaque" : ce qui explique que le site de Sart Tilman, où se trouvent les soins intensifs, n'accueille "que" 29 patients covid, a précisé Louis Maraite.  

Interrogé sur la publication sur Facebook, le porte-parole du CHU de Liège a qualifié l'information de "lacunaire et détournée". Si les chiffres "ne sont pour l'instant pas alarmants", le CHU de Liège surveille de près la hausse des hospitalisations : "Si les cas augmentent encore, nous prendrons les décisions qui s'imposent", a-t-il déclaré, évoquant notamment de possibles déprogrammations d'opérations. 

L'AFP a contacté plusieurs hôpitaux de la province pour avoir une idée de la situation sur place. Au CHR Verviers, également évoqué dans cette publication, le service communication a confirmé qu'au 25 mars (date de la publication de l'article de Vedia), 4 lits USI sur 22 étaient occupés. "Nous ne sommes pas en saturation mais nous constatons une augmentation", a indiqué le responsable de la communication, Nicolas Vivier. 

Le CHC Heusy, à Verviers, a expliqué à l'AFP observer une légère augmentation des hospitalisations dues au Covid-19 : il comptait 13 patients au 25 mars, et 16 au 30 mars. L'hôpital accueille actuellement deux patients français et un patient bruxellois. 

"On a encore de la place, ce qui ne veut pas dire que tout va bien", a déclaré le responsable de la communication, Eddy Lambert. "C'est de la désinformation de dire que tout va bien en Belgique", a-t-il ajouté, évoquant des situations bien plus inquiétantes dans d'autres provinces. "La situation liégeoise n'est pas représentative de la situation de tout le territoire belge". 

Au CHR de la Citadelle, à Liège, où 40 patients covid sont actuellement hospitalisés, le porte-parole Antoine Gruselin a constaté une évolution très rapide en quelques jours. "On a des transferts de patients de Bruxelles, du Hainaut et du Brabant wallon", a-t-il indiqué le 30 mars 2021. "On a aussi des transferts intra-provinciaux, car certains hôpitaux ne disposent pas d'Ecmo", une machine utilisée pour oxygéner les patients les plus sévèrement atteints par le coronavirus. Cette technique, très coûteuse, nécessite "une surveillance 24h/24", a indiqué Antoine Gruselin. 

La situation n'est pas encore préoccupante, mais "dire que les prémices de la troisième vague ne sont pas à Liège, est faux", a estimé Antoine Gruselin, qui explique que si l'hôpital "n'en est pas encore au report d'opérations, on peut déborder très rapidement. Pour le moment, on a une salle covid et on en prépare une deuxième. On continue autant que faire se peut à opérer". Mais des opérations lourdes, comme celles du cœur, nécessitent de repasser par les soins intensifs, "c'est le protocole". Une augmentation du nombre de patients covid aux soins intensifs pourrait donc contraindre la direction à reporter des opérations. 

Comme ses collègues d'autres hôpitaux, Antoine Gruselin a également évoqué la fatigue et la lassitude du personnel soignant. 

Enfin, le centre hospitalier Reine Astrid de Malmedy a indiqué à l'AFP accueillir 6 patients en soins intensifs, dont 4 patients covid, soit l'entièreté des lits disponibles : "Aujourd'hui on ne sait (ne peut, ndlr) accueillir personne" a expliqué le Dr Philippe Vroonen, Directeur médical du centre hospitalier. "La pression hospitalière est raisonnable, mais on est passé de deux à quatre patients aux soins intensifs en deux jours et demi - c'est une augmentation significative". 

Si la province de Liège est pour l'instant plutôt épargnée, elle avait été touchée extrêmement durement par la deuxième vague du coronavirus, à l'automne 2020. "En deuxième vague, les hôpitaux de la Province de Liège avaient eux-même transféré 200 patients covid USI vers d'autres provinces", un chiffre équivalent à sa propre capacité en lits de soins intensifs, a expliqué Louis Maraite. "Donc, sans transfert, les hôpitaux liégeois auraient eu le double de patients USI que leurs capacités".

Une situation préoccupante au niveau national 

Au 30 mars 2021, selon le bulletin épidémiologique de l'Institut de santé publique Sciensano, 2 867 lits d'hôpitaux étaient occupés par des patients atteints de Covid-19, soit en hausse de 19% par rapport à la semaine précédente, et 738 lits en soins intensifs (+23%). 

Une situation qui inquiète le gouvernement, qui voit se rapprocher le cap des 1000 patients en soins intensifs, au-delà duquel on considère que les hôpitaux sont saturés, a expliqué le porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 Yves Van Laethem lors d'une conférence de presse. 

Face à cette augmentation, les hôpitaux ont commencé fin mars  à entrer en "phase 2A", ce qui signifie que 60% des lits en soins intensifs doivent désormais être réservés aux patients covid, contre 50% en phase 1B. Les opérations non-urgentes doivent également être reportées ou adaptées. Parmi les hôpitaux qui sont d'eux-même passés en phase 2A, plusieurs hôpitaux bruxellois mais également liégeois, comme le centre hospitalier Reine Astrid de Malmedy. Tous les hôpitaux du pays devront passer en phase 2A d'ici le 6 avril. 

"A ce jour, le taux d’occupation des lits de soins intensifs agréés en Belgique est de 98%, globalement. Il est vrai que le Grand Liège est encore la zone la moins touchée, mais cela ne reflète pas la situation nationale", a expliqué à l'AFP Jean-François Bodarwé, responsable de la communication de la Fédération d'hôpitaux Unessa

Toutefois, depuis quelques jours, la hausse des contaminations ralentit en Belgique et Yves Van Laethem a formulé l'espoir d'une diminution des hospitalisations dans les prochains jours.  En visite à l'hôpital universitaire de Gand le 31 mars, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a constaté une troisième vague dans les hôpitaux, mais une diminution des hospitalisations et des décès chez les personnes âgées, grâce à la vaccination. 

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